Critique de Comedown

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Comedown

De Menhaj Huda

Avec Adam Deacon, Jessica Barden et Geoff Bell

Royaume-Uni – 2012 – 1h30

Rating: ★★☆☆☆

Une bande-annonce qui ne fait pas craquer, oh ça non ! Un pitch inconfortable qui sent bon le réchauffé, oh que oui ! Non, vraiment rien à faire, tout cela ne donne vraiment pas envie… Passer son chemin semble l’unique échappatoire devant l’apparente inéluctable purginette en approche droit devant ! Et pourtant, heureusement que la curiosité est un de mes vilains défauts, non que la chose soit une perle précieuse férocement magistrale, il ne faut pas non plus déconner, mais mine de rien, Comedown de Menhaj Huda se révèle à des années lumières du résidu de fond de pellicule auquel jusqu’alors tout cela semblait nous convier. Comme quoi, on ne peut plus faire confiance à quoique ce soit, et parfois, autant vous dire que ça fait tout même bien plaisir !

Vous allez commencer à me connaître et je dois de toute manière vous l’admettre, un slasher quel qu’il soit a toujours tendance à me titiller un brin quand bien même au final, pauvre de lui, il subirait les foudres implacables de mon fanatisme inconditionnel du genre. Soit une bande de jeune de la téci partie en vadrouille dans l’immeuble désaffectée dans lequel ils vécurent une partie de leur enfance. Ils pensaient passer une belle soirée à squatter en fumant des oinjs pour fêter la sortie de prison de l’un des leurs, que nenni ! Un tueur sadique rôde dans la tour à l’abandon prêt à torturer et à dépecer quiconque viendrait s’aventurer sur son territoire. Autant vous dire que ce n’est certainement pas pour son écriture que le film brille un chouilla, le scénario est d’une platitude effarante et une fois la totalité du métrage parcouru on se demande pourquoi donc tout cela nous a tenu en haleine pendant une bonne heure et demi. Et quand bien même l’étripage en règle d’adolescents insupportables suffirait à notre bonheur, il faudra patienter sévère ! L’exposition longue et laborieuse vous donnera certainement du fil à retordre voire même l’envie de changer immédiatement de galette pour vous rematter par exemple pour la énième fois The Collector de Marcus Dunstan qui vous offrirait son lot de sadisme et de meurtres dégueulasses avec un scénario tout aussi prétexte mais sans s’encombrer de palabres inutiles. Alors me direz-vous pourquoi ? Qu’est-ce qui peut bien justifier mon petit engouement ? Eh bien l’attente est longue certes, mais une fois que le tueur débile et totalement anti-charismatique (dont le récit du trauma apparaît d’ailleurs tristement anecdotique et d’une cohérence douteuse) entame sa démarche destructrice, les choses deviennent nettement plus intéressantes.

Je suis mauvaise langue car notons tout de même que l’introduction du métrage est pleine de promesses,  Menhaj Huda se la joue Ken Loach (pas que je sois un immense fan de l’auteur de Sweet Sixteen), photo, mise en scène et montage quoique bourrés de tics parfois énervants, distillent malgré tout une ambiance particulière, délicieusement et typiquement anglaise qui interpelle. Le portrait d’une jeunesse paumée (malheureusement caractérisée avec une subtilité pachydermique) au cœur d’une cité fantomatique fait tout relativement mouche. Par la suite, il faudra donc s’accrocher une bonne demi-heure avant que notre psychopathe en capuche se mette enfin au travail et que nous retrouvions les talents de mise en scène du réalisateur dont nous constations quelques discrètes prémisses lors de l’introduction. Il joue à la perfection de son modeste décor et arrive à rendre ses longs couloirs interchangeables plongés dans la pénombre, sinon terrifiant, au moins porteurs d’une véritable tension. Quelques rares idées plutôt bienvenues viennent étoffer une production design finalement assez répétitive au moyen de petits effets de distorsion de l’image dû à l’ingestion de drogues par les protagonistes… malheureusement elles ne restent qu’esquissées parfois presque à l’état embryonnaire et ne constituent donc pas des éléments esthétiques utiles à la narration, elles apparaissent plus dès lors comme autant de petits gimmicks funs mais souvent vains. Les séquences de meurtre sont inventives et variées soutenues par un montage percutant qui rythme pour le coup à merveille le métrage. En réalité là où Comedown pêche, principalement sur le fond, il se rattrape sur la forme : la photo un poil craspec s’en sort avec les honneurs et les cadres sont très soignés. Menhaj Huda se permet aussi quelques digressions torture-pornesques plutôt bien amenées dans la mesure où il utilise de manière pertinente le hors-champ. Si la forme s’améliore avec la progression du récit, il en est curieusement et heureusement  de même pour l’écriture : on est finalement surpris que ces personnages à la limite du détestable à l’origine se révèlent peu à peu dignes d’intérêt et même par moment touchants, et là où auparavant nous aurions clairement souhaité  les voir au plus vite se faire perforer de toutes parts la gueule au pistolet à clou, c’est maintenant avec une certaine hargne que nous aimerions les voir fuir ce calvaire et démastiquer la face de leur agresseur. Notons que l’aspect social cher à nombre de compatriotes de Menhaj Huda s’illustrant eux-aussi dans le genre, certes complètement à la ramasse jusqu’alors, prend au fur et à mesure une dimension inattendue amenant progressivement à un dénouement des plus étonnants… malheureusement tristement sabordé à la dernière seconde par un twist honteux puant le politiquement correct !

Alors oui Comedown est sur le fond raté mais possède une forme réjouissante qui a le mérite de nous amener avec un plaisir certain là où nous avons pourtant grandement l’habitude de nous promener, malheureusement, si il arrive à nous surprendre régulièrement, il ne persévère jamais dans cette direction et préfère des petites touches ponctuelles à une belle et grande innovation. Mais tout cela n’est nullement une raison suffisante  pour le bannir totalement de nos esprits car le divertissement, même si il est trop classique et frileux autant pour le coup sur le fond que sur la forme, est profondément honnête et ne suscite jamais un ennui durable ou véritable.

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.