Critique de Sans retour

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Southern Comfort

De Walter Hill

Avec Keith Carradine, Powers Boothe, Fred Ward, Peter Coyotte et Brion James

Etats-Unis – 1h46 – 1981

Rating: ★★★★★

Louisiane 1973. Perdue dans les bayous, une section militaire en exercice « emprunte » des barques laissées sans surveillance par leurs propriétaires. Lorsque ces derniers, des chasseurs cajuns, se manifestent, l’un des soldats s’amuse à leur tirer dessus avec sa mitraillette chargée à blanc. Les Cajuns ne se laissent pas impressionner et ripostent à balles réelles. Traqués à mort dans les marécages, les militaires doivent compter sur leurs propres ressources pour survivre. Mais comme ils n’en ont pas des masses et qu’ils sont particulièrement cons, les choses ne font qu’empirer.

A la jonction de Délivrance et d’Apocalypse Now, Sans retour est le cinquième long-métrage de Walter Hill, qui fait partie de cette génération de scénaristes énervés des années 70 (Paul Schrader, John Milius, Oliver Stone) fortement marqués par la guerre du Vietnam. Ce thriller particulièrement atypique n’est pas un film de guerre bien que les héros en soient des militaires, ni un film d’horreur en dépit du cadre anxiogène de ces arbres menaçants qui baignent dans la flotte. Mêlant les thématiques des deux films précédemment cités, Sans retour transforme le bayou en nouveau décor de guerre où il faut à la fois combattre un ennemi que l’on est normalement supposé défendre (le péquin de l’Amérique profonde) mais aussi lutter pour ne pas se laisser emporter par la folie ambiante d’un groupe livré à lui-même.

Le portrait que fait Sans retour de l’armée américaine n’est guère élogieux. S’intéressant à la Garde Nationale des États-Unis, le film présente les réservistes comme des militaires inexpérimentés et désorganisés qui ont passé la majorité de leur temps à glander ou à tabasser des civils. La situation catastrophique dans laquelle se retrouvent les personnages n’est en définitive que la conséquence de leur incompétence. A travers les neufs membres de la section comme autant de facettes identitaires de l’Amérique, on peut ainsi voir se dessiner le portrait d’un pays paranoïaque qui ne fait que générer ses propres problèmes.

Si Délivrance présentait une communauté vouée à disparaître après la construction d’un barrage, Sans retour fait des bayous de la Louisiane, comme les jungles du Vietnam, un territoire imperméable à toute conquête. A travers le personnage du Cajun manchot, capturé, humilié et torturé à tort, le film évite ainsi de sombrer dans les stéréotypes du simple survival redneck. Car il y a dans Sans retour une volonté de montrer la singularité de la culture cajun comme l’utilisation de la musique country locale (parmi les plus particulières du genre) pour rythmer le long climax des dix dernières minutes. Roi du bottleneck et explorateur musical (le Buena Vista Social Club est célèbre grâce à lui), le guitariste Ry Cooder n’est certainement pas étranger à la justesse de ton voulue par Walter Hill. La musique qu’il compose pour le film évoque effectivement les bayous mais aussi la quiétude de la nature. Un contrepoint musical qui participe grandement à l’aspect hypnotique de ce petit chef-d’œuvre inclassable, film de guerre hybride sous influences hautement recommandables (Sam Peckinpah, Samuel Fuller, Robert Aldrich).

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».