Critique de À la merveille

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To the wonder

 

De Terrence Malick

Avec Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams, Javier Bardem

Etats-Unis – 2012 – 1h52

Rating: ★★★★★

Neil et Marina. L’un est américain et semble être un géologiste, l’autre est une immigrée de l’est et mère célibataire anciennement danseuse. Ils se sont rencontrés à Paris et s’aiment. Neil propose alors à son amoureuse et à sa fillette de s’installer avec lui en Oklahoma…

Si Tree of life, le précédent long-métrage de Terrence Malick avait divisé, celui-là va diviser encore plus. En effet, le film « palmé » affinait le style du réalisateur, cette mise en scène avec steadycam qui donne l’impression de léviter, de ne jamais toucher le sol, tantôt proche des personnages tantôt proche de la nature. Il en est de même dans ce film. Oui, Il y a à nouveau la dramaturgie de la nature, que ce soit au mont Saint-Michel ou au jardin du Luxembourg, où des mouvements de caméra, des panoramiques circulaires, nous expriment la vie telle une « valse à mille temps ». Il y a à nouveau la voix off, tantôt d’un personnage évoquant un autre, tantôt se tournant vers Dieu, ce qui était le cas de Tree of life pour tous les personnages. Là, c’est juste le prêtre expatrié (Marina en rencontrera une autre, détonnant) joué par Javier Bardem, tout aussi mutique que Ben Affleck qui joue Neil. Le rendu est toujours métaphysique, mystique et philosophique mais on se limite au niveau de l’expérimentation et fini la dimension cosmique. Par contre, ça se permet des déambulations sentimentales du couple dans les couloirs de grande surface, des regards graves dans les couloirs de prison pour le prêtre ou bien des espaces clos bureaucratiques pour tout le monde. Oui Terrence Malick ose fermer son cadre, notamment dans la construction spatio-géométrico-architectural de la maison de Neil et Marina  telle une maison-piégée.

Je vous ai dit au préalable que Neil était géologiste ? Car la terre souffre en Oklahoma et les hommes aussi, dû à des éléments polluants et nocifs dans la terre et l’eau, rendant les gens bizarres. Les deux hommes du film, donc vous comprenez un scientifique et un prêtre, sont face à la souffrance des sans-voix, ces pauvres, touchés par la drogue, les pathologies et les maux innés (trisomie, sourd-muet). Et ces plans de contemplation de ces messieurs et mesdames tout-le-monde ne sont en aucun cas misérabilistes et étrangement profonds, savoir filmer les gens n’est pas si évident que cela vu le magnifique résultat que fait Malick : on a l’impression d’être dans un documentaire où on rejoue les méchants corporatistes bardés d’avocats n’apparaissant jamais, face aux victimes fatalistes. Quant aux femmes, ce sont des êtres déçus par les hommes mais qui sont prêts à prendre le risque à nouveau, ou non. La brune, Marina est telle un cheval sauvage et du peu de réplique qu’elle a, tout comme précédemment Jessica Chastain, elle illumine la pellicule en ange sexuée tourmentée voulant fusionner, communier avec la terre. La blonde, Jane, propose un jeu plus intérieure, d’ailleurs la plupart de ses scènes, elle travaille la terre, les chevaux ou le bétail. Par conséquent, ce triangle amoureux a un rapport particulier avec la terre, on peut jusqu’à dire que Marina est une nature sauvage vivant au plus près des animaux quand Jane est une nature domestiquée (voire dressée sans être péjoratif) et élevée (dans les deux sens du terme), quand le prêtre se fait l’écho des interrogations humaines que l’on a sur le Créateur de la nature, à porter tout le poids de la misère du monde sur ses épaules.

Si ce n’est pas l’amour qui sauvera les personnages, d’ailleurs le personnage de Neil dira « Celui qui aime le moins dans un couple est le plus fort. », une autre proposition est suggérée : la liberté. Et si Saint Victor (Hugo) nous disait « qu’il faut préparer les gens à être libres. », peut-être qu’il faut préparer les gens à aimer bien que cela soit écrit en commandement religieux et divin. Donc, Terrence Malick, en cinéaste engagé mais non militant, choisi la liberté de réaliser un poème d’amour lyrique cinématographique.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…