Critique Les Garçons de la bande

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The Boys in the Band

De William Friedkin

Avec Kenneth Nelson, Peter White, Leonard Frey

Etats-Unis – 1970 – 1h55

Rating: ★★★★☆

Méconnu en France, Les Garçons de la Bande est l’un des premiers films de William Friedkin, précédant la renommée qu’il connaîtra un an plus tard avec French Connection. Adapté de la pièce de théâtre de Mart Crowley, le film a pour choix judicieux de réengager les acteurs de cette même pièce plutôt que des têtes d’affiche, quitte à rendre l’aboutissement du projet plus difficile. C’est donc sans surprise que le jeu de ces derniers est éblouissant, le nombre de représentations précédant la production du film ayant certainement permis d’obtenir cette naturalité dans leurs interactions.

Avec Les Garçons de la bande, Friedkin aborde un thème qu’il traitera à nouveau avec Cruising, à savoir l’homosexualité et plus précisément ici la communauté New-Yorkaise. Considéré comme l’un des fers de lance du cinéma gay, il s’agit surtout d’une oeuvre traitant avec justesse des sentiments humains. L’aspect théâtral est conservé et ce huit clos se retrouve chargé d’une ambiance où les festivités laissent rapidement place à la rancoeur et aux conflits. Parmi les nombreux thèmes abordés, celui de l’intégration semble primordial, cette intégrité qui est mise en opposition avec le personnage de Alan, seul hétérosexuel présent à la soirée de manière inattendue et dont l’incompréhension est liée à un certain respect sous-jacent, voir une fascination. Il faut replacer le film dans son contexte et savoir que l’homosexualité était encore à l’époque perçue comme non conforme par une grande partie de la population. Ainsi, le regroupement des personnages durant cette soirée interpelle sur l’aspect fortement communautaire qui leur est contraint. Pour illustrer ce contexte, Friedkin choisi intelligemment une introduction présentant les différents protagonistes au coeur de New York, séquence rythmée par une bande son joyeuse entremêlée de quelques plans où fustigent des regards dédaigneux face à cette émancipation trop éloignée pour eux des “normes” établies.

Le réalisateur choisit d’illustrer la tension naissante à travers des choix de mise en scène, comme cette lumière vive et chatoyante du début qui verse progressivement dans l’obscurité, représentative des interactions qui se font de plus en plus tendues. L’orage qui survient illustre assez bien ces confrontations, il met fin à la fête et installe un nouveau climat, le rythme alors soutenu devenant bien plus pondéré. James Gray, brillant réalisateur de The Yards et de La Nuit nous Appartient, dont l’influence de Friedkin est certaine, expliquait dans un livre d’entretien qu’il était selon lui plus complexe de mettre en scène les séquences de dialogue que les scènes d’action. Cette constatation semble être partagée par William Friedkin qui raconte avoir éprouvé plus de difficultés à réaliser une majeure partie des séquences pour Les Garçons de la Bande que la légendaire poursuite de French Connection, tenir le spectateur en haleine uniquement par le dialogue étant un véritable challenge.

 

Chaque personnage se distingue par un caractère qui lui est propre, une bonne partie d’entre eux possédant néanmoins comme point commun une certaine forme de cynisme qui déteint sur l’oeuvre, la rendant très critique vis à vis de la condition humaine. Le personnage principal, interprété par Kenneth Nelson, en est d’ailleurs le premier concerné. Hôte de la soirée, il devient rapidement agressif dès lors que l’alcool commence à faire effet (son comportement en état d’ébriété étant annoncé en début de film par son ami Donald), appuyé par cette friction constante qu’il entretient avec Harold, celui pour qui cette soirée est organisée, et l’arrivée fortuite de son ami Alan qui représente l’élément perturbateur. Contrairement à de nombreux films abordant l’homosexualité, elle n’est pas ici le facteur en marge, il s’agit davantage du personnage d’Alan dont Michael souhaiterait se convaincre de son attirance pour les hommes comme pour justifier lui-même sa nature profonde. Incapable de s’accepter, il lâche prise au moment où Harold lui assène cette réplique, l’une des plus marquantes de l’oeuvre: “Tu es un homme triste et pathétique. Tu es homosexuel et tu ne veux pas l’être. Mais tu ne peux rien y faire. Toutes les prières du monde, toutes les analyses n’y changeront rien. Tu sauras peut-être un jour ce qu’est une vie d’hétérosexuel, si tu le veux vraiment, si tu y mets la même volonté que celle de détruire … Mais tu resteras toujours un homo. Toujours Michael. Jusqu’à ta mort.”

Les Garçons de la Bande est une oeuvre à part dans la filmographie de Friedkin, qui s’illustrera ensuite dans le polar urbain avec des bijoux tels que French Connection ou To Live and Die in L.A., ainsi qu’en réalisant L’Exorciste, son classique, en 1973. Mais s’il fallait affilier ce film à la suite de sa carrière c’est bien dans ce discours constamment présent, qui remet en cause les biens-fondés d’une société que ses personnages ne comprennent pas. Le huit clos, William Friedkin le retrouvera en 2006 et 2012 en nous offrant Bug puis Killer Joe, retour aux sources avec ces deux métrages eux aussi adaptés de pièces de théâtre. Cette sortie en vidéo est une aubaine, l’édition proposant un joli travail de restauration et des suppléments intéressants issus du dvd américain, principalement axés sur l’adaptation de la pièce et ses acteurs. Un bien bel hommage pour Leonard Frey, Frederic Combs, Keith Prentice, Robert La Tourneaux et Kenneth Nelson, atteints du sida et décédés entre 1986 et 1993.

Nico Darko 

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).