Critique de La porte du Paradis

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Heaven’s Gate

De Michael Cimino

Avec Kris Kristofferson, Isabelle Huppert, Christopher Walken, Jeff Bridges

Etats-Unis – 1980 – 3h36

Rating: ★★★★★

Cérémonie de fin d’études de la promotion d’Harvard de 1870. Une nouvelle vie s’offre à ces jeunes, mais une autre se finit, peut-être la vie la plus importante, celle de l’insouciance. Et c’est d’autant plus spécial pour deux d’entre eux, James Averill et William Irvine. Une vingtaine d’années plus tard, Averill, shérif d’un petit comté du Wyoming, doit faire face à une opération commando meurtrier envers la communauté immigrée d’Europe de l’est…

Si on attribue le début du Nouvel Hollywood, terme élogieux pour signifier un certain cinéma américain des années 70, avec Bonnie & Clyde d’Arthur Penn, on le clôt avec La porte du paradis de Michael Cimino en 1980. Et rappelons que l’on peut diviser cette période en deux parties, dont la première serait dans l’optique de créer un style de vie nouveau pour un monde nouveau, une nouvelle société, plus libre; quant à la seconde partie de cette période, c’est le constat et la critique de ce monde qui a changé, s’est même améliorer mais dont on craint le pire… D’une part ce film, chose incompréhensible, n’a pas marché commercialement et a coulé malheureusement le studio United Artists, d’autre part arrive par la suite ce qu’on appelle le formalisme américain avec entre autres l’avènement du blockbuster et du film d’action. Pourtant ce film est à gros budget, c’est juste qu’il nous propose de regarder des grands espaces naturels ponctuant le film en appelant à de la poésie et au lyrisme. Ces plans d’ensemble et de demi-ensemble nous rappellent la beauté de la nature ainsi que sa pureté, face à la cruauté des hommes qui parcourra tout le film. Mais ce sera aussi l’écho du triangle amoureux entre John, Ella et Nate. Deux hommes se battant pour une femme, l’un avec sa fortune, l’autre avec  sa personnalité brute de décoffrage. De plus, pour revenir au traitement de la nature, l’esthétique peut nous rappeler les tableaux impressionnistes.

 

Mais ce film dure 3h40 et ce n’est pas Xavier Dolan qui le fait. Par conséquent, le récit ne s’attarde pas sur le sentimentalisme du film, et creuse une dimension politico-historique. En effet, la citation de Proudhon, « la propriété, c’est le vol », est excellemment illustré. En effet, on peut remarquer la figure de la lutte des classes, les immigrés pauvres allant jusqu’à voler du bétail face aux éleveurs riches et bourgeois, surgit alors l’ombre de la xénophobie. À cela s’englobe tout le discours du vrai dernier mouvement cinématographique : la lutte contre les autorités, l’injustice, le danger de la société de consommation et même la peur prophétique de possibles crises économiques avec la bourse (« les spéculateurs de l’est » dit l’un des personnages). Le clivage riches/pauvres est accentué mais pas loin de la réalité de maintenant. Mais ce clivage en appelle à un autre, celle des pauvres prêts à tuer pour pouvoir manger ou ceux qui se pensent plus honnêtes que les autres. Alors les moments d’émulation, d’osmose de la communauté d’Europe de l’est (une session de rollers avec musique dans des mouvements de caméra circulaires rappelant des valses ou une photographie d’ensemble des habitants) se montrent au début pour disparaître à la fin quoique… De plus, cela se passe il y a 120 ans, on peut faire référence au western, surtout dans la dernière partie du film. on pourrait avancer que c’est un western épique qui se met en scène, de l’allusion aux Romains de l’antiquité, aux effets de cavalerie, qui d’ailleurs elle arrive à la fin et les scènes d’action se situent à la limite du gore.

J’ajouterais les paroles d’un autre cinéaste de la même époque mais de l’autre côté de l’atlantique, Mike Leigh : « S’il y a eu autant de mouvements, de contestation, de changements et de lutte dans les années 60 et 70, c’est qu’on était convaincu que la société allait s’améliorer, que la société était perfectible. Maintenant c’est moins sûr… ». La porte du paradis illustre très bien cette situation. Et j’ai pu poser deux questions à Michael Cimino, lors de la projection du film remasterisé, la première était de savoir si il ne pouvait garder qu’un souvenir de la période du Nouvel Hollywood, il m’a montré l’affiche de La porte du paradis. Puis la seconde question était de savoir s’il devait donner un unique conseil à un jeune réalisateur, il m’a répondu d’essayer une autre carrière. Enfin il m’a promis d’essayer de faire un nouveau film si possible avec Mickey Rourke. « Si l’épée est au chevalier, le sceptre au roi, que sommes-nous ? » Clame William Irvine, joué par John Hurt, le personnage spectateur qui est désabusé dès la fin des études à Harvard et devenant alcoolique face aux désillusions de ce qu’est devenu l’Amérique et l’Occident. Le Nouvel Hollywood n’a pas été une désillusion car il nous a donné maintes chefs d’œuvres, dont La porte du paradis.

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…