Critique de Hitchcock

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Hitchcock

De Sacha Gervasi

Avec Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson, Danny Huston, Toni Collette, James D’Arcy et Jessica Biel

Etats-Unis – 2012 – 1h38

Rating: ★★★☆☆

 

Psychose constitue un changement radical dans l’Histoire du cinéma d’horreur, imposant la figure du tueur psychopathe contre celle des monstres habituels du bestiaire fantastique alors en vigueur (vampires, loups-garous, extraterrestres). Grâce à une douche devenue l’une des scènes les plus célèbres du cinéma, Hitchcock a ouvert un nouveau champ d’exploration horrifique menant droit vers le giallo et le slasher. Après une série de suites anecdotiques avec Anthony Perkins, un remake plan par plan de Gus Van Sant et des documentaires en pagaille (dont le récent Psycho Legacy), ce chef-d’œuvre n’a toujours pas fini d’exercer son pouvoir de fascination. Le biopic Hitchcock est d’ailleurs là pour en témoigner.

Se concentrant exclusivement sur la conception de Psychose, Hitchcock nous présente le réalisateur comme un artiste en proie au doute après le succès de son dernier film, La Mort aux trousses. Alors que ses investisseurs attendent de lui un nouveau film d’espionnage, Alfred Hitchcock choisit de se financer lui-même pour adapter l’histoire de Robert Bloch, considérée comme la plus obscène du marché. Pour cela, lui et son épouse et collaboratrice Alma Reville doivent hypothéquer leur luxueuse maison avec piscine. La survie de la famille Hitchcock dépendra donc du succès de Psychose.

Dès son prologue, illustrant un meurtre d’Ed Gein, le tueur en série du Wisconsin qui va inspirer Psychose (mais aussi Massacre à la tronçonneuse, Deranged et Le Silence des agneaux), le film s’ouvre en mode Alfred Hitchcock présents, avec le réalisateur s’adressant directement à ses spectateurs. Ed Gein devient la voix intérieure d’Alfred Hitchcock dans cette période cruciale où le cinéaste vieillissant cherche à se réinventer. Mais surtout une période (selon le film), où Hitchcock commence à douter de la fidélité de son épouse qui l’épaule sur tous ses travaux depuis trente ans. Tout autant qu’Hitchcock, déjà connu pour son entêtement et sa jalousie maladive, c’est véritablement Alma Reville qui est mise en avant dans ce biopic. Femme de l’ombre mais d’une importance cruciale dans le cheminement artistique de son mari, Alma Reville est présente à toutes les étapes de la conception de Psychose. Du remaniement du script au montage de la scène de douche, en passant par une gestion de crise sur le tournage, elle apparait donc comme  la seule à même de prendre des décisions au nom du maître du suspense, devant supporter les sautes d’humeur souvent injustifiées du génie.

On en apprendra donc plus sur le couple Hitchcock que sur Psychose en particulier. En effet, le cinéphile endurci n’apprendra rien de nouveau qu’il ne savait déjà sur ce chef-d’œuvre du cinéma. Le film met même de côté quelques aspects qui auraient pu être développés (la présence au générique de leur fille Patricia, les rapports houleux avec Saul Bass), préférant se concentrer sur les embûches habituelles d’un cinéaste voulant repousser les limites du cinéma en insistant sur le manichéisme qui différencie les bons (l’artiste avant-gardiste) des méchants (les producteurs et la censure tous décrits comme des crétins). Les rapports légendaires entre Hitchcock et ses actrices sont rapidement évoqués et le film ne cherche pas non plus à faire de liaison sémiologique avec Psychose. Pas de leçon de cinéma donc dans cet Hitchcock qui n’est finalement qu’une comédie romantique d’un couple âgé ayant pour cadre le monde du cinéma. Heureusement qu’elle se regarde sans déplaisir grâce à l’interprétation convaincante d’Helen Mirren et d’Anthony Hopkins.

 

The Vug

 

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Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».