Critique de The Secret

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The Tall Man

De Pascal Laugier

Avec Jessica Biel, Jodelle Ferland et Stephen McHattie

Etats-Unis/Canada/France – 2012 -1h46

Rating: ★★★☆☆

Comment faire une carrière internationale quand on est un réalisateur de cinéma de genre français ? La méthode est souvent la même :

1)      Faire un bon film en France (et pas juste un film en France)

2)      Aller le présenter dans un festival de l’autre côté de l’Atlantique (Toronto par exemple)

3)      Si le film a tapé dans l’œil d’un producteur américain, c’est dans la poche !

… ou presque car les résultats ne sont pas toujours les mêmes. Certains de nos golden frenchies décrochent le jackpot en devenant réalisateurs de blockbusters ultra-formatés (Louis Leterrier), d’autres se taillent une place de roi dans le circuit indépendant (Alexandre Aja). On peut également se contenter des miettes (comme Eric Valette et le nanar Z Hybrid) même si la désillusion laisse parfois un goût amer pour ceux qui n’arrivent à s’accommoder du système (Mathieu Kassovitz, Xavier Gans).

Avec son précédent film Martyrs, baffe splatterpunk dans la langue de Molière qui faisait habilement le pont entre Jack Ketchum et Clive Barker, les deux papes littéraires du genre, Pascal Laugier avait honorablement franchi les trois étapes citées plus haut. Quatre ans plus tard, et après une tentative avortée du remake de Hellraiser, il revient avec ce troisième long-métrage indépendant tourné de l’autre côté de l’Atlantique. Avec plus de 500 000 spectateurs en France, The Secret confirme la théorie d’Alexandre Aja qui veut que le public français n’aille voir un film fantastique que s’il est (ou a l’air) américain.

Parler de l’intrigue de The Secret sans déflorer son mystère est difficile tant le film joue sur des notions de points de vue chères au Dario Argento des années 70. Laugier manipule son spectateur, faisant traverser son récit par différents épisodes qui donnent à chaque fois un nouvel angle d’approche à son histoire d’enlèvements d’enfants (s’agit-il d’un croque-mitaine ? d’un complot à l’échelle d’une ville ? Etc.)  jusqu’à sa conclusion à la morale douteuse et au nihilisme forcé dont Laugier arrive pourtant à s’exonérer en interpellant le spectateur par les interrogations finales d’une des victimes répétées trois fois, comme pour bien appuyer l’incertitude qui entoure les convictions de son personnage.

Si Laugier confirme son statut d’artisan du cinéma fantastique et surtout d’auteur pour ses thématiques récurrentes depuis Saint Ange (les orphelins, les martyrs, les sacrifices, les secrets, les souterrains),  on regrette un montage qui a tendance à confondre scories et respirations, comme cette scène où l’un des personnages des plus secondaires prend un temps fou à ouvrir une porte, traverser la pièce pour s’assoir sur la chaise où on va l’interroger. C’est donc parfois terriblement lent pour pas grand-chose. The Secret aurait gagné à être raccourci d’un bon quart d’heure pour s’approcher d’une bonne série B horrifique que d’un film un peu trop maigre dans sa réflexion pour avoir des prétentions esthétiques aussi auteurisantes (depuis Never Let Me Go et Perfect Sense, les voix off féminines accompagnées d’un léger piano sont devenues des gimmicks qui donnent des airs de Terrence Malick du pauvre). Pourtant, par son habileté à manipuler son spectateur, The Secret invite naturellement à une seconde vision. Et ça, ce n’est pas le moindre des exploits.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».