Critique de Pulp Fiction

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Pulp Fiction

De Quentin Tarantino

Avec John Travolta, Bruce Willis, Uma Thurman, Samuel L. Jackson

Etats-Unis – 1994 – 2h29

Rating: ★★★★★

Pulp Fiction est typiquement le film que l’on peut revoir mainte et mainte fois avec toujours autant de plaisir, accompagné de cette impression de parcourir un assemblage de scènes cultes. Le métrage se paie ainsi le luxe d’être autant reconnu par les cinéphiles que par un public bien plus large, sa Palme d‘Or à Cannes en 1994 attestant du bon goût de certains jurys cannois (il faut dire que Clint Eastwood en était le président cette année là). Quentin Tarantino y définit clairement son style après avoir posé les bases avec Reservoir dogs deux ans plus tôt, même si les réfractaires ajouteront qu’il ne s’agit que d’une œuvre sous influence qui picore dans le patrimoine du septième art. Si cela est en partie vrai, quelle importance sachant qu’il se réclame lui-même de cette démarche? Devenu cinéaste, Tarantino demeure avant tout un cinéphile dans sa plus belle définition, il vit pour le cinéma et ses films ne parlent que de ça.

Avant même de s’intéresser au film, l’affiche permet déjà d’identifier l’œuvre. Atypique et finalement assez éloignée de toute considération commerciale (les têtes d’affiche masculines n’y apparaissent même pas). Malgré ça, l’affiche représente parfaitement bien l’univers du film puisqu’on y retrouve de nombreux éléments clés, comme les cigarettes (Tarantino a inventé la marque Red Apple pour le film), le flingue, le magazine faisant référence au fameux terme « pulp » et enfin la pose de Uma Thurman qui symbolise bien la « cool attitude » qui inonde l’œuvre.

Pulp Fiction s’ouvre une discussion entre Ringo et Yolanda, le couple interprété par Tim Roth et Rosanna Arquette, dans une cafétéria où ils discutent de la facilité qu’ils auraient à y commettre un braquage, ce qu’ils ne tardent pas à faire. S’en suit le générique au rythme de la musique de Dick Dale suivi de celle de Kool and the Gang. Le film est lancé et la discussion entre Jules Winnfield (Samuel L. Jackson) et Vincent Vega (John Travolta) que nous rejoignons en plein milieu confirme que nous ne sommes pas devant un film appartenant à l’ancienne école. Plus le récit avance, plus on observe que la frontière entre le bien et mal est éclatée pour rapidement s‘effacer. Cette approche aura d’ailleurs valu quelques critiques à Tarantino, des avis lui reprochant une vision trop divertissante de la violence. Ce choix semble pourtant évident, le film flirtant autant avec une violence débridée qu’avec un humour toujours présent. Ainsi les dialogues prévalent sur tout le reste et désamorcent notamment les scènes de violence. Mais même en dehors des dialogues ces scènes restent toujours introduites par un second degré appuyé, ainsi lorsque Butch (Bruce Willis) décide de retourner apporter son aide à Marsellus Wallace (Ving Rhames) alors en prise avec les deux pervers que sont Zed et son complice, il reste faire son choix parmi diverses armes à sa disposition, passant du marteau à la batte de baseball, puis à la tronçonneuse pour enfin choisir un katana. Au-delà des références cinématographique faites ici, cette séquence ajoute à nouveau un sentiment de dédramatisation face à la violence. Pour noter cette dérision on pourrait aussi citer la réplique culte « Putain le con, j’ai buté Marvin » lancé par un Travolta maladroit de la gâchette et de nombreuses autres scènes du genre. En outre, à la sortie de Kill Bill au cinéma, un journaliste questionna le réalisateur au sujet de cette surenchère, à quoi celui-ci répondit tout simplement: « C’est sûr que Kill Bill est violent. Mais c’est un film de Tarantino. Vous n’allez pas à un concert de Metallica et demander à ces cons de baisser le volume. » Le terme « cool » est certainement celui qui défini au mieux le spectacle, appuyé par cette manière d’entrer dans la vie de ces personnages à travers des discussions à première vue anecdotiques mais finalement toujours passionnantes et surtout se révélant être un moyen universel pour décrire au mieux leur manière de penser et d‘agir, qu’il s’agisse de Jules Winnfield expliquant cette habitude qu’il a de réciter le même passage de la Bible (Ezekiel, chapitre 5, verset 12) avant chaque exécution ou encore ce dernier et Vincent Vega qui débattent sur l’importance qu’ils donnent à un massage de pieds. Tarantino emploi aussi ce procédé pour introduire ses personnages, comme il l’avait déjà fait sur Reservoir dogs où la clique de cambrioleurs discutaient dans un café de sujets anodins mais permettant d‘identifier facilement chacun d‘entre eux. Ces choix rendent assez difficile son appropriation à un genre particulier, film noir? comédie noire? polar? Peu importe finalement puisque c’est sûrement l’une des autres forces de Pulp Fiction, d’être certes une œuvre qui recycle mais en introduisant ses propres codes, ainsi Tarantino y impose son langage cinématographique.

Le scénario est traité intelligemment avec une structure narrative déconstruite parfaitement orchestrée. A noter que le rôle majeur de Roger Avary dans la création de celui-ci est bien trop souvent évincé, son rôle de co-scénariste étant à l’origine de certaines des meilleures trouvailles telles que l’anecdote de la montre interprétée par Christopher Walken. Les deux compères se sont d’ailleurs froissés suite à la demande de Tarantino à Avary d’abandonner son crédit de co-scénariste afin de pouvoir vendre le film par l’accroche « Écrit et réalisé par Quentin Tarantino ». Force est de reconnaître que dans la suite de sa carrière Avary conservera une certaine filiation avec le cinéma de Tarantino, qu’il s’agisse de Killing Zoe ou de sa vision du teen movie avec Les lois de l’attraction.

S’il fallait définir une ligne directrice plusieurs possibilités pourraient être avancées bien qu‘aucune ne soit réellement définie, il pourrait s’agir de cette mystérieuse mallette dont le contenu n’est jamais dévoilé ou du personnage de Butch autour duquel convergent bon nombre d‘intrigues, mais son aspect film à sketches lui permet d’être vu de différentes manières. Cette narration non linéaire et cette structure chapitrée construite en fonction des personnages exposés renforçant cette agréable impression de redécouvrir le film à chaque visionnage. Au niveau des personnages le cinéaste fait là aussi un sans faute en offrant l’une des galeries les plus réussies du septième art. Reservoir Dogs faisait déjà très fort à ce niveau là et Pulp Fiction enfonce le clou, à tel point qu’il est difficile de déterminer lequel pourrait être le personnage phare, est-ce Jules Winnfield, tueur à gage en quête de rédemption? Butch, le boxeur de seconde zone? Mia Wallace, la camée en manque d’occupation? Wolf, le type q’on appelle en cas de pépin? Ou peut-être Vincent Vega, qui conserve sa classe naturelle en short et t-shirt? Concernant ce dernier, on remarquera d’ailleurs l’aspect volontairement comique qui lui est apporté, sa nonchalance étant ébranlée de nombreuse fois et ceci étonnamment à sa sortie des toilettes. Il suffit d’observer qu’il s’y rend trois fois durant le film et qu’à chaque fois qu’il en ressort les événements prennent une tournure assez délicate.

Autre détail à part entière dans la filmographie de Tarantino: la musique, et ici il frappe très fort. Si le film ne comporte aucune musique originale, il ne fait pas dans la facilité à la manière d’un Zack Snyder revisitant des titres ultra connus, au contraire il nous offre une playlist remplie de petites perles souvent méconnus jusqu’alors, tel que « Girl You’ll Be a Woman Soon » de Urge Overkill que nous balance Mia Wallace.

Pulp Fiction a été l’un des films les plus influents des années 90, bon nombre de réalisateurs s’en sont inspirés, qu’il s’agisse de Guy Ritchie sur Arnaques, crimes et botanique puis Snatch, de Joe Carnahan sur Mise à prix et bien d‘autres. Avec ce chef-d’oeuvre il assoit sa notoriété mondiale, Palmes d’Or et Oscar du meilleur scénario original à l‘appui. Pulp Fiction reste l’œuvre culte d’un cinéaste qui avec ce second film aura marqué le septième art, devenant lui-même l’une des icônes de cette pop culture qu’il admire tant.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).