Critique de The Master

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The Master

De Paul Thomas Anderson

Avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams et Laura Dern

Etats-Unis – 2012 – 2h17

Rating: ★★★★★

De retour de la Guerre du Pacifique, Freddie Quell mène une vie chaotique. Obsédé par le sexe et inventeur d’un cocktail à base d’alcool frelaté, le vétéran enchaîne des petits boulots qu’il ne peut conserver en raison de son comportement erratique. Sa vie n’est qu’une fuite permanente jusqu’à ce qu’il monte clandestinement sur le navire de Lancaster Dodd. Leader d’un petit mouvement sectaire nommé la Cause, Dodd va prendre Quell sous son aile.

A 42 ans, Paul Thomas Anderson confirme encore plus son assise d’auteur intransigeant au sein du système hollywoodien avec The Master, son sixième long-métrage dans la même veine du précédent There Will Be Blood. Le film refuse à nouveau toute complaisance avec son spectateur, prenant son propre rythme pour décrire l’initiation à la vie de Freddie Quell, personnage à la base guère sympathique auquel Joaquin Phoenix parvient à insuffler toute la détresse par une composition d’acteur parmi les plus impressionnantes de ces dernières années.

Précédé d’une campagne de diffamation par l’Eglise de Scientologie qui s’est sentie visée, à juste titre, par le film de Paul Thomas Anderson (qui ancre son récit en 1950, soit l’année de l’élaboration et de la diffusion par L. Ron Hubbard de sa Dianétique), The Master risque de décevoir ceux qui s’attendraient à un biopic en bonne et due forme du très controversé gourou. Car, si les similitudes sont flagrantes – en dépit des démentis d’Anderson – et si le film s’attarde à décrire les méthodes de conditionnement (interrogatoires poussés afin de révéler les secrets les plus enfouis, exercices abrutissants pour annihiler tout libre arbitre, repli communautaire),  ce qui intéresse le cinéaste est avant tout de comprendre comment une idéologie, aussi farfelue soit elle, peut donner une direction à suivre dans l’existence d’un individu. L’existence, Anderson la symbolise par des plans sur l’océan qui devient le leitmotiv du film. Quell est un marin à la dérive dans sa propre existence et ce n’est donc pas pour rien qu’il rencontre Dodd sur un bateau. Démasqué par son propre fils, Dodd ne sait pas non plus où il va, improvisant les doctrines de sa religion au fur et à mesure des livres qu’il écrit, quitte à violemment réprimander une de ses fidèles qui cherche du sens dans les contradictions de son œuvre. Mais Dodd est «capitaine» de son entreprise, et non matelot. Où qu’il aille, il sait qu’il sera suivi par ses fidèles.

Être libre, c’est ne pas avoir de maître. Être heureux, c’est pouvoir aimer autant que d’être aimé. Pour Quell, intégrer Todd et la Cause c’est davantage appartenir à un groupe que de chercher un quelconque sens à sa vie. Son but ultime, Quell le connait déjà : matérialiser la femme de sable avec laquelle il fait l’amour sur une plage du Pacifique. On espère pour lui qu’il est sur la bonne voie lors de la séquence finale qui n’est rien de moins que la scène de cul la plus émouvante et la plus humaine de l’histoire du cinéma.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».