Critique de Blancanieves

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Blancanieves

 

de Pablo Berger

Avec Mirabel Verdu, Macarena Garcia, Daniel Giménez Cacho

Espagne – 2012 – 1h44

Rating: ★★★★☆

 

On pourrait croire que le succès de The Artist soit à l’origine du projet Blancanieves si Pablo Berger n’avait commencé à écrire et à concevoir son film muet il y a dix ans déjà. A l’heure où les progrès techniques permettent de réaliser les idées les plus folles, faire un film muet, en noir et blanc a tout d’ un pari fou. Nommé 18 fois pour les Goya 2013, Blancanieves semble bien parti pour connaître de bien beaux augures en son pays. Et fort de la réussite de son prédécesseur, le film arrive dans nos contrées et bénéficie même d’une sortie cinéma.

Contrairement à ce qu son titre laisse présager, Blancanieves ne puise pas sa source dans le seul conte de Blanche-Neige, mais sur une pluralité de contes. Faisant appel tantôt à Cendrillon, tantôt à la Belle au Bois Dormant, le film veut avant tout raconter une histoire, et pour cela, Berger a choisi l’image plutôt que la parole. Cette histoire, c’est celle de Carmen, fille d’une célèbre chanteuse de flamenco morte en couche et d’un tout aussi célèbre matador, paralysé depuis un accident lors d’une corrida. Elevée par sa grand mère après le remariage de son père, l’enfant est contrainte à la mort de celle-ci de vivre sous la coupe de sa monstrueuse marâtre ( la sublime Maribel Verdù, vue dans Tetro). L’une des grandes forces du film tient en son scenario, reprenant la narration classique du conte (manicheisme, obstacles à surmonter,etc.), transposant son intrigue dans les années 20, où la tauromachie offrait un parfait divertissement pour l’insouciance de l’Entre deux guerres.

Le choix du muet s’en trouve justifié de par ce rapport au conte, comme si le film était un livre d’images. Mais muet ne signifie pas sans son et Berger s’en amuse à plusieurs reprises,  jouant sur la musique. Extradiégétique, elle n’en fait pas moins des incursions dans le récit, devenant intradiégétique par le biais d’un instrument, d’un gramophone, d’applaudissements. La musique d’ Alfonso de Vilallonga devient alors un élément du récit, se substituant à la parole, renforçant les émotions, les différents tons adoptés par le film.

D’un point de vue formel, le réalisateur maitrise son sujet et parvient à recréer des scènes typiques de l’âge d’or du cinéma muet, du burlesque au drame, par un choix de montage, un axe de caméra ou la reprise de codes du genre, le muet ayant fini par être un genre en soi. Mais c’est probablement par son écriture que Pablo Berger est parvenu à élever son film. En ayant assimilé avec bon sens les codes du muet et en justifiant leur usage par la nature même de son récit, le réalisateur prouve qu’il ne fait pas dans le simple exercice de style.

A cela, Berger  ajoute un récit dans le récit, la tauromachie. Les trois formes de divertissement représentent chacune un type de récit:  le conte, récit de parole, le cinéma muet, récit de vue et la tauromachie, récit de geste. Raconter une histoire avec des sons, des gestes et des images. Se matérialise alors à l’écran non plus un film, mais une image mentale, comme celle que l’on a enfant lorsque l’on nous raconte un conte.

Projet cher au réalisateur qui y consacra dix ans, Blancanieves s’avère être bien plus qu’une curiosité filmique. Reprenant les codes narratifs du conte et du muet et les mettant en parallèle d’une autre forme de récit, la tauromachie, Berger livre un film atypique et ingénieux, très beau formellement et solidement écrit. Une très belle surprise de ce début d’année.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.