Critique de Cogan: la mort en douce

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Killing them softly

D’Andrew Dominik

Avec Brad Pitt, Ray Liotta, James Gandolfini, Richard Jenkins

Etats-Unis – 2012 – 1h37

Rating: ★★★★★

 

2008, années des élections présidentielles aux Etats-Unis, Obama contre McCain, mais aussi début de la crise dû aux subprimes. Et peut-être aussi le début de l’engouement du poker par l’opinion publique, avec les émissions, puis les chaînes de télévision dédiées et un nouveau délire à faire ente amis, tapis et jetons etc. Mais depuis bien longtemps, c’est un délire de malfrats, qui s’organisent en tripot clandestin. Un max d’argent sale concentré dans un même endroit, ça peut tenter des gens…

Andrew Dominik continue sa réflexion sur les Etats-Unis, ses citoyens et son ultralibéralisme, dans un film noir sans femme fatale, après un western métaphysique, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. À la limite de l’expérimental, comme Paul Thomas Anderson au début de There will be blood, en même temps c’est le même sujet, le réalisateur australien joue sur des effets sonores qui contrastent avec l’image. En effet, les discours des politiciens résonnent dans une vision de l’Amérique ruinée ou en ruines, car elle est. Des ex-taulards récidivistes limite fous face à une coalition de gangsters invisibles représentée par leur avocat (Richard Jenkins, toujours juste), unique interlocuteur de Cogan suite au braquage, ce sont les cols blancs et les nantis face au peuple. Et cela, nous le regardons tantôt dans un ralenti léché et sublime (gros plan sur goutte d’eau), tantôt en plans fixes où des hommes et des femmes parlent d’une époque de leur pays avec lourdeur et nostalgie (excellent James Gandolfini), ou se défoncent à l’alcool, la drogue et la violence.

Ce n’est justement pas cela la dérive du capitalisme ? Ou le problème du libéralisme ? Le point de départ de la crise ? Plus on voit de l’argent plus on en veut, alors on le cache dans des comptes offshore, on fait de l’évasion fiscale ou tout simplement on s’exhibe avec. George Best, footballeur disait avec humour « J’ai claqué beaucoup d’argent dans l’alcool, les filles et les voitures de sport – le reste, je l’ai gaspillé », Carlo Dossi, écrivain, quant à lui clame qu’ « À beaucoup de gens, il ne manque que l’argent pour être honnêtes ». Ces deux citations contrastées soulignent à merveille le discours du film : l’argent nous conduit-il à la vanité ou au bonheur ? N’est-ce pas même l’incarnation de la vanité par excellence ? Brad Pitt, donnant corps à tout l’argumentaire d’Andrew Dominik, ils avaient déjà travaillé ensemble sur Jesse James, donnera la réponse grinçante à tout ça, et dire qu’il arrête sa carrière d’acteur dans 2 ans alors qu’il se bonifie comme du bon vin, auparavant Tree of life et Le stratège. Et sa réponse est accompagnée de détails de la vie de Jefferson, un violeur d’esclaves qui écrivit les premiers textes d’égalité des hommes aux Etats-Unis, tout comme notre bon Voltaire national écrivit contre l’esclavage mais possédait un négrier ou notre voisin Kant qui est contre l’esclavage mais ne considère pas les blancs et les noirs égaux.

Au final, oui l’Amérique est une nation, la nation du business. Et nous, français, nous ne sommes plus la nation des Droits de l’Homme. Quant au titre de la critique, Ernest Hemingway, disait que « Les hommes deviennent des intellectuels pour échapper au désespoir », à quoi Charles Bukowski répondait que « Les hommes deviennent des intellectuels pour échapper à la peur ». Peut-être que dans le troisième cas, le film traité ci-dessus, suggérait que les hommes deviennent des intellectuels pour échapper à la solitude…

 Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…