Critique de L’Homme invisible

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

.

The Invisible Man

De James Whale

Avec Claude Rains, Gloria Stuart et William Harrigan

Etats-Unis – 1933 – 1h11

Rating: ★★★★★

Après la vague des adaptations des classiques de la littérature gothique du XIXe siècle (Dracula, Frankenstein, L’Etrange Cas du docteur Jekyll et M. Hyde), Hollywood s’attaque en ce début des années 30 au cas H.G. Wells, auteur révolutionnaire qui a posé les bases de la science-fiction avec une poignée de romans scientifiques. Si la version Paramount de L’Ile du docteur Moreau avait déçu l’écrivain britannique, Carl Laemmle Jr. souhaite que ce son studio Universal offre un meilleur traitement à L’Homme invisible. Ecrit par R.C. Sherriff, l’auteur de Journey’s End, pièce de théâtre qui rendit James Whale célèbre outre-Atlantique, le scénario de L’Homme invisible décrit la folie meurtrière qui va s’emparer de Jack Griffin, un scientifique rendu invisible par le composé chimique qu’il a inventé. Le héros révolutionnaire du roman d’H.G. Wells cède la place à un authentique Universal Monster, tiraillé entre sa quête de guérison et sa condition de surhomme insaisissable découvrant l’étendue de ses pouvoirs. La présence du personnage féminin Flora sert tout autant à donner la dimension romantique de Griffin que de justifier son sadisme lorsqu’il tient à sa merci le Dr. Kemp, son rival professionnel et amoureux.

Initialement prévu pour Boris Karloff puis Colin Clive, le rôle-titre échoue finalement à Claude Rains, acteur de théâtre anglais fraîchement débarqué à Hollywood qui se faisait jusqu’à présent jeter des castings en raison de son jeu grandiloquent, de son fort accent cockney et de sa diction venue d’une autre époque. Dissimulé sous son costume lardé de bandelettes pendant la quasi-totalité du film, il va mettre à profit son principal atout, une voix puissante, pour donner vie à son personnage invisible.

Mais la véritable réussite du film incombe en grande partie aux effets spéciaux supervisés par John P. Fulton qui figurent parmi les plus élaborés des débuts du cinéma parlant. Et les défis techniques imposés par l’intrigue sont nombreux : l’homme-invisible se déshabille, parfois devant un miroir (ce qui nécessite de retranscrire l’effet spécial sur le reflet), soulève des objets et des corps, laisse des empreintes dans la neige… Méliès du cinéma hollywoodien, Fulton inaugure le procédé du « cache contre cache », superposant aux plans des décors filmés par Whale d’autres plans où l’acteur recouvert d’une cagoule, de gants et de collants noirs est filmé sur un fond entièrement noir. Les vêtements prennent ainsi vie par eux-mêmes dans un effet certes encore rudimentaire mais qui va poser les bases des effets d’incrustation. Ce travail prendra la moitié du temps de production. Des effets mécaniques comme des fils invisibles ou des trappes sous la neige artificielle viennent compléter la gamme des subterfuges pour créer l’illusion d’un vrai homme invisible. Les prouesses techniques de L’Homme invisible se répéteront sur le film fantastique suivant de James Whale, La Fiancée de Frankenstein, lors des scènes des êtres miniatures créés par le Dr. Pretorius.

Mais au-delà des effets spéciaux, on retiendra de L’Homme invisible sa violence morale (le héros provoque la mort de plus de 130 personnes) et bien évidemment l’humour noir qui a gagné le cinéma fantastique de James Whale depuis le précédent Old Dark House. Film préféré de son réalisateur, L’Homme invisible traversera les époques sans encombre jusqu’à ce que Paul Verhoeven livre en 2000 sa variation Hollow Man, encore plus amorale, faisant entrer la figure de l’homme invisible dans l’ère numérique.

 

The Vug

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».