Critique de Horror Stories [PIFFF 2012]

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Mooseowon Iyagi

de Jung Bum-shik, Im Dae-woong, Hong Ji-young, Kim Gok, Kim Sun et Min Kyu-dong

avec Kim Jun Soo, Noh Kang Min, Lee Dong Kyu, Choi Yoon-young, Jin Tae-hyun

Corée du Sud – 2011 – 1h48

Rating: ★★★☆☆

Deuxième anthologie coréenne présentée au PIFFF 2012 après le plaisant Doomsday Book, Horror Stories comme son nom l’indique est un film à sketchs horrifiques. Il a pour trame principale un segment appelé: Beginning. Il est réalisé par Min Kyu-Dong, cinéaste particulièrement doué à qui l’on devait l’excellent second opus des Whispering Corridors sorti en France en 2000 sous le non de Memento Mori. Ce fil rouge narratif raconte les déboires d’une jeune lycéenne, captive d’un psychopathe aux intentions sadiques, qui propose à sa prisonnière de lui raconter des histoires d’horreurs, la sensation d’effroi seule lui permet de trouver le sommeil. Cette excellent idée inspirée des Contes des 1001 nuits permet de lancer de manière originale les différents sketchs, véritables enjeux du liens pervers qui unit le prédateur et sa proie. Le cinéaste parvient habilement à créer un lien émotionnel avec sa jeune héroïne, et maintient une tension continue en adoptant le point de vue de la victime, jouant de la simple évocation de l’horreur à venir grâce au pouvoir suggestif de son unique décor. L’exercice est d’autant plus difficile que le récit se trouve morcelé tout au long du métrage, pourtant Min Kyu-Dong ne relâche jamais son suspense, s’appuyant sur la performance de deux jeunes comédiens qui apportent de la crédibilité à cet échange mortuaire.

Inégal, est le reproche qui caractérise les films dit « omnibus ». D’Horror Stories on ne retiendra que deux histoires: la première et la troisième. Sun and Moon du réalisateur Jung Bum-Sik (The Epitaph 2007) raconte l’histoire de deux jeunes enfants seuls à la maison qui attendent le retour de leur mère coincée au travail. Ils vont être confronté à un livreur mal-attentionné dont les motifs cachent un horrible tragédie. Inspiré très largement d’une comptine coréenne, cette histoire mélange astucieusement film d’invasion domestique, scènes de couloirs et de l’horreur plus traditionnelle avec son apparition spectrale. A défaut d’être original, la qualité du segment Sun and Moon repose essentiellement sur l’emploi du point de vue des enfants et en particulier de la sœur ainée Sun-Yi interprétée par l’épatante Kim Hyun-Soo qui avait bouleversée le public coréen dans le film Silenced de Hwang Dong-Hyuk. De plus, l’utilisation d’un contexte social contemporain fort apporte une résonance toute particulière au film. Souvent efficace, parfois cruel, ce conte horrifique se veut avant tout une métaphore d’une société inhumaine qui condamne ses enfants tel un ogre capitaliste.

Troisième segment: Kongji, Patzzi est une variation du conte de Perrault: Barbe bleue. Gong-gi s’apprête à épouser un riche chirurgien esthétique, or sa belle mère complote pour la substituer par sa fille Bak-Ji, rivale amoureuse, lors de la cérémonie du mariage. L’intrigante découvrira à ses dépens, l’ingrédient principale du régime alimentaire de son riche époux qui lui confère son apparente jeunesse. Ce segment est réalisé par Hong Ji-Young, une jeune réalisatrice qui a fait ses armes dans la comédie romantique et qui semble ici recycler avec une certaine perversité la recette de son premier film Naked Kitchen: rivalité amoureuse et cuisine. Ce qui surprend de prime abord est le ton aigre doux du métrage qui mélange avec goût: l’élégance de la mise en scène, production design sophistiquée, et l’aspect clinique des scènes horrifiques assez sanglante, ainsi que leur extrême cruauté. Un conte moral glaçant sur le culte de l’apparence et du physique comme facteur d’ascension sociale.

Les deux autres métrages bien moins intéressants ont pour point commun d’avoir pour décor principal un véhicule. Le premier Fear the Plane se passe dans un avion de ligne qui conduit sur le lieu de son procès un tueur en série escorté par deux policiers. Peu crédible, le film de Lim Dae-wong (To Sire With Love) enchaine sans imagination les codes usés du slasher pour se conclure dans un final trop convenu. Le dernier Ambulance réalisé par le duo Kim Gok et Kim Sun (Self Referential Traverse: Zeitgeist and Engagement) est une énième variation sur le thème du film de contagion et ses zombies sprinters. Des ambulanciers recueillent une mère et sa fille accidentée. Cette dernière inconsciente semble avoir des blessures inquiétantes. Est-elle contaminée ? Doit-on tenter de la sauver ou l’abandonner sur le bord de la route ? Voici les cruels dilemmes auxquels tenteront de répondre les différents personnages. Les deux cinéastes parviennent à tirer avantage de l’étroitesse de leur décor et rendent avec une réelle efficacité cette sensation de claustrophobie. Cependant on peut leur reprocher de suivre avec trop d’assiduité le cahier des charges du bon film de zombie selon Romero, mais ils parviennent tout de même à conclure leur chapitre avec une mordante ironie.

Cette anthologie horrifique est l’une des meilleurs projection de cette deuxième édition du PIFFF et l’on a du mal à comprendre son absence de la compétition. Un film omnibus qui témoigne de la bande santé du cinéma coréen et de l’impressionnant cheptel de jeunes et talentueux réalisateurs de films de genres.

Mart1

 

 

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