Critique de Frankenstein

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Frankenstein

De James Whale

Avec Boris Karloff, Colin Clive, Mae West, Dwight Frye et Edward Van Sloan

Etats-Unis – 1932 – 1h10

Rating: ★★★★★

L’année 1931 reste celle des adaptations des trois grands classiques de la littérature fantastique anglaise du XIXe siècle. Docteur Jekyll et Mister Hyde pour la Paramount, Dracula puis Frankenstein pour Universal. Initialement, ce dernier devait être réalisé par Robert Florey qui imagine un traitement expressionniste au classique de Mary Shelley avec Bela Lugosi dans le rôle de la créature. Carl Laemmle Jr. choisit finalement un metteur en scène britannique prometteur, James Whale, qui a triomphé sur les planches avec sa pièce Journey’s End en 1928. Peu enclin à ternir son image de playboy gothique avec un maquillage douloureux de Jack Pierce, Bela Lugosi décline le rôle. Ce sera un inconnu du grand public, avec pourtant plus de quatre-vingt films à son actif, qui va décrocher le rôle : Boris Karloff que James Whale remarque dans un restaurant, fasciné par son visage à l’ossature si particulière.

Basé à la fois sur les travaux de Robert Florey et sur l’adaptation théâtrale de 1927 de Hamilton Deane (un précurseur puisqu’il l’alternait dans son théâtre avec celle de Dracula), le scénario simplifie à nouveau la trame du roman initial pour obtenir un film choc de 70 minutes. On s’y prend pour Dieu en déterrant des cadavres, en volant des cerveaux conservés dans le formol et en redonnant vie à un assemblage de membres divers prélevés sur des morts. L’aristocratie y est présentée comme irresponsable tandis que la créature provoque la mort d’une fillette. En 1931, tout cela est encore inédit, nécessitant un prélude où le spectateur des années 30 est mis en garde sur l’horreur qui l’attend sur l’écran. Mais cela n’empêchera pas le film de James Whale de connaître des démêlés avec la censure.

Tout autant que Dracula, Frankenstein reste un parfait exemple d’un gothique hollywoodien fortement empreint d’influences expressionnistes. Dès la séquence d’ouverture qui prend place dans un cimetière inquiétant, James Whale s’y montre en véritable poseur d’ambiance en déconstruisant la perspective, jouant sur les ombres et les cadrages obliques. Il en est de même pour l’architecture de la tour dans laquelle Henry Frankenstein se livre à ses expériences qui exprime le reflet de la folie démiurge qui le saisit. Derrière son maquillage de monstre, Boris Karloff quant à lui parvient à insuffler l’innocence nécessaire pour traduire la victimisation de son personnage, conséquence d’une expérience hasardeuse qui n’aurait pas du avoir lieu et dont le vrai responsable s’en sortira pourtant très bien. Ainsi, plus que Dracula ou tout autre film de monstres d’Universal, c’est vers M le maudit de Fritz Lang que l’on serait tenté de rapprocher Frankenstein. Les deux films présentent chacun un monstre tueur d’enfant. L’un possède un visage humain, l’autre aspire à être accepté comme tel. Ils restent tous deux des victimes dans un monde où ils n’ont pas leur place et seront chacun châtié par une forme de justice populaire aussi expéditive qu’intolérante.

L’immense succès de Frankenstein fera de Boris Karloff la star la plus emblématique des Universal Monsters et de James Whale son réalisateur le plus respecté. Celui-ci offrira à la célèbre firme trois autres chefs-d’œuvre horrifiques, au ton certes plus léger, qu’il réalisera quasiment dans la foulée : La Maison de la Mort (1932), L’Homme invisible (1933) et surtout La Fiancée de Frankenstein (1935), une suite considérée comme supérieure à l’original.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».