Critique de Dracula

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Dracula

De Tod Browning

Avec Bela Lugosi, Helen Chandler, David Manners, Dwight Frye et Edward Van Sloan

Etats-Unis – 1931 – 1h15

Rating: ★★★★★

Si le studio Universal Pictures avait déjà amorcé ses films de monstres dans les années 20 avec les films de Lon Chaney (Le Fantôme de l’Opéra, Notre-Dame de Paris), c’est avec Dracula en 1931 que le studio fondé par Carl Laemmle forge littéralement ses lettres de noblesse dans le genre horrifique. Premier film d’épouvante parlant, le classique de Tod Browning n’est pourtant pas la première adaptation du roman de Bram Stoker puisqu’il y avait déjà eu en 1921 La Mort de Dracula, film hongrois totalement disparu depuis, et bien évidemment le chef-d’œuvre de F.W. Murnau Nosferatu le vampire (1922).

Dès 1915, Carl Laemmle, pourtant peu porté sur l’Horreur, souhaite adapter Dracula mais l’initiative sera prise quinze ans plus tard par son fils Carl Laemmle Jr., véritable initiateur des Universal Monsters tels qu’on peut les connaître. Basée pour des raisons de coût – crise de 1929 oblige – sur l’adaptation théâtrale qui fit le succès de plusieurs troupes dans les années 20, l’histoire conte les méfaits du comte vampire transylvanien débarquant à Londres en quête de chair fraîche. S’installant dans le sanatorium du docteur Seward, dans lequel est interné son esclave Renfield, Dracula possède les jeunes et jolies Mina et Lucy avant que le professeur Van Helsing, expert en paranormal, ne mette un terme à ses macabres agissements.

Initialement prévu pour la vedette maison Lon Chaney, qui décède d’un cancer en 1930, le rôle de Dracula échoue finalement à Bela Lugosi, qui s’était déjà illustré avec succès dans le costume du vampire sur les planches de Broadway. Par son accent de l’Est très marqué et sa gestuelle théâtrale caricaturale, l’acteur hongrois va consolider sur grand écran la dimension érotique du personnage, à l’exacte opposée de la composition monstrueuse du Nosferatu de Max Schreck, pourtant plus fidèle de la vision initiale de Bram Stoker. Les Dracula qui suivront devront ainsi toute leur substance à la performance de Bela Lugosi qui impose un vampire raffiné aux vêtements impeccables ne laissant planer aucun doute sur son rang de noblesse encore en vigueur. La dimension mortifère du personnage est traduite quant à elle par les décors dans lesquels il se terre, cryptes humides et abbayes délabrées envahies de vermines en tous genres, comme un contrepoint illustrant sa nature décadente. A ce titre, les courtes scènes où l’on voit ses suivantes sortir de leurs cercueils pour encercler Renfield, ou celle de Lucy errant, à la manière d’une Dame Blanche, dans un parc embrumé, sont parmi les plus fortes du film.

Signant ici ce qui sera son plus grand succès commercial, Tod Browning (qui réalisera le traumatisant Freaks l’année suivante) choisit de rester proche de l’esthétique des films muets qui firent sa renommée en multipliant autant qu’il le peut les scènes silencieuses. Ces dernières sont magnifiquement portées par les travellings angoissants de Karl Freund, chef-opérateur de génie de l’Expressionisme allemand (Le Dernier des hommes, Metropolis), qu’Universal adoubera un an plus tard en lui confiant la mise en scène de La Momie avec Boris Karloff.

Quatre-vingts ans après, que reste-il de l’épouvante qui terrifia à l’époque le grand public ? La dimension horrifique s’est bien évidemment émoussée avec l’âge. Le jeu excessif des acteurs (mention spéciale à Dwight Frye dont la composition de Renfield semble annoncer à celle du Gollum d’Andy Serkis pour Le Seigneur des anneaux) et les effets spéciaux risibles (ces chauves-souris en plastique battant des ailes en vol stationnaire) sont désormais désuets depuis des générations. Pourtant, il reste dans Dracula toutes les composantes atmosphériques sur lesquelles se baseront le cinéma d’horreur en costume, des autres Universal Monsters à venir (Frankenstein, Le Loup garou) aux relectures des Nouvelles Vagues des années 60 (Terence Fisher, Mario Bava, Roger Corman). Comme un trait d’union entre le Fantastique muet et le Fantastique parlant, Dracula ouvre la voie d’un Expressionisme hollywoodien sans qui le cinéma de Tim Burton aurait été bien différent.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».