Critique de Doomsday Book

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.0/5 (3 votes cast)

.

Doomsday Book

De Yim Pil-Sung et Kim Jee-woon

Avec Go Joon-hee, Kim Kang-woo et Jin Ji-hee

Corée du Sud – 2012 – 1h55

Rating: ★★★★★

2012, année de la fin du monde. On pourrait penser qu’un film à sketches dédié à ce sujet relèverait de l’opportunisme. Pourtant, la genèse de Doomsday Book remonte à 2006 lorsque les réalisateurs Yim Pil-sung (Hansel et Gretel) et Kim Jee-woon (Deux sœurs, J’ai rencontré le Diable) mettent en boite leur segment respectif. S’il devait également faire partie de l’aventure, Han Jae-rim (The Show Must Go On) ne réalisera pas son sketch musical The Christmas Gift, et Doomsday Book restera sans financement jusqu’en 2010 avant que Yim Pil-Sung ne puisse définitivement boucler le projet.

Auteur des deux segments ouvrant et refermant Doomsday Book, Yim Pil-sung choisit la voie d’un fantastique teinté de comédie, voire d’humour absurde. Dans Le Meilleur des mondes, une contamination croisée de la viande de bœuf transforme la population en zombies sanguinaires. Dans Happy Birthday, la Terre va entrer en collision avec une boule de billard géante venue du fin fond de l’espace. Deux apocalypses radicalement opposées : la première, interne, est liée à un agent microscopique tandis que la seconde, externe, se joue à l’échelle astronomique. Dans un  cas comme dans l’autre, Yim Pil-sung s’amuse à décrire des médias dépassés par les évènements lors de séquences hilarantes de journaux télévisés qui partent en vrille (dans l’un d’eux, on trouve Bong Joon-ho, le réalisateur de The Host, jouant de la guitare durant un jam musical improbable). Pourtant, si le réalisateur décrit une Humanité elle-même responsable de sa propre perte, il n’en perd pas son attachement à ses personnages. Car la fin du monde n’est que la fin d’un monde. Dans Le Meilleur des mondes, deux zombies amoureux vont pouvoir rester ensemble pour l’éternité tandis qu’un monde désormais vierge est offert à la jeune héroïne de Happy Birthday.

Sur une tonalité plus grave, le segment central de Kim Jee-woon, Heavenly Creature, propose une réflexion sur les rapports entre intelligences humaine, artificielle et divine, dans la droite lignée des écrits d’Isaac Asimov et Arthur C. Clarke. Un robot officiant dans un temple serait la réincarnation de Bouddha. Le jeune technicien venu rechercher une défaillance dans la machine sera renvoyé à sa propre appréhension de sa condition humaine dans un monde futuriste où l’humain disparait au profit de la machine. Si l’apocalypse de Heavenly Creature est insidieuse, elle reste une nouvelle fois annonciatrice d’un nouveau paradigme. La certitude de sa propre existence est une question de perception de l’Univers. Une intelligence artificielle ayant conscience de cette perception entre à son tour dans le grand dessein de l’Univers. Certes, il s’agit de thématiques plus ou moins abordées dans Blade Runner, Ghost in the Shell et A.I. Mais en plaçant la figure du robot sur un fond ouvertement religieux, le sketch de Kim Jee-won en accentue la dimension mystique. Si un robot développe une âme, celle-ci échappe, contrairement à son corps, aux lois des hommes. Rien d’étonnant désormais à ce que les voies de la réincarnation puissent s’ouvrir aux machines.

Hétérogène mais parfaitement cohérent dans sa démarche, constant, original, triste et drôle à la fois, Doomsday Book est un film à sketches comme on aimerait en voir plus souvent et qui prouve une nouvelle fois la suprématie sud-coréenne sur le cinéma de genre.

 

The Vug

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».