Critique de Terminator

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Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

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Terminator

de James Cameron

Avec Arnold Schwarzenegger, Michael Biehn, Linda Hamilton

Etats-Unis – 1984 – 1h48

Rating: ★★★★★

 

« Belle soirée pour une ballade », tels sont les premiers mots du Terminator s’adressant à un groupe de punks parmi lesquels on retrouve un Bill Paxton encore peu connu. Peu bavard, le flot de paroles du T-800 est faible, mais il n‘est pas là pour ça et s’il y a bien quelque un qui évite les parlottes inutiles pour aller directement à l’essentiel, c’est bien lui. Plus sérieusement, en mettant en scène un personnage de la sorte, James Cameron crée un nouveau standard de la Science-Fiction. L’un des premiers plans, et aussi l’un des plus réussis, présente le Terminator de dos, nu, face à l’immensité de la cité des anges où surnage les lumières de la ville à la nuit tombée. Ce plan iconique montre que le calme qui y règne n’est que temporaire, la « bataille finale » étant imminente.

Le film se concentre principalement sur le trio Sarah Connor/Kyle Reese/Le Terminator, seuls personnages réellement impliqués au cœur des événements. Les autres personnages à l‘écran, qu’il s’agisse de la police ou des habitants, n’ont souvent qu’un rôle figuratif, de simples pantins face à un Terminator sans pitié. Projet hautement personnel pour Cameron, son cyborg futuriste, mais à l’apparence tellement humaine, lui est apparu selon ses dires dans un rêve où il eu la vision de cet endosquelette. Déterminé, le réalisateur fera tout afin de faire aboutir le projet et surtout de se retrouver derrière la caméra, cédant même en contrepartie les droits d’exploitation pour une bouchée de pain. Sortie à la même période que Dune de David Lynch et 2010 de Peter Hyams, Terminator crée la surprise là où les deux autres titres connaissent un échec au box office, installant alors James Cameron au rang de réalisateur talentueux et à la popularité immédiate.

S’il demeure être avant tout un grand film de Science-Fiction, le métrage intègre d’autres genres comme le thriller ou le slasher à travers la stature monolithique et inexpressive du Terminator qui est là dans l’unique but de tuer, rien ne le faisant dévier de sa mission principale. Évitant de dynamiter son récit via des explications trop foisonnantes, Cameron va à l’essentiel et se contente de quelques lignes de dialogues explicatives, ainsi que quelques coupures dans le rythme du film (scènes de guerre du futur, la relation entre Sarah Connor et Kyle Reese) permettant de placer efficacement l’intrigue et les enjeux. Pour exemple l‘introduction du film, brève mais terriblement efficace:

« Los Angeles, An 2029. Les machines s’élancèrent des cendres du feu nucléaire. La guerre pour exterminer l’humanité a fait rage pendant des décennies, mais la bataille finale ne se déroulera pas dans le futur. Elle se déroulera ici, dans notre présent. Ce soir. »

A l’origine, le cinéaste désirait faire du Terminator un personnage qui se fonde dans la masse, un être à part entière dont les intentions néfastes seraient encore moins prévisibles pour accentuer cette idée de menace invisible. Hors, le choix final porté sur Arnold Schwarzenegger pour le rôle titre a modifié cette idée pour offrir un combat qui dès le départ se montre inégal, tant au niveau de la stature que des aptitudes physique entre ce dernier et Kyle Reese. Plus qu‘un simple « rouleau compresseur », le Terminator est l’archétype du mal inébranlable. Difficile d’imaginer quelqu’un d’autre que Schwarzenegger dans la peau du personnage, son interprétation axée sur un regard impassible et une absence d’émotions symbolisant très bien la machine à tuer qu‘il est, un système complexe et structuré mis au point pour effectuer le travail.

Principalement tourné de nuit, Cameron capte la ville en lui conférant une atmosphère sombre et pessimiste, à peine plus chatoyante en journée, comme si les machines avaient déjà gagné. Cette approche parfois visionnaire fait ressentir l’influence de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick dans l’œuvre du cinéaste, à travers cette domination des machines face à l’être humain. Cette vision, le réalisateur l’imprime à l’écran de manière fort simple mais efficace, comme lors du rêve éveillé de Reese où celui-ci se remémore la guerre des machines à la simple vue d’une machine de chantier en action. L’une des autres influence du réalisateur est Mad Max 2 de George Miller, reconnaissable lors des scènes de poursuites. Ces dernières, ainsi que les scènes d’action, se succèdent sans temps morts et symbolisent une incessante chasse à l‘homme, où quelques ralentis biens mis en scène (particulièrement celui de la boite de nuit) permettent de faire grimper la tension d‘un cran.

Concernant le Blu-ray, on peut dire que c’est un réel plaisir de revoir le film dans ce format, la qualité d’image du master HD rejoignant les meilleures restaurations du support, et rattrape ainsi la piètre qualité de l’édition DVD. Hélas les bonus ne suivent pas le train et sont peu nombreux, se limitant principalement à deux featurettes et des scènes coupées. On était en droit d’attendre un traitement plus conséquent à ce niveau là sachant que l’une des éditions DVD contenait des bonus ici disparus. Il est assez difficile de comprendre la décision des éditeurs à ce niveau là. L’édition steelbook propose aussi un maigre livret signé par Fausto Fasulo, rédacteur en chef de Mad Movies.

28 ans après sa sortie, Terminator demeure toujours aussi efficace. Film majeur qui engendrera hélas davantage de nanars que de films du même acabit (on ne compte plus le nombre de DTV reprenant officieusement le titre en le modifiant à leur sauce), il prouve que si James Cameron bénéficie depuis de budgets monstres il a aussi réussi à lancer sa carrière de manière autodidacte sur un film au budget plus modeste. Montrant avec cette oeuvre une partie des ambitions créatives qu’il cachait dans son imaginaire, il développera plus amplement cet univers avec la sortie en 1991 de Terminator 2: Le Jugement Dernier.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).