Critique de Dharma Guns

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Dharma Guns (La Succession Starkov)

De F.J. Ossang
Avec Guy McKnight, Elvire et Lionel Tua
France/Portugal – 2010 – 1h29

Rating: ★★★☆☆

Une étendue d’eau. Un type fait du ski nautique, tracté par un hors-bord piloté par une femme brune semblant sortie d’un film de la Nouvelle Vague. La bande-son : un morceau de LARD, le groupe indus de Jello Biaffra, ex-chanteur des Dead Kennedys. Le type a un accident. Il reprend connaissance dans un monde bizarre et se retrouve au cœur d’une intrigue complexe où il est question de script perdu et de clones d’êtres morts pullulant comme des zombies. A moins que ce monde ne soit qu’une illusion dans le cerveau d’un homme en train de mourir…
Bienvenue dans le monde de F.J. Ossang, artiste stakhanoviste (poète, musicien, cinéaste) féru de musique punk et de cinéma expressionniste. Quatrième long-métrage en 25 ans de carrière, Dharma Guns était sorti de manière confidentielle sur grand écran l’année dernière en dépit de sa sélection à la Mostra de Venise (le film vient d’être édité en vidéo par Potemkine dans un coffret regroupant les trois derniers courts-métrages du réalisateur). Dans la lignée des films de science-fiction aussi cérébraux que fauchés, lignée ouverte avec Alphaville de Jean-Luc Godard en 1965, cet authentique film d’Art et d’Essai (terme désormais tombé en désuétude) s’adresse aux cinéphiles purs et durs, ceux pour qui le cinéma est un Art avant d’être de l’Entertainment à destination des masses.

Histoire dickienne en puissance (l’ombre du séminal roman Ubik n’a toujours pas fini de planer sur l’ensemble du cinéma SF, qu’il soit commercial ou non), l’intrigue de Dharma Guns se débarrasse de toute simplicité, privilégiant le symbolisme au dépit de la clarté. Cinéaste exigeant, F.J. Ossang utilise des procédés propres au cinéma muet (noir et blanc, jeux de diaphragme, intertitres) et à celui de Godard (incrustation du texte à l’image, montage-attraction, citations), jouant avant tout sur des associations d’idées (les peintures de l’artiste toulousain Michel Batlle répondent à des phrases tirées de l’œuvre de H.P. Lovecraft ou du Livre des Morts des Anciens Egyptiens). Reste donc au spectateur le soin d’assembler les morceaux de ce puzzle complexe pour déchiffrer le palimpseste métaphysique d’Ossang à moins de tout simplement préférer se laisser dériver, sans trop réfléchir, au gré de ce véritable trip visuel, à la manière des premiers travaux de David Lynch et de Lars von Trier.
Interprété comme il peut par Guy McKnight, chanteur des Eighties Matchbox B-Line Disaster, visuellement splendide (le travail photographique de Gleb Teleshov est extraordinaire) et riche en idées de mise en scène, Dharma Guns s’affiche comme un acte de résistance cinématographique des plus touchants dans une époque où le cinéma d’auteur sans compromis, du moins tel qu’on pouvait le concevoir dans les années 60 et 70, est désormais condamné à l’extinction ou au mécénat. Merci donc à Agnès B pour soutenir de tels projets.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».