Critique de Touristes

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Sightseers

De Ben Wheatley

Avec Alice Lowe et Steve Oram

Royaume-Uni – 2012 – 1h35

Rating: ★★★★★

Tina, vieille fille de 34 ans, décide d’abandonner sa mère malade quelques jours pour partir avec son amant Chris dans un voyage en caravane à travers le pays. Entre visites guidées des lieux du patrimoine et séances de baise dans la caravane, le périple amoureux des deux tourtereaux vire au carnage lorsque Chris commence à tuer tous les gens qui le contrarient. Terriblement amoureuse, Tina décide d’imiter son compagnon pour attirer son attention.

Comédie noire sur la vie de couple, Touristes vient consacrer Ben Wheatley, après la demi-claque Kill List, comme figure majeure du cinéma de genre européen. Affectionnant toujours son goût pour l’ultra-réalisme et l’improvisation, le réalisateur anglais revient donc à une forme de légèreté, quelque part entre les frères Coen, John Waters et Álex de la Iglesia. Interprétés par les scénaristes du film, les deux personnages principaux forment un couple terriblement ordinaire qui va vivre une vie conjugale en accéléré, la passion amoureuse disparaissant rapidement sous le poids de la monotonie et des cadavres.

 

 

Au désir attisé et désormais insatiable de Tina répond les pulsions de mort de Chris. L’une ne veut plus revenir au célibat virginal tandis l’autre est rattrapé par ses passions stériles de vieux garçon, comme son intérêt envahissant pour le prototype d’une caravane à vélo. Mais au-delà de son aspect de comédie romantique acerbe, Touristes pointe la mauvaise foi de chacun, celle qui consiste à reprocher aux autres ce qu’on refuse d’entendre sur soi-même. Si Chris ne supporte pas de voir quelqu’un jeter négligemment un papier au sol, il ne supporte pas pour autant qu’on lui fasse remarquer que son chien défèque sur un site mégalithique. Comme toujours chez Wheatley, l’horreur qui émerge de l’ordinaire finit par devenir elle-même ordinaire.

Amorale et sanglante, cette comédie jouissive coproduite par Edgar Wright pourrait assoir définitivement la notoriété artistique de Ben Wheatley, réalisateur qui parvient à présenter plusieurs facettes de ses talents sans pour autant perdre en cohérence et dont la mise en scène et la direction d’acteurs relèvent une nouvelle fois de la perfection.  L’Etrange Festival ne s’est donc pas trompé en l’invitant pour une rétrospective.

 

The Vug

 

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».