Critique de Killer Joe

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Rating: 3.5/5 (2 votes cast)

Killer Joe

De William Friedkin

Avec Emile Hirsch, Matthew McConaughey, Juno Temple

Etats-Unis – 2012 – 1h42

Rating: ★★★★☆

Mis sous pression par des dettes importantes qu’il doit au caïd local sous peine de se retrouver criblé de balles, Chris Smith, 22 ans, décide d’engager Joe Cooper, surnommé killer Joe, un flic qui occupe son temps libre comme tueur à gages, à qui il demande d’assassiner sa mère afin d’empocher l’assurance vie de cette dernière. Il ne se doute pas que son plan lui paraissant infaillible sur le papier va se révéler être une bien mauvaise idée. N’ayant pas l’avance nécessaire réclamée par Joe Cooper, il accepte de lui octroyer sa sœur Dottie comme caution, mais les événements vont prendre une tournure funeste.

A 77 ans, William Friedkin prouve qu’un réalisateur de son talent ne perd pas forcément son goût pour la controverse avec l’âge. Adaptation de la pièce de théâtre écrite par Tracy Letts et datant de 1993, Killer Joe conserve cet aspect théâtral, maintenant pendant une bonne partie du récit (et encore plus fortement dans son dernier acte) une ambiance intimiste, principalement centrée sur les performances d’acteurs et des unités de lieu assez confinées, comme ce mobil-home, représentation typique s’il en est de l’Amérique white trash. Comme le précise bien l’une des accroches marketing du film (« A totally twisted deep-fried texas redneck trailer park murder story ») on a bien affaire ici à une jolie galerie de rednecks affublés de chemises à carreaux et de casquettes de routiers, où l’atmosphère Texane se ressent pleinement. Évidemment, Friedkin force le trait en accentuant les stéréotypes, apportant un second degré permanent à son film. Si le trailer annonçait la couleur à ce niveau là, on était en droit d’attendre une touche encore plus personnelle de la part du cinéaste. Et c’est le cas puisque loin d’être un thriller classique, killer Joe est un film noir où l‘humour côtoie le malaise. Fini les impressionnantes courses-poursuites période French Connection ou To Live and Die in L.A., l’unique scène d’action/course-poursuite du film étant rapidement expédiée et n’est en aucun cas là pour en mettre plein la vue, le réalisateur développant son métrage à travers différents actes appuyés par des dialogues que ne renierait pas Tarantino (comme cette anecdote d’un type qui, pour donner une leçon à sa femme infidèle, ne trouva guère mieux que de se cramer les couilles).

Portrait peu glorieux d’une Amérique où l‘appât du gain dissout tout sens moral, Killer Joe présente aussi la destruction de la cellule familiale à travers une vision antagoniste de la middle class américaine. Joe Cooper, seul personnage non-membre de cette fratrie, en sera l’explosif. Au cœur de cette bande de désaxés, Matthew McConaughey trouve l‘un des meilleurs rôle de sa carrière, parfait en flic dont l’instabilité se révèle vite apparente, son personnage et l’interprétation étant comparable au personnage d’Anton Chigurh dans No Country For Old Men des Frères Coen. Sa relation tordue avec la jeune Dottie prise pour caution ne faisant qu’affirmer sa folie. Cette dernière étant d’ailleurs un personnage à part, victime de la stupidité des autres membres de sa famille et traitée comme un simple faire-valoir, elle est le personnage central par laquelle tous les enjeux du film gravitent. Son frère, interprété par Emile Hirsch, ne fait d’ailleurs preuve de sympathie que dans les moments où il tente de la sauver de l’emprise de Joe. Les autres personnages ne sont pas en reste, comme celui du père de famille, joué par Thomas Haden Church, qui se complait dans une certaine naïveté, se limitant à suivre l’opinion du plus fort en gueule, et sortant rarement de sa léthargie. C’est aussi cet aspect pathétique qui découle du métrage, chacun des protagonistes n’agissant que dans leur propre intérêt, sans jamais se soucier un seul instant des conséquences de leurs actes.

Similaire à Bug par sa mise en scène (qui était aussi l’adaptation d‘une pièce de Tracy Letts), Killer Joe semble confirmer l’envie de William Friedkin d’offrir un cinéma plus posé en terme de mise en scène, dissemblable de ce qu’il faisait dans les années 70/80 (sa période faste) mais où l’aspect subversif qui lui est cher reste bien présent. Si les années 90 ne furent pas la meilleure période de sa carrière en terme qualitatif, on peut aisément dire que depuis les années 2000 il reprend du galon et laisse espérer qu’il nous proposera encore quelques œuvres du niveau de ce Killer Joe.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).