Critique d’Excision [L’Etrange Festival 2012]

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Rating: 3.3/5 (3 votes cast)

Excision

de Richard Bates jr

avec AnnaLynne McCord, Traci Lords, Ariel Winter, Roger Bart, Malcolm McDowell et John Waters

Etats-Unis – 2012 – 1h21

 

Rating: ★★★☆☆

 

Pauline, ado en plein âge ingrat, coincée entre un père passif, une sœur atteinte de mucoviscidose et une mère odieuse et implacable menant sa famille avec une main de fer, développe un comportement de plus en plus étrange, au fur et à mesure que ses nuits sont hantées par des rêves érotiques gore.

Excision, un titre bien mal choisi pour un film dont ce n’est absolument pas le sujet. A vrai dire, le titre le plus approprié serait plutôt Incision, l’héroïne se passionnant pour la chirurgie et pour le sang. La construction du film d’ailleurs n’est pas sans rappeler May de Lucky McKee, Richard Bates Jr ayant choisi d’adopter le point de vue unique de Pauline, dont le comportement révèle bien des troubles, mais à qui le spectateur ne peut que s’attacher, compatissant à son sort, ne jugeant ses actes qu’en toute connaissance de son état mental. Jouant sur tous les aspects dégoutants de l’adolescence, Excision s’attarde aussi bien sur les modifications corporelles subies, l’éveil naïf au désir sexuel, les difficultés de l’intégration sociale au lycée comme au sein de la famille, les ravages des petites perversions d’une mère sur sa propre fille.  Sur ce point, le film remplit son contrat, livrant une myriade de scènes de repas en famille malsaines dans un cadre très Desperate Housewives glauque (et la référence ne s’arrête pas seulement à la présence de Roger Bart, le pharmacien fou de la saison 1). De même, lorsque Pauline se retrouve dans l’enceinte du lycée, cela donne lieu à des confrontations tristement réalistes, nous plongeant dans le schéma implacable de la vie sociale adolescente que nous avons tous connus: les cools, les lambdas et les freaks. Pauline est une freak, sans aucun ami. Elle est moche, pleine de boutons, s’habille avec des pantalons trop courts, fait et dit des trucs étranges, s’adressant toujours maladroitement aux autres, autant de signes extérieurs pouvant être mis sur le compte de l’adolescence mais qui s’avèrent au final révélateur d’autre chose chez l’héroïne.

Porté par AnnaLynne McCord, ici à contre-emploi, qui se révèle être bien plus qu’une actrice de série télé en livrant une interprétation toujours juste, à la hauteur du casting de personnalités cultes du genre (Traci Lords en mère abjecte, John Waters en prêtre psychologue et Malcolm McDowell en prof old school), Excision se trouve découpé par intermittence par des flash ultra gore et clippesque, les rêves et fantasmes de Pauline,  la mettant en scène dans une salle d’opération blanche et bleu flashy, en train de faire des trucs sexy avec des cadavres, de faire gicler des litrons d’hémoglobine ou manger des morceaux de barbaque crue. Tout ça n’est pas sans rappeler certains segments de The Theatre Bizzare. Conçues pour faire entrer le spectateur dans les pensées les plus inconscientes de Pauline, certaines sont même très ingénieuses. Mais par la suite, un automatisme s’instaure, les scènes ne finissant par ne plus résonner avec ce quelle vit en réalité (alors que ce n’était pas le cas au début), perdant ainsi de leur intérêt. Néanmoins, Excision est le premier long de Bates, qui avait déjà réalisé la version court en 2008. Comme bien des premiers longs métrages, il a le défaut de vouloir en faire trop, d’où le problème des scènes fantasmées un peu too much.

Petite sensation venue de Sundance, Excision réussit à la fois dans son portait de l’adolescence, de la folie ordinaire et des influences néfastes de l’entourage. Bien qu’il eut gagné en sobriété par moment, il n’en reste pas moins une très bonne surprise que les fans du genre apprécieront.

 

Lullaby Firefly

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.