Coffret Guru Dutt – Une Légende de Bollywood

 
 

 

Pilier du cinéma indien, bien moins connu que son confrère Satyajit Ray, Guru Dutt est à l’honneur dans un superbe coffret édité par Carlotta, comprenant L’Assoiffé (Pyaasa) de 1957, un de ses plus grands succès en tant que réalisateur et en tant qu’acteur, et Le Maître, la maitresse et l’esclave (Sahib Bibi Aur Ghulam), de Abrar Alvi qu’il a produit et interprété en 1962.

 

L’Assoiffé (Pyaasa) de Guru Dutt

 

L’ASSOIFFÉ © GDF ENTERPRISE. Tous droits réservés.

 

Sublime drame lyrique, L’Assoiffé sort en 1957, soit deux ans après la sortie du Devdas de Bimal Roy. L’acteur principal, Dilip Kumar devait d’ailleurs jouer le rôle principal, celui de Vijay, le poète maudit, mais le refusa de par les similitudes avec celui de Devdas.  Finalement, ce fut Guru Dutt qui hérita du premier rôle dans son propre film.

Est-ce pour cela qu’on le surnomme aisément le « Orson Welles indien » ? Non, car la comparaison ne s’arrête pas à ce seul point commun. La mise en scène de Guru Dutt, son utilisation de la musique et de la danse, prédéfinissent déjà les codes qui sont devenus dogmes dans l’industrie Bollywood actuel, de la même manière dans un sens, que Welles à influencer le cinéma moderne.

 

 

 

Vijay, jeune et pauvre poète cherchant à se faire publier, voit ses poèmes vendus par ses frères pour un demi-roupie. Conspué par sa fratrie, il quitte le foyer et rencontre Gulab, une prostituée qui s’amourache de ses œuvres autant que de lui-même. Mais recroisant son ex-petite amie de l’Université, Meena, mariée à un important éditeur, le destin de Vijay prend alors une toute autre tournure.

En traitant de la condition du poète, Guru Dutt fait également écho à la musique, représentée ici par les chansons sublimes du compositeur Sachin Dev Burman et du parolier Sahir Ludhianvi dont sont interprétées par Geeta Dutt, la femme du réalisateur. Mais au-delà, ce sont les affres de la pauvreté, la dureté de la vie contre l’idéalisme d’un poète ou l’amour d’une femme qui sont mis en scène.

 

Le Maître, la maitresse et l’esclave (Sahib Bibi Aur Ghulam) d’Abrar Alvi

 

LE MAÎTRE, LA MAÎTRESSE ET L’ESCLAVE © GDF ENTERPRISE. Tous droits réservés.

Le second DVD du coffret propose Le Maître, la maitresse et l’esclave (Sahib Bibi Aur Ghulam) d’Abrar Alvi, également scénariste de Pyaasa.  Guru Dutt officia ici en tant que producteur et acteur principal, mais un doute plane toujours quand à sa participation à la réalisation, vu qu’il fut soupçonné de l’avoir réalisé.

Construit en grande partie sur un flashback, Le Maître, la maitresse et l’esclave, drame sous fond plus historique (le déclin des zamindars, aristocrates propriétaires imposant des taxes aux paysans), met en scène Bhoothnathn, un vieil architecte parcourant les ruines d’un palais et se remémorant le temps où il y vivait, de Jaba, la fille de la famille qui l’hébergeait, qui l’avait pris en affection dès son arrivée et de Chhoti Bahu, femme délaissée par un mai volage, qui l’avait profondément touché par son désespoir et dont il était devenu le confident.

Marqué par la beauté époustouflante de Meena Kumari, Le Maître, la maitresse et l’esclave, présente une intrigue digne d’une tragédie racinienne. Dévotion sans faille d’une femme à son époux, préférant sa propre destruction à celle de son mariage, le personnage de Chhoti présume de la force et de la ferveur d’une épouse.

Excellente édition pour deux films difficilement trouvables tant les copies sont abîmées, le coffret présente également le documentaire A la recherche de Guru Dutt de Nasreen Munni Kabir, biographe du réalisateur, ainsi que de deux préfaces de Charles Tesson (dont les cours de fac furent suivis par certains rédacteurs officiant à Celluloïdz), complétant à merveille l’exploration de l’œuvre et de la vie d’un des mentors de l’Histoire du cinéma indien.

 Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.