Critique d’Antiviral

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Antiviral

De Brandon Cronenberg

Avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon et Malcolm McDowell

Canada/Etats-Unis – 2012 – 1h48

Rating: ★★★★☆

 

Dans une société où l’on manipule le vivant avec la plus grande facilité, des cliniques un peu étranges prélèvent les maladies des stars pour les inoculer à des clients ordinaires ravis de pouvoir partager les maux de leurs idoles. Voilà donc le postulat assez tordu du premier long-métrage de Brandon Cronenberg, fils de vous-savez-qui, présenté à l’Etrange Festival dans une version différente de celle du Festival de Cannes.

Modification/altération du corps et de la chair, maladies, entreprises bizarres, addiction, questionnement de la réalité… Est-ce une coïncidence si les thématiques abordées par Cronenberg Junior sont calquées sur celles des films cultes de papa ? Difficile en effet de s’affranchir d’un héritage aussi encombrant. Brandon Cronenberg préfère donc y aller franco, comme un prolongement naturel de ce qui a été progressivement abandonné par son père dans les années 90. Mais, au contraire d’une Jennifer Lynch (progéniture d’un autre David) qui avait bien du mal à justifier sa légitimité artistique (c’est-à-dire démontrer qu’elle n’était pas juste pistonnée par papa dans un milieu où les places sont rares), Brandon Cronenberg met à profit le travail précédemment accompli par son père pour trouver son propre cheminement dans la réflexion cronenbergienne sur la Chair, tout en accordant la plus grande précision à sa mise en scène.

Peut-être encore plus que chez David Cronenberg, clinique est bien le terme qui décrit le mieux la réalisation de Brandon. La photographie de Karim Hussain privilégie les blancs immaculés, le plus souvent en plans fixes. Une rigueur de forme qui épouse parfaitement les enjeux du fond qui n’étaient pourtant pas des plus évidents sur le papier. Pourquoi s’inoculer les virus de ses idoles ? A travers le personnage d’Hannah Geist, superstar que l’on peut même consommer grâce à des «steaks» composés à partir de ses cellules, on trouve une réponse christique amenant à la transsubstantiation. Comme le Christ transformait son sang en vin et son corps en pain pour transmettre son essence divine aux mortels, le vivant devient dans Antiviral un moyen d’atteindre la Grâce divine. N’existant que par leur image (affiche, télévision), les stars, nouveaux dieux de nos mondes modernes, trouvent une seconde immortalité par la régénération cellulaire tandis que le commun des mortels partage cette essence divine à la combinant à leurs propres corps. L’esprit meurt mais le corps reste vivant pour devenir une manne divine inépuisable dans un monde en carence de repères spirituels.

Citant ouvertement le cinéma de son père (de Crimes of the Future à Videodrome), Brandon Cronenberg s’impose donc en digne héritier, balayant par la profondeur de sa réflexion les reproches aigris que l’on aurait été tenté de lui faire avant de voir son film. Une affaire familiale, certes, mais une affaire qui roule avant tout. Papa a donc toutes les raisons d’être fier.

The Vug

 

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Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».