Critique Les Enfants Loups Ame et Yuki

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Okami kodomo no ame to yuki

de Mamoru Hosoda

avec les voix de Aoi Miyazaki, Takao Osawa, Amon Kabe

Japon – 2012 – 1h57

Rating: ★★★★★

 

Depuis son premier film en tant que réalisateur, La Traversée du Temps, Mamoru Hosoda cultive un univers qui lui est propre tout en abordant à chaque film une thématique différente. Après le Temps dans La Traversée du Temps, l’espace virtuel dans Summer Wars, il revient à un récit plus légendaire avec Les Enfants Loups Ame et Yuki. Toujours attiré par les oppositions (passé/présent, virtuel/réel, humanité/animalité),  le réalisateur ne les oppose jamais comme étant intrinsèquement incompatibles malgré le fait que son héros /héroïne devra choisir une des deux alternatives.

L’écologie est une grande préoccupation pour les Japonais (entre Hiroshima et Fukushima, on les comprend), et les anime reflêtent à la fois cette inquiétude et le besoin d’éveiller les consciences à la cause, montrant bien souvent les conséquences catastrophiques de la pollution et opposant souvent la Nature et l’Homme dans ce qui tient presque d’une guerre (Pompoko, Origines ou encore Mononoke adoptent tous trois ce point de vue). Hosoda, quand à lui, préfère en réalité réunir ces oppositions dans une dualité, certes, mais pas dans un conflit guerrier. La Nature fait écho dans Les Enfants-Loups à la vie à la campagne, où cultiver la terre s’apparente à vivre en accord avec son environnement. Pour le commun des Mortels, ce mode de vie est très dur mais apporte néanmoins assez de satisfaction pour en valoir le coup.

Mais Hosoda va plus loin dans cette réflexion à travers les personnages des deux enfants-loups, pour qui le questionnement se pose plus sur le refoulement ou non de l’instinct naturel. Au final, n’est ce pas le choix fait par l’Homme il y a bien longtemps, dompter son instinct naturel et son environnement pour entrer dans la Civilisation? La seule isssue pour préserver la Nature ne serait-elle pas de revenir à l’état animal ? La grande force de Hosoda est de ne jamais présenter cette alternative comme une régression, mais plutôt comme un retour aux sources. Vivre en accord total avec la Nature, cela revient à refaire partie de son cycle. De même, au final, on peut choisir la Civilisation, se préférer humain plutôt qu’animal, tout en respectant le milieu dans lequel on évolue mais Hosoda met néanmoins en garde son spectateur: le vrai bonheur, la véritable harmonie ne peut se faire en ville, il faut pour cela s’adapter, à la manière des paysans qui cultivent la terre et savent accepter que les animaux sauvages ruinent leurs efforts.

Au delà de ce questionnement sur la Nature et sur l’Humanité, le réalisateur pose également la question de la bonne éducation des enfants, plaçant la mère au cœur de cette mécanique, qui tente par tous les moyens d’éduquer ses enfants dans l’optique qu’ils puissent choisir leur avenir, la personne qu’ils deviendront. Le meilleur des parents reste celui qui donne à l’enfant la possibilité de s’accomplir et qui saura s’effacer et accepter le choix de ce dernier.

Superbement conçu et réalisé, Les Enfants Loups ne manque pas des traits d’humour chers à son réalisateur, tout en ayant des moments forts de réalisation (les ellipses sans dialogue sont splendides, tout comme les scènes en forêt). Se basant sur un scenario solide, signé d’Hosoda lui-même, Les Enfants Loups confirme que le réalisateur sait donner de la consistance à tous ses personnages, même secondaires, et qu’il sait parfaitement retranscrire de manière réaliste les attitudes des enfants, qu’ils soient en bas âge ou adolescents. Fort de ce réalisme, on s’attache très vite à cette famille, à ces deux enfants extraordinaires et on se laisse totalement guidée par leur histoire fabuleuse.

Troisième film d’Hosoda en tant que seul maitre à bord, le réalisateur signe avec Les Enfants Loups son premier chef d’oeuvre incontestable. Prenant le temps de faire évoluer dans le temps ses personnages ( là où ses deux premiers films se déroulaient dans un laps de temps plutôt court), fort de sa capaité à retranscrire de manière réaliste les comportements et émotions de ses protagonistes, Hosoda prouve qu’il peut également faire un vrai conte pour les enfants et se pose ainsi en alternative à la machine Ghibli. Du pur génie.

Lullaby Firefly

 

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.