Le Western classique en 10 films

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Genre cinématographique propre au cinéma américain (ou presque), le Western va construire, dès l’inaugural Great Train Robbery en 1903, une mythologie sur l’édification des Etats-Unis, comme une « Antiquité » fantasmée à une toute jeune nation. Peuplé de cowboys et d’Indiens, le Far West devient un décor sauvage régi par la seule loi arbitraire du plus fort. Du patriotisme exacerbé du colon à la remise en cause des fondements de l’Amérique, le Western a traversé un siècle de cinéma, se révélant comme un champ vierge propice à toutes les visions et tous les questionnements. Retour sur les 10 films qui ont consolidé les bases du genre.

 

LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT

De John Ford (1956)

Difficile de ne choisir qu’un seul western dans la filmographie d’un réalisateur qui, de La Chevauchée fantastique (1938) à L’Homme qui tua Liberty Valance (1962), en passant par La Charge héroïque (1949), s’est imposé en maître du genre. Figurant parmi les plus beaux films du cinéma américain, La Prisonnière du désert est le western le plus complet et le plus complexe de John Ford. Figure légendaire du western, John Wayne interprète un cowboy raciste vouant une haine meurtrière envers les Indiens, si bien que l’on ne se sait pas le sort qu’il réserve à sa nièce enlevée et élevée par les Comanches.

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L’APPÂT

D’Anthony Mann (1953)

Trois chasseurs de prime vont se disputer leur prise : un hors-la-loi accusé de meurtre. Capturé, ce dernier va monter ses ravisseurs les uns contre les autres. Ici, la montagne remplace le désert. Au-delà de la loi arbitraire des hommes, ce western replace la figure du cowboy dans une nature totalement sauvage, devenant un décor propice à l’exacerbation des velléités humaines. Avec des films comme Winchester 73 et L’Homme de l’Ouest, Anthony Mann s’est imposé comme le principal rénovateur du western traditionnel.

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LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS

De Fred Zinnemann (1952)

Alors qu’il vient de se marier et qu’il va partir à la retraite, un shérif est menacé par une bande de hors-la-loi venue se venger. Cherchant de l’aide auprès des habitants de la ville, le shérif vieillissant comprend qu’il va devoir se battre seul. Réquisitoire contre la lâcheté collective, Le Train sifflera trois fois présente une figure de justicier affaiblie, interprétée par Gary Cooper, et apporte des résonnances sociétales au Western.

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QUATRE ÉTRANGES CAVALIERS

D’Allan Dwan (1954)

Autre western à faire écho aux problèmes de son époque, Quatre étranges cavaliers critique ouvertement la chasse aux sorcières du maccarthysme qui gangrène les libertés individuelles des Américains des années 50. Mené par un marshall justement nommé Mac Carthy, un groupe de cavaliers arrive dans une petite ville pour juger à tort le héros de l’histoire. Ce dernier, d’abord soutenu par les habitants, se retrouve prêt à être lynché par toute la ville. Encore plus acerbe que Le Train sifflera trois fois.

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RIO BRAVO

D’Howard Hawks (1959)

L’inverse du Train sifflera trois fois. Là où le film de Zinnemann se voulait grave et psychologique, Rio Bravo apparaît comme plus enjoué et direct. Interprétant lui-aussi un shérif menacé par un gang de hors-la-loi, John Wayne obtient du renfort auprès des hommes les plus faibles de sa bourgade (un vieil infirme, un alcoolo, un jeune inexpérimenté). Classique du film de siège par excellence, Rio Bravo «dynamite» le western américain des années 50. Depuis Assaut, John Carpenter ne s’en est toujours pas remis.

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JOHNNY GUITARE

De Nicholas Ray (1954)

Dans ce western baroque, ce sont les femmes qui prennent le pouvoir. D’un côté Joan Crawford, en tenancière de saloon protectrice des marginaux de l’Ouest. De l’autre, Mercedes McCambridge en fille destructrice qui prend le contrôle de la justice locale. Le combat sera violent (la petite histoire raconte que les deux actrices se haïssaient mutuellement, se disputant les charmes de son réalisateur) et même le héros qui donne le nom au film devient une figure des plus secondaires. Totalement à contre-courant.

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QUARANTE TUEURS

De Samuel Fuller (1957)

Les Bad Ass n’ont pas attendu l’arrivée du Western Spaghetti pour investir le genre. Avec Nicholas Ray, Samuel Fuller est en effet l’autre réalisateur turbulent de la série B américaine des années 50. Dans ce western en somptueux noir et blanc qui impressionna en son temps Jean-Luc Godard, alors critique aux Cahiers du Cinéma, on tire sans vergogne sur la fille prise en otage pour mieux dégommer son ravisseur. C’est ce qu’on appelle retourner un cliché. Passé inaperçu lors de sa sortie, ce film est depuis devenu culte.

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LE GAUCHER

D’Arthur Penn (1958)

Les jeunes en pleine de crise de rébellion sont à la mode dans les années 50 (L’Équipée sauvage, La Fureur de vivre). Le Western n’échappe pas à la règle avec Le Gaucher qui se base sur la vie de Billy the Kid (interprété par le tout jeune Paul Newman). Pour Pat Garret, il s’agit de protéger le jeune William Bonney de sa propre fougue devenue incontrôlable et de ses pulsions autodestructrices. Le dénouement sera bien évidemment tragique. Attaché aux marginaux, Arthur Penn défendra la cause indienne dans son western Little Big Man en 1970.

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LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND

De Sergio Leone (1966)

Dans les années 60, les Italiens s’emparent du genre et créer une mouvance qui va faire l’effet d’une révolution : le Western Spaghetti. Enterrant définitivement le schéma manichéen du justicier et du hors-la-loi, ces films transforment les cowboys en personnages sauvages, exacerbant la violence du Far-West. Figurant comme le réalisateur le plus important du genre, Sergio Leone étire le temps des séquences et la durée des films au-delà de l’habituel, revient au fondement du cinéma en réduisant les dialogue et impose Clint Eastwood comme le nouvel archétype du justicier moderne. Autant de composantes qui vont définitivement s’inscrire dans le génotype du Western moderne.

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LA HORDE SAUVAGE

De Samuel Peckinpah (1969)

En parallèle des Italiens dans les années 60, un réalisateur américain amène lui-aussi une nouvelle approche du Western traditionnel. Adepte d’une violence sans fard et de ralentis somptueux, Sam Peckinpah fait de son quatrième western, La Horde sauvage, une mise à mort définitive du classicisme du genre. Située à une date limite (1913 soit la veille de la Première Guerre Mondiale et de l’entrée officielle du monde dans le XXe siècle), l’histoire suit les exactions meurtrières et gratuites d’une bande de malfrats terriblement humains. Certainement le plus grand western de tous les temps.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».