10 Ovnis du Western

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Comme tous les genres, le Western possède ses propres codes. Mais comme tous les codes, ceux-ci sont faits pour être détournés. Voici donc une liste de dix westerns parmi les plus iconoclastes qui revisitent le genre à toutes les sauces, parfois les plus improbables.

 

Django (1966)

De Sergio Corbucci

Avec ceux de Sergio Leone dans les années 60, les westerns de Sergio Corbucci sont les dignes représentants de la mouvance «Spaghetti». Dans un village partagé entre des bandits mexicains et des fanatiques en mode Ku Klux Klan, un étranger arrive, traînant un cercueil derrière lui. Les conflits se régleront à la mitrailleuse dans un déluge de violence et de sadisme. Interprété par Franco Nero, Django devient, tout autant que le personnage créé par Clint Eastwood, une figure-phare du genre qui se déclinera à l’infini. De Robert Rodriguez à Quentin Tarantino, jusqu’à Takashi Miike (voir la fin de cet article), l’héritage de Django est toujours d’actualité. Monumental.

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Le Bon, la Brute et le Cinglé (2008)

De Kim Jee-woon

Une relecture extrêmement réussie du classique de Sergio Leone, portée par les deux stars que sont Lee Byung-hun et Song Kang-ho. Dans la réflexion tradition contre modernité, le sud-coréen y ajoute la chevauchée vers l’ouest avec l’appât de l’or. C’est aussi le plus grand budget de l’histoire du cinéma sud-coréen, regardez, vous en aurez la preuve, gunfights dans le désert, dans les airs. Au fait, ai-je parlé d’or ? Je voulais dire or noir, la réflexion n’en est que plus actuelle…

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El Topo (1970)

D’Alejandro Jodorowsky

Parcours initiatique, peuplé de rencontres surréalistes, El Topo est un western allégorique aux allures de trip sous acide, pour lequel chaque vision peut donner lieu à une interprétation différente. Ce miracle visuel porté, des deux côtés de la caméra, par Jodorowsky, s’est monté à partir d’un budget dérisoire (moins de 300 000 €) et sa distribution en salle fut rendue possible grâce au soutien de John Lennon (producteur trois ans plus tard de La Montagne sacrée). Un film stupéfiant.

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The Shooting (1966)

De Monte Hellman

Sorti en catimini, renié par son producteur Roger Corman, qui refusa de le distribuer, The Shooting est pourtant devenu un film culte, source d’influence pour de nombreux cinéastes  (Gus van Sant et Vincent Gallo en tête). Western psychologique minimaliste, le film d’Hellman nous plonge au cœur d’une traque mystérieuse, en plein désert rocailleux. Le mystère c’est justement le cœur de The Shooting qui, dépouillé de décors, d’action ou de personnages (seulement 4), réussit à subjuguer grâce à son atmosphère fascinante.

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Le Soldat bleu (1970)

De Ralph Nelson

En pleine guerre du Viêt Nam, soumis à une censure patriotique, les cinéastes américains sont contraints de ruser sévère pour affirmer leur indignation face au conflit. Ralph Nelson choisit d’évoquer le massacre de civils vietnamiens, perpétré en 1968, par l’armée américaine à My Lai, en abordant une autre triste ligne de l’histoire du pays, le carnage de Sand Creek où 700 indiens ont été exterminés. Outre sa facette militante, Le Soldat bleu se démarque aussi par sa manière résolument moderne et réaliste, de traiter la violence à l’écran.

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La Vallée de Gwangi (1969)

De Jim O’Connolly

Des cowboys et des animaux préhistoriques (partouzeurs de droite ?). Voilà le cocktail improbable de ce western hybride qui revisite à sa manière l’histoire de King Kong. Ici, c’est un allosaure qui est au cœur du récit mais, comme toujours chez les films du magicien de la stop motion Ray Harryhausen, le bestiaire fantastique s’élargit à d’autres créatures monstrueuses (ptéranodon, styracosaure et autres). Dans le même registre du mélange des genres, on peut également citer Mondwest, Outland et le tout récent Cowboys & Envahisseurs.

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John McCabe (1971)

De Robert Altman

Un ancien tueur à gage s’improvise entrepreneur et monte un bordel dans une petite bourgade minière ; la conquête de l’ouest selon Altman en quelque sorte. On est donc très loin des standards fordiens, pas d’héroïsme ou de relents patriotiques, John McCabe est un western qui sent la crasse, le stupre, et où tous les belligérants apportent leur édifice à la médiocrité humaine. Une volonté de bousculer les grands mythes américains qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit contestataire du début des 70’s.

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La Porte du paradis (1980)

De Michael Cimino

Plus célèbre pour son échec commercial que pour son évidente beauté, La Porte du paradis possède ce charme qu’ont les films maudits, injustement incompris. Ce western, qui a coulé la United Artist, brisé la carrière de son réalisateur et mis fin au Nouvel Hollywood, est pourtant une fresque aussi sublime qu’acerbe sur l’histoire de l’Amérique cruelle de la fin du XIXe siècle. Une épopée qui prend tout son sens dans la très rare, et pourtant indispensable, version uncut de 3h40. Une œuvre démesurée, passionnante, unique.

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Dead Man (1995)

De Jim Jarmush

Jarmush s’approprie les codes du western, pour créer une œuvre improbable et visuellement saisissante. Lente marche funèbre, quasi psychédélique, bercée par les riffs hallucinés de Neil Young, Dead Man raconte l’errance du fugitif William Blake (Johnny Depp) à travers l’Ouest américain. Ultra référencé et truffé d’hommages, le film est aussi une plongée dans le cinéma qui a influencé Jarmush.

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Sukiyaki Western Django (2007)

De Takashi Miike

Un western à inspiration film de samouraïs, dans un récit baroque et comique. Aidé par l’apparition remarquée de Quentin Tarantino, qui réalisera bientôt son Django, le metteur en scène japonais écrit un duel de groupes, marqués à la couleur, qui s’établit dans un discours tradition contre modernité. Il donne sa propre réponse. C’est poétique, tragique et philosophique, Miike à son apogée, dans la lignée de 13 Assassins ou Hara-Kiri.

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Dossier réalisé par Zelig, Hamburger Pimp et The Vug

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About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.