Critique de Schizophrenia

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Angst

De Gerald Kargl

Avec Erwin Leder et la voix de Robert Hunger-Bühler

Autriche – 1983 – 1h15

Rating: ★★★★★

Longtemps considéré comme l’un des films cultes les plus dérangeants (et les plus méconnus) du cinéma bis, Schizophrenia ressort en Blu-ray et DVD lors d’une réédition prestigieuse signée Carlotta. Film de chevet d’un certain Gaspar Noé, cet unique long-métrage du réalisateur Gerald Kargl suit le parcours d’un tueur psychopathe qui, à peine sorti de prison, pénètre par effraction dans une maison, massacre ses occupants et repart avec les cadavres qu’il entasse dans le coffre d’une voiture.

Interdit de diffusion à peu près partout lors de sa sortie dans les années 80, Schizophrenia est un film de serial killer des plus radicaux. L’intrigue minimaliste – auquel fut adjoint par la suite un prologue qui, s’il éclaire sur le background de son personnage, fait perdre en mystère à l’ensemble – ne lâche pas des semelles son tueur malade dont les agissements en apparence erratiques sont appuyés par sa voix-off lucide qui créé un contrepoint particulièrement glaçant avec les images sans concession et quasi-muettes montrées à l’écran.

Le choc est renforcé par le travail de photographie ultra-complexe de son chef-op’ Zbig Rybczynski (également coscénariste du film avec Kargl), devenu depuis un spécialiste des caméras HD. Intégralement filmé en réflexion optique, Schizophrenia s’offre des plans confinant au délire. De contre-plongée au ras du sol à des plongées prises à des hauteurs démentielles, la caméra en perpétuel mouvement multiplie les angles de vue obliques, donnant un sentiment constant de malaise au spectateur, que viennent accentuer des plans pris grâce un harnais fixé sur l’acteur principal (comme dans Mean Streets ou Pi sauf que la caméra décrit également des cercles) et un montage frénétique. Sans oublier la bande-son électronique de Klaus Schulze, figure-phare du Krautrock.

Des scènes glauques à profusion, des mouvements de caméras excessivement techniques… On ne s’étonnera donc pas que Schizophrenia ait eu un impact décisif sur l’œuvre entière de Gaspar Noé qui avoue l’avoir vu près d’une quarantaine de fois (et dont on soupçonne qu’il soit à l’initiative de cette réédition tant le bougre parle du film à chaque personne qu’il croise, de cinéastes reconnus comme Caro ou Kounen jusqu’aux modestes vendeurs DVD des boutiques spécialisées). Outre l’influence exercée sur Gaspar Noé qui s’octroie légitimement un bonus entier sur cette réédition, Schizophrenia pose un nouveau jalon dans l’horreur réaliste qui annonce tout autant les shockers eighties faisant le grand écart entre cinéma craspec et cinéma indépendant (Henry portrait d’un serial killer, les films de Jörg Buttgereit) que certaines grandes œuvres du cinéma européen potentiellement éligible à la Palme d’Or (Tu ne tueras point de Krzysztof Kieslowki, les premiers films de Michael Haneke).

Près de trente ans après sa sortie, Schizophrenia n’a pas perdu une once de sa singularité maladive et le traumatisme opère toujours. A noter que la réédition de Carlotta offre presque deux heures de bonus avec des interviews de Gerald Kargl, de Zbig Rybczynski ainsi qu’un entretien de l’acteur principal avec un expert en psychiatrie médico-légale.

 

The Vug

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Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».