Filmo-Express: Christopher Nolan

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En seulement huit films, le réalisateur anglais Christopher Nolan s’est taillé une place de roi dans le système hollywoodien, faisant de lui l’égal d’un Steven Spielberg ou d’un James Cameron. Sauf qu’à l’instar de ces deux derniers, le réalisateur de The Dark Knight Rises peut se targuer de n’avoir essuyé aucun échec au box-office en dépit de projets aussi ambitieux que cérébraux, tout en se payant le luxe de maintenir sa sphère créatrice basée à partir d’un noyau familial (sa femme Emma Thomas produit ses films, son frère Jonathan Nolan participe à l’écriture des scénarios). Retour sur un success story sans accroc.

 

FOLLOWING – LE SUIVEUR (1998)

Rating: ★★★★☆

Produit avec un budget dérisoire (6 000 dollars), le premier long-métrage de Christopher Nolan témoigne déjà de son goût pour l’insolite. Un écrivain raté prend pour habitude de suivre des inconnus dans la rue jusqu’au jour où il se fait démasquer par l’une des ses cibles : un cambrioleur qui dérobe des biens sans valeur. S’ensuit une descente aux enfers où le héros découvre qu’il n’est que la victime d’un plan machiavélique. Dans un noir et blanc qui lui vaudra d’être immédiatement rapproché de Pi de Darren Aronofsky, Following bénéficie déjà d’une chronologie éclaté, construisant son intrigue par puzzle. Un procédé habile et parfaitement maîtrisé qui permet à Nolan de s’imposer à moindre coût dans les festivals où son film sera projeté.

MEMENTO (2000)

Rating: ★★★★★

Souffrant de troubles de la mémoire qui l’empêchent de se rappeler ce qu’il vient de faire, un homme cherche à retrouver celui qui a violé et assassiné sa femme. Par bien des points, ce premier film sur le continent américain est l’œuvre qui contient tous les clés du cinéma de Nolan. Croisant deux intrigues, l’une dans l’ordre, la seconde dans un ordre chronologique inversé (avant que celles-ci ne finissent par se confondre), le scénario de Memento est certainement l’un des plus techniques que l’on ait pu voir ces dernières années, demandant à son spectateur une gymnastique intellectuelle soutenue et une attention permanente. Commençant donc par sa fin pour se terminer en son milieu, le film présente également le personnage nolanien par excellence : un homme qui, témoin de la mort violente de celle qu’il aime, va entretenir une obsession traumatique l’amenant à perdre tout repère sur la réalité qui l’entoure. De plus, Memento est l’archétype même du film à fin ouverte, pouvant amener à plusieurs interprétations possibles de l’histoire selon que l’on considère comme vraies ou fausses les informations vitales délivrées par l’un des personnages. Tout simplement vertigineux.

INSOMNIA (2002)

Rating: ★★★★☆

Bénéficiant pour la première fois d’un casting de luxe avec Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank, Christopher Nolan entre dans la cour des grandes pontes hollywoodienne avec ce film de commande produit par George Clooney et Steven Soderbergh. Comme Following et Memento, Insomnia revisite les codes du Film Noir sous une approche insolite (ici, l’enquête d’un flic ripoux insomniaque dans un bled de l’Alaska où le soleil ne se couche jamais). Excellent thriller au demeurant, ce remake du film d’Erik Skjoldbjærg reste l’oeuvre la moins personnelle de Nolan.

BATMAN BEGINS (2005)

Rating: ★★★★★

Le reboot le plus impressionnant des films de super-héros. Avec son parti pris ambitieux (pas de Batman à l’écran pendant la première heure), Batman Begins reprend à son propre compte les relectures très dark des comics des années 80/90. Scindant son film en deux parties bien distinctes, Nolan démontre sa capacité à gérer les blockbusters ambitieux, commençant à consolider une troupe d’acteurs, en grande partie britanniques, qu’il ne lâchera plus. Dans le rôle du majordome Alfred, Michael Caine endosse la figure du sage, une voix de la raison que l’on entendra dans tous les films à suivre de Christopher Nolan.

LE PRESTIGE (2006)

Rating: ★★★★★

Après le Film Noir et Batman, Christopher Nolan aborde la science-fiction avec cette adaptation du roman de Christopher Priest qui interroge le pouvoir de la science. Basée sur la rivalité opposant deux prestidigitateurs à la toute fin du XIXe Siècle, l’intrigue, très dense, reprend les chronologies déconstruites de Following et Memento en croisant les temporalités et en mettant en abyme les points de vue. Le Prestige touche en plein cœur de la nature même de la science-fiction, illustrant la célèbre maxime d’Arthur C. Clarke qu’ « une technologie suffisamment sophistiquée ne peut être distinguée de la magie » faisant de Thomas Edison et surtout de Nikola Tesla les vrais sorciers ayant amené l’Humanité à l’Ere de progrès techniques exponentielle que nous connaissons actuellement. Au-delà du vertige de sa réflexion sur un monde en train de disparaître au profit d’un nouveau (dont les personnages interprétés par Hugh Jackman et Christian Bale sont les parfaits symboles), Le Prestige représente aussi le tour de passe-passe scénaristique le plus impressionnant des frères Nolan dont l’intrigue évolue au fil de questionnements permanents, arrivant à placer dans la tête du spectateur la vision du fameux numéro de « L’Homme-téléporté » alors même que l’on ne le voit véritablement à l’écran que lors du retournement de situation final (l’effet est flagrant à la deuxième vision du film). De la prestidigitation cinématographique pure et simple.

THE DARK KNIGHT (2008)

Rating: ★★★★★

Rompant avec la dimension fantastique de Batman Begins pour une approche plus réaliste, The Dark Knight s’impose dès sa sortie comme une vraie révolution dans les films de super-héros. Porté par Heath Ledger qui dynamite le personnage du Joker (l’acteur décèdera de surdose médicamenteuse avant la sortie du film), ce deuxième volet particulièrement sombre et violent redéfinit l’architecture de Gotham City qui adopte celle d’une mégapole classique (en grande partie Chicago dans laquelle une grande partie du film fut tournée). Au-delà du développement ouvertement contemporain du personnage de Batman, The Dark Knight permet à Christopher Nolan de livrer un film d’action urbain dans la droite lignée des sommets du genre comme Heat de Michael Mann et Une journée en enfer de John McTiernan.

INCEPTION (2010)

Rating: ★★★★★

Il faut croire que les succès que rencontrent Christopher Nolan avec ses Batman lui permettent de concrétiser ses rêves de SF les plus fous. Après Le Prestige, le réalisateur revient donc à un projet ambitieux avec Inception où Leonardo DiCaprio et sa bande partent dans le subconscient de Cillian Murphy pour y implanter une idée. Film dickien par excellence, ce thriller industriel s’approprie les conventions du genre avec des mondes d’illusion partagée imbriqués les uns dans les autres sur le principe des poupées gigognes. Lointainement inspiré de Paprika de Satoshi Kon, le scénario de Nolan superpose jusqu’à cinq temporalités parallèles, voire six pour certains analystes car, encore plus que Memento, le film multiplie les indices menant à plusieurs interprétations possibles de l’histoire. On n’a donc pas fini de débattre sur le sens du fameux dernier plan de la toupie…

The Vug

 

 

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».