Critique du Grand soir

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Le Grand soir

De Gustave de Kervern et Benoît Delépine

Avec Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem et Bouli Lanners

France – 2012 – 1h32

Rating: ★★★★☆

Cinquième long-métrage pour le tandem Kervern-Delépine depuis leur inaugural Aaltra en 2004, Le Grand soir prolonge le réalisme poétique moderne que l’on trouvait dans le précédent Mammuth. Réunissant deux figures sacrées du cinéma trash européen des années 90, Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel (et dont on s’étonne encore que personne n’ait eu l’opportunité de les réunir plus tôt), le film questionne une nouvelle fois la société de consommation et les modes de vie qu’elle impose.

Pour Not (Poelvoorde), rester libre c’est refuser de posséder quoi que ce soit. S’autoproclamant plus vieux punk à chien d’Europe, il déambule sans but, si ce n’est celui d’avancer, au milieu des zones commerciales qui ont envahi les campagnes. Son frère, Jean-Pierre (Dupontel), est quant à lui au bout du rouleau. Vendeur de matelas en mousse intelligente, croulant sous les dettes, il va perdre travail, famille et biens. Not vient à la rescousse de son frère qu’il rebaptise Dead et lui fait découvrir la vie sans toit ni loi. Ensemble, ils vont tenter de révolutionner la société.

Zigzagant une nouvelle fois entre rire et mélancolie, Le Grand soir est un de ces voyages introspectifs qu’affectionnent Kervern et Delépine, un road movie qui se fait à pied, peuplé de figures absurdes parmi lesquels on retrouve le temps de scènes très brèves quelques habitués comme Bouli Lanners, Yolande Moreau, Miss Ming et Gérard Depardieu. Si le ton punk est parfois artificiel, Benoît Poelvoorde parvient à insuffler toute l’humanité nécessaire à son personnage de vagabond, le seul à être en parfaite osmose avec son environnement de bitume et de béton. Plus caricaturale, l’interprétation d’Albert Dupontel soutient quant à elle toute la dimension délirante du film. Il faut le voir se battre contre un arbrisseau ou s’asperger d’essence dans une station service pour comprendre le degré de folie que cet acteur encore trop sous-estimé peut atteindre.

S’inscrivant dans la droite lignée de ce que savent faire Kervern et Delépine, Le Grand soir ne surprendra pas ni ne décevra ceux qui suivent leur filmographie. Perdant en cynisme ce qu’ils gagnent en humanisme (et ce, sans une once de sentimentalité), les deux auteurs rappellent à nouveau que le plus important n’est pas de changer le monde mais juste de changer soi-même.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».