Critique de L’Assassin

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L’ Assassino

d’Elio Petri

avec Marcello Mastroianni, Micheline Presle,Cristina Gaioni

Italie/France – 1961 – 1h45

Rating: ★★★★★

Antiquaire peu scrupuleux aux dents longues, Alfredo Martelli (Marcello Mastroianni) est arrêté pour le meurtre de sa richissime maîtresse (Micheline Presle). L’accusé clame son innocence, au cours d’un vaste interrogatoire où tout semble l’accabler.

Réalisé dix ans avant ses deux chefs d’œuvres, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Grand prix spécial du jury, cannes 1970) et La Classe ouvrière va au paradis (Palme d’or 1972), ce premier film dévoile déjà les velléités militantistes du réalisateur romain. L’Assassin porte un regard acerbe sur l’autorité policière en Italie, et sur la non-application de la présomption d’innocence, pourtant inscrite dans la constitution de 1947. Le commissaire (Salvo Randone) fourbe, tordu, et quelque peu nostalgique de la période fasciste, est un peu le symbole de l’institution policière selon Petri. On est pourtant, sans doute assez loin du propos initial, puisque, contraint par la censure,  Petri  est obligé d’apporter de nombreuses modifications (quatre-vingt dix) à son montage en théorie « final ».

Une tendance à l’impertinence que l’on retrouve aussi dans la mise en scène,  inspirée par la nouvelle vague. Cette liberté de ton dans le montage et dans le texte rappelle par moment A bout de souffle. Mais l’Assassin est avant tout un film noir, un polar au scénario haletant, qui laisse le spectateur dans le doute jusqu’au bout. Ce doute c’est d’abord l’éventuelle innocence d’Alfredo mais le doute plane aussi sur la possible rédemption de cet antiquaire peu vertueux. L’interrogatoire est rythmé par des flashbacks  introspectifs, au goût de Fraises sauvages, où Alfredo fait une sorte de bilan de sa vie. Une vie ponctuée par les mensonges, d’escroqueries et de trahisons ; cet interrogatoire prend peu à peu des allures de purgatoire et laisse espérer une prise de conscience du vil Alfredo. Une version de la fable du scorpion et de la grenouille en quelque sorte.

Cynique et insolent cet Assassin est un véritable plaisir coupable, porté par un Mastroianni impeccable en salaud assumé. Un premier film inventif et maitrisé, qui donne envie de se replonger dans la filmographie d’un réalisateur majeur du cinéma italien post-néoréaliste, souvent trop caché  derrière les Antonioni, Pasolini, Fellini et consorts.

Zelig

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About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.