Storyteller: Beat Generation

.

.

 

Cette génération d’écrivains, du début des années 50, ont inspiré le rock, la soul, le funk et même le rap. Mais si on en parle aujourd’hui, en plus de la sortie de Sur la route de Walter Salles, c’est qu’ils ont influencé la plupart des réalisateurs que chérit Celluloïdz, en particulier le cinéma américains des années 70 jusqu’au cinéma indépendant anglo-saxon de maintenant: Coppola, Scorsese, Malick, Tarantino, Cronenberg, Boyle… Nous nous sommes donc intéressés à la sainte-trinité de ce mouvement culturel, à travers trois de leurs oeuvres.

Bonne lecture

 

 

Allen Ginsberg : Hurlement poétique

Howl et autres poèmes, écrit par Allen Ginsberg (1926-1997), en 1955, est considéré comme la première œuvre beatnik à proprement parlé. Et le poème principal est écrit selon 5 parties, la dernière étant un épilogue ou un post-scriptum. Ecrit, de même que la majorité des œuvres beats, qui ont toutes une volonté poétique, Ginsberg s’inspire du jazz, des croyances orientales (bouddhisme) ainsi que de la consommation d’alcool et de drogues. De ce point de départ, c’est une poésie que l’on lit sur l’empirisme et l’existentialisme, avec l’harmonie du monde sensible (la réalité) et du monde intelligible (le monde des idées et de l’âme humaine). Ginsberg valorise les marginaux, les bohèmes, les pauvres, soumis aux institutions répressives comme la prison, l’asile psychiatrique (Il y a fait quelques séjours dû fait de son homosexualité dans les 50’s) ou les centres de désintoxication. Ginsberg énonce aussi un rejet du conformisme marqué par la pression sociétale, en recourant à la répétition, litanie pour l‘allure de prière baroque ou anaphore ou pour le message, avec une motivation transgressive et subversive. Et tout ce poème se révèle progressif et cohésif.

 

 

Le film réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman, alternant noir & blanc et couleurs, se construit comme un biopic mais aussi un film de procès, il y en a eu un réel lors de la publication, l’obscénité était invoquée. Le générique rappelle le style de Richard Fleischer et un Hollywood old school. On ressent l’omniprésence du jazz tout au long su film et le poème est mis en images dans des séquences animées et une prestation orale du personnage joué par James Franco. Et plus qu’un film de procès, il met en cause l’art et particulièrement la littérature (si tu t’es tapé quelqu’un hier pourquoi tu n’écris pas dessus), certes ça bavasse beaucoup mais c’est intéressant. Sûrement un peu court, 1h20, et une mauvaise présentation et apparition des autres personnages beatniks, Kerouac, Cassady et Burroughs… (Hamburger Pimp)

 

Kerouac : la genèse du road movie

Même si on peut reconnaître une filiation au slam, énoncer en public un discours en prose avec une intention poétique, un excellent film a été fait sur le sujet, Slam avec Saul Williams, le livre majeur de Jack Kerouac (1922-1969) a surtout inspiré le cinéma et le rock. En effet, dans une relecture du mythe américain, la conquête ou ruée vers l’ouest, le western donc, Kerouac réfléchit sur son pays après la Seconde Guerre mondiale, l’urbanité et le modernisme. S’il fait un éloge de la nature extrêmement diverse du territoire, avec les grands espaces géographique que l’on connaît du pays, il se désole de l’Amérique  bienpensante où naissent les premiers sentiments de paranoïa et de fatalité. Face à cela, Sal (alter ego de Kerouac) s’émerveille de sa rencontre avec un certain Dean Moriarty (Neal Cassady), homme sauvage dans un pays civilisé mais tellement honnête, franc, impulsif et spontané. Suite à leur rencontre Kerouac fera par trois fois l’aller-retour New-York – San Francisco. De là le cinéma américain des années 70 avec entre autres Macadam à deux voies de Monte Hellman et Easy Rider de Dennis Hopper, créeront le road movie : film où les protagonistes effectuent un voyage en voiture ou en bus à la quête, la recherche de quelque chose qui ne peut être défini avec les mots ou au préalable, comme Dieu ou l’amour… Et cela annonce de nombreuses rencontre semblant anodines mais importantes qui feront avancer les personnages. Sur ce, je vous laisse avec un court extrait. La suite demain… (Hamburger Pimp)

 

 

William S. Burroughs : cauchemars de junky

Plus vieux que Ginsberg et Kerouac, William S. Burroughs (1914-1997) est également l’écrivain le plus sombre de la trinité Beat. Issu d’une famille bourgeoise ayant fait fortune dans les premières machines à calculer, cet héroïnomane traîne derrière lui un passé sulfureux puisqu’il tue accidentellement sa femme en 1951 d’une balle dans la tête en jouant (bourré) à Guillaume Tell. Après un bref séjour en en prison, il fuit les Etats-Unis pour l’Amérique du Sud puis l’Afrique du Nord. C’est dans un hôtel de Tanger qu’il rédige pendant plusieurs années, et ce, sous l’emprise de diverses drogues dures, ce qui deviendra, grâce à l’aide structurante de Kerouac et Ginsberg, son ouvrage le plus célèbre : Le Festin nu.

Les deux premiers écrits de Burroughs, Junky et Queer, posaient les fondations thématiques de son œuvre. De drogues et d’homosexualité, il en est donc énormément question dans Le Festin nu qui repousse ainsi les limites de ce qui est, pour l’époque, convenablement éditable. Les scènes de sexe y sont décrites dans un langage des plus crus, faisant souvent fi de toute ponctuation à mesure que la prose de l’écrivain s’enflamme. Il n’y a, pour ainsi dire, aucun fil conducteur dans Le Festin nu si ce n’est l’usage omniprésent de la drogue (issue de créatures fantastiques) et un décor, l’Interzone, pays imaginaire dans lequel se déroulent les scènes surréalistes et parfois horrifiques issues du cerveau de Burroughs et qui résonne comme une déformation de l’environnement dans lequel évolue l’écrivain. Le style épouse également la forme puisque Burroughs cherche l’abstraction, grâce à sa technique du cut-up qui consiste à réassembler entre eux des bouts de textes indépendants les uns des autres (technique littéraire qui fera plus tard la joie de David Bowie pour la composition de ses textes). Comme tout ce qu’écrira Burroughs, Le Festin nu relève d’une littérature expérimentale qui se veut aussi sensitive que cérébrale. Après quelques démêlés judiciaires avec la censure américaine, William S. Burroughs devient, grâce au Festin nu, une figure essentielle de la contre-culture américaine des années 60, rédigeant également quelques scénarios de courts-métrages expérimentaux réalisés par Antony Balch (Towers Open Fire, The Cut Ups et d’autres que l’on peut retrouver sur YouTube).

Il faut toutefois attendre plus de trente ans avant qu’un réalisateur ne décide d’adapter ce roman inadaptable qu’est Le Festin nu. L’année 1991 étant propice aux films prenant pour héros des écrivains torturés (Barton Fink des frères Coen, Kafka de Soderbergh), David Cronenberg, alors en pleine recherche de reconnaissance artistique dépassant le cadre du film d’horreur où il était cantonné jusqu’à présent, trouve un défi à la hauteur de son ambition. Pour rendre cohérent un ouvrage qui refuse justement toute cohérence, le réalisateur canadien est obligé de chercher d’autres référents. Le premier convoqué est évidemment Franz Kafka et sa projection Joseph K, le héros de son roman Le Procès. William Lee, le «héros» du roman de Burroughs étant également une projection de son auteur, Cronenberg maintient le parallèle entre les deux écrivains maudits, l’employé de désinfection répondant à l’employé de bureau par les motifs du cafard et les métamorphoses monstrueuses des corps et des objets et partageant la même évasion d’un morne quotidien par l’écriture. Sauf que l’écriture est également assimilée à la prise de drogue, ce qui permet à Cronenberg de convoquer un autre écrivain qui lui est cher, Philip K. Dick. Reprenant le même postulat que Le Dieu venu du Centaure, à savoir une drogue qui enferme son utilisateur dans un univers régi par un Dieu derrière lequel se cache le dealer-trafiquant, David Cronenberg fait du Dr. Benway le grand ordonnateur du monde déconstruit dans lequel évolue William Lee, faisant converger la paranoïa de Burroughs et celle de Philip K. Dick envers un Etat répressif. Sur cette mixture kafka-dickienne, Cronenberg n’a plus qu’à fantasmer un biopic de Burroughs sur la conception même du Festin nu dont il va reprendre quelques visions horrifiques et quelques extraits déclamés lors de monologues (parfois pompeux, certes). On saluera la performance scénaristique mais au final, le film s’éloigne fortement du roman, ne gardant que son parfum d’étrangeté déviante. Preuve que les écrits de William S. Burroughs sont définitivement inadaptables avec le cinéma narratif traditionnel. (The Vug)

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Celluloidz