Les Inédits Fantastiques de l’INA : Le Voyageur des siècles

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Le Voyageur des siècles

De Jean Dréville

Avec Robert Vattier, Hervé Jolly et Raymond Baillet

France – 1971 – 4 épisodes de 1h15

Rating: ★★★★★

 

Saga de l’été 1971 diffusée sur la première chaîne de l’ORTF, Le Voyageur des siècles est un petit bijou de fantastique made in France comme on aimerait en voir plus souvent sur nos petits écrans en place des récents Dolmen et autres Joséphine, ange gardien. Qualifiée de « Julvernerie moderne » par son créateur et scénariste Noël-Noël, cette série en quatre téléfilms invite à un voyage à travers l’Histoire de France (et la Révolution Française en particulier) sur le ton des aventures extraordinaires à la Jules Verne.

Passé un prologue futuriste qui ne constitue pas spécialement son point fort, Le Voyageur des siècles plonge au cœur de son sujet à la moitié du premier épisode. En 1885, l’assistant du professeur François d’Audigné relate à trois scientifiques renommés les étranges aventures que son maître lui a confessées sur son lit de mort. Travaillant sur la captation des reflets du passé sur les miroirs, le professeur a reçu la visite d’un mystérieux inconnu qui se présente comme Philippe, son descendant venu du futur. Ce dernier a pu reprendre les recherches de son aïeul et construire une machine pour voyager dans le temps. Les deux hommes remontent ainsi jusqu’à la veille de la Révolution Française où Philippe espère sauver de la guillotine une jeune femme dont il est tombé amoureux.

De Noël-Noël et Jean Dréville, deux honnêtes artisans du cinéma français populaire des années 40, on retient désormais La Cage aux rossignols dont le remake Les Choristes avec Gérard Jugnot connut un succès démesuré. Bien que tourné au début des années 70, Le Voyageur des siècles garde donc la facture des films français des années 40, avec son interprétation très académique, son casting de vieilles gloires oubliées et ses arrière-fonds peints. Pourtant, si l’on fait l’effort de passer outre son aspect excessivement vieillot, cette série se révèle rapidement comme l’une des œuvres les plus brillantes sur le thème du voyage dans le temps. Partant sur le même postulat qu’Abattoir 5 que passé, présent et futur ne font qu’un, Le Voyageur des siècles décline son idée de superposition des temps à travers ses personnages et leur point de vue. Ainsi, l’homme du présent (François) accompagne l’homme du futur (Philippe) à la rencontre des gens du passé (La Fayette, Louis XVI, Napoléon Bonaparte), ce qui permet à Noël-Noël de s’amuser des jeux d’anachronismes (comme aurait pu le faire Jules Verne) dans des dialogues à la ciselure parfaite, d’autant plus que l’érudition historique du bonhomme sur son sujet est assez impressionnante, faisant du Voyageur des siècles une série SF où l’on apprend énormément de choses.

Mais Le Voyageur des siècles ne se contente pas de disserter sur l’Histoire de France et explore toutes les possibilités science-fictionnelles de la thématique du voyage dans le temps, s’autorisant un dernier épisode uchronique où la Révolution Française n’a jamais eu lieu, ce qui donne en conséquence un XIXe siècle parallèle où Napoléon n’est rien du tout et où les automobiles sont déjà présentes (et elles fonctionnent à l’eau : du Steampunk avant l’heure !). Faire le tour de toutes les subtilités scénaristiques de cette série prendrait des pages entières. On recommandera donc à tous les amateurs d’Histoire et de proto-SF de se pencher, si ce n’est déjà fait, sur ce trésor d’intelligence télévisuelle que vient d’exhumer l’INA.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».