Critique de Cosmopolis

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Cosmopolis

de David Cronenberg

avec Robert Pattinson, Sarah Gadon, Juliette Binoche, Paul Giamatti, Mathieu Amalric

France/Canada – 2012 – 1h48

Rating: ★★★★★

 

Bien qu’on commence à connaître le bonhomme, David Cronenberg reste un cinéaste surprenant. Son dernier métrage, Cosmopolis, n’échappe pas à la règle. Le choix de Robert Pattinson pour le rôle principal, avait déjà fait grand bruit à son annonce il y a un an déjà. Prendre l’acteur à bluettes pour midinettes en pleine crise d’hormones intriguait déjà fortement. Un sacré risque pour les deux, l’un jouant peut être sa crédibilité d’auteur, l’autre pouvant s’ouvrir ou se fermer définitivement la porte du cinéma intello. Pari réussi pour les deux, Cronenberg confirmant son immense talent en direction d’acteur, parvenant à donner à l’air blafard et désabusé du jeune anglais, une dimension inattendue. Mis à part la prestation étonnante de Pattinson, il faut également rendre hommage à celle de Paul Giamatti, livrant ici sa meilleure performance.

Adapté du roman éponyme de Don DeLillo, Cosmopolis suit la journée d’Eric Packer, jeune loup de la finance âgé de 28 ans, déraisonnablement blindé de thunes, qui traverse New York en limousine pour aller chez le coiffeur, alors que la ville est paralysée par des bouchons causés à la fois par une visite présidentielle, l’enterrement d’une star, des manifestations anarchistes violentes et qu’une menace d’assassinat pèse sur sa propre tête. Un lieu d’intrigue quasi-unique, une durée d’action très limitée, un personnage central omniprésent autour duquel gravite tout un petit monde (et le monde lui même, lui semble t-il), difficile de transposer un tel récit… Mais ce n’est pas une sinécure pour celui qui avait déjà relevé le défi d’adapter l’inadaptable Festin Nu de Burroughs.

Peut être à cause du lieu unique, peut être à cause de la nature même de l’intrigue, Cosmopolis se révèle très lent dans son rythme, succession de scènes de dialogue entre Packer et les différents protagonistes qu’il vient à croiser (ou plutôt qui viennent à lui), au long de sa journée. Pourtant, au travers de ces dialogues se dessine peu à peu à la fois la psychologie de ce personnage et une réflexion sur la société telle que le capitalisme l’a forgée (l’indifférence des riches, le désespoir des pauvres…), mais également, sur la vacuité de la vie de ceux qui ont tout. Vanitas vanitatum, et omnia vanitas. Malgré l’argent, le pouvoir, les femmes en abondance, Eric Packer demeure bien seul et bien désabusé du haut de sa tour, faisant un check up quotidien par peur de mourir, tout en se foutant de sa propre sécurité quand il s’agit de céder à ses caprices. Si entouré et pourtant esseulé, si jeune et pourtant désabusé, le personnage semble errer sans but, sans foi. Pour preuve, son désir d’acheter une chapelle, comme il a acheté un avion qu’il ne peut utiliser, pour posséder, comme si posséder donnait un sens à sa vie (une bien belle définition du matérialisme, conséquence collatérale du capitalisme).

Citée dès l’exergue, reprise elle-même du roman originel, la figure du rat peut ainsi se voir comme métaphore de l’avarice, de fin du monde, de mort imminente, de l’Humanité, autant de conséquences de la folie boursière, du modèle capitaliste, de sa déraison, de la violence qu’il engendre. Nous sommes bien chez Cronenberg, ses thèmes de prédilection sont bien là et la réflexion qu’il tisse tout au long de sa filmographie est également présente, réflexion sur le rapport entre violence et plaisir, entre  la pensée et la chair, la vacuité de vie et la finalité de la mort. Mais Cronenberg nous offre peut être une échappatoire, furtivement présentée dans les génériques de début et de fin : l’Art.  Au-delà de la matière, de la finalité des choses demeure l’Art, l’œuvre survivant toujours à la mortalité de son auteur, pour demeurer immuable, immortelle , au-delà des actes, des mots et de la pensée.

Après les films de gangsters et un biopic, David Cronenberg confirme une fois encore qu’il fait partie des grands auteurs du cinéma actuel, atteignant avec Cosmopolis le niveau d’un Lynch au mieux de sa forme. Que de chemin parcouru depuis ses débuts dans le bis. Si ce n’était déjà fait, il est certain qu’avec ce film, le cinéaste canadien entre dans les annales de l’Histoire du cinéma.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.