Critique de Twixt

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Rating: 3.0/5 (4 votes cast)

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Twixt

De Francis Ford Coppola

Avec Val Kilmer, Bruce Dern, Ben Chaplin, Elle Fanning et la voix de Tom Waits

Etats-Unis – 2011 – 1h30

Rating: ★★★☆☆

 

Hall Baltimore est un écrivain alcoolique spécialisé dans le roman d’horreur bas de gamme qui arrive dans une bourgade des Etats-Unis afin de dédicacer son dernier livre. Sur place, il rencontre le shérif qui lui apprend qu’une adolescente vient d’être assassinée. Financièrement à l’agonie, Baltimore décide de faire de cette enquête le sujet de son prochain roman et commence à faire d’étranges rêves où il est question de vampires, d’un fait divers sordide et d’Edgar Poe.

En totale indépendance financière, Francis Ford Coppola poursuit sa renaissance numérique contre vents et marées avec Twixt, film fantastique tourné dans son jardin pour sept millions de dollars avec Val Kilmer (Willow, The Doors) et Bruce Dern (Silent Running) en tête d’affiche. Ca fait doublement rêver les teenagers, d’autant plus que c’est en 3D ! Enfin… en 3D de temps en temps, Coppola dit qu’on s’en lasse vite sinon (nous, on pense plutôt que ça coûte les yeux de la tête). On peut comprendre donc la volée de bois vert qui accompagne la sortie du film, les critiques regrettant tout comme nous le Coppola sous cocaïne qui partait au fin fond de la jungle asiatique claquer des dizaines de millions dans des tournages interminables. Mais si le meilleur réalisateur américain des années 70 ne l’est plus depuis bien longtemps, il serait injuste de faire peser sur Twixt tout le poids d’un Coppola pépère (il aurait fallu commencer avant pour ça).

Comme Road to Nowhere de Monte Hellman (une autre figure du Nouvel Hollywood à avoir fait ses débuts chez Roger Corman), Twixt est une histoire où s’entremêlent plusieurs niveaux de réalité (le réel, le rêve, le roman). Si les transitions sont évidentes dans la première moitié, la dimension onirique prend le pas sur la seconde. Les distinctions entre ce qui est réel ou fantasmé s’estompent tandis que les évènements se précipitent et que l’identité du coupable devient évidente. Pour Coppola, cette partie où l’imaginaire se confond avec le réel devient l’occasion de s’approprier les territoires éthérés d’Edgar Poe afin de faire le même deuil que son personnage (Coppola a lui aussi perdu l’un de ses enfants en le laissant sans surveillance dans un hors-bord).

Ce deuil se fera au détriment de l’enquête qui n’intéresse pas Coppola. Contrairement à ce que promet Baltimore à son agent pour lui vendre son idée de roman, il n’y a pas de twist dans Twixt. Ou alors un retournement de situation qui le décadre violemment du thriller pour le placer vers la réflexion sur la création artistique, thématique actuellement en cours chez l’auteur de Tetro. Faux film de genre et vrai film d’auteur, Twixt ne fait que rappeler que l’Art se nourrit avant tout de l’Humain et de ses peines. Après, si vous vous attendez à voir Dracula ou Sleepy Hollow, vous pouvez passer votre chemin.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».