Critique de Transes

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Transes

 

D’Ahmed El Maanouni

Avec Allal Yaala, Abderrahmane Paco, Omar Sayed, Larbi Batma

Maroc, France – 1981 – 1h26

Rating: ★★★★★

Sur  scène, quatre hommes, quatre chanteurs. Allal joue du banjo à six cordes, Abderrahmane joue du guember guembri (instrument à trois cordes pincées), Omar joue du tambourin et Larbi, aux faux airs de Frank Zappa, est aussi aux percussions, chacun d’eux peut aussi jouer du qraqeb, les castagnettes maghrébines. Ils forment le groupe marocain Nass El Ghiwane.

 

Leur musique produit l’extase, un état second. En effet, d’un apprentissage de la musique classique et populaire, les quatre membres se sont orientés vers une musique orientale, inspirée de la poésie populaire et de textes religieux de la culture Gnaoua. Il y a par conséquent une association art et religion, car leur musique sonne telle une incantation, une invocation, leur musique résonne comme des prières universelles, au même titre que le reggae originel par exemple. C’est une musique répétitive que l’on entend, que l’on voit, à en devenir hypnotique. C’est une musique lancinante que l’on entend, que l’on voit, à en devenir entraînante, avec beaucoup d’accentuation, d’intonation et un admirable talent de conteurs. De plus, leur dispositif scénique, ils se mettent en ligne en long, entouré d’un public, permet une ferveur populaire, cristallisant la douleur, la souffrance, le doute, la peine et la joie des gens l’écoutant, d’où la fluidité de la transe s’installant. Le public, justement, est soit filmé en large, ce sont des plans d’ensemble dont le cadre ouvert, on ne sait où s’arrête le public, alors le réalisateur fait souvent des panoramiques. Ou sinon, il filme ce public de très près, en gros plan ou en amorce afin de mieux incarner la transe, qui est plus que de la danse. De ces corps dansants, rien n’est plus contrôlé, c’est la musique qui les contrôle et on est à des années lumières de la culture et du contrôle de masse, le corps est revenu à son statut de matière première, brute, dont la preuve la plus forte est cette captation de cette femme montant sur scène et envahie par la transe de plus en plus, jusqu’à obliger le metteur en scène à ralentir les images et à mettre du silence.

Par contre, film du bled oblige, bande-annonce du bled litige, le montage est un peu galère.

 

Mais la transe chez les gens peut se voir ailleurs qu’au concert. Casablanca, pourtant connue comme étant la ville marocaine la plus occidentale, est filmée de façon populaire avec des travellings ou des panoramiques latéraux. Ou bien ce sont des simples plans fixes larges montrant autant la misère de des habitants que la vie telle qu’elle est : le boulanger vendant son pain, les magasins d’artisan, les cafés ou les gosses se rêvant eux aussi stars de la musique (une scène assez marrante). C’est cette même Casablanca qui a pleuré jusqu’au sang la mort de Mohammed V, images d’archive noir et blanc à l’appui ; cette même Casablanca en proie à la répression militaire, images d’archive noir et blanc à l’appui. Mais le réalisateur ne s’arrête pas à Casablanca et comme tout groupe qui se respecte, on s’évade en milieu rural, on se fait une retraite en province : la forêt parsemée d’espaces rocailleux, un sorte de monastère, ou le bord de mer, cela fait que l‘on peut voir une cérémonie d’égorgement de mouton, et l’on retrouve toujours cette transe, avec quelques herbes brûlées dans un encensoir… Oui, le groupe se permet de fuir la ville, de se mettre au vert un instant pour rencontrer une population vivant différemment des citadins. À partir de là, le réalisateur s’attarde plus sur chaque membre en particulier, leur vie particulière, leur profession alternative à l’art, toujours avec une caméra à l’objectif classieux captant autant le travail manuel que les vagues s’écrasant sur les rochers de la plage. Et Ahmed El Maanouni se permet de plus en plus de théâtralité avec le groupe : tous habillés en djellaba bleue, ils rappellent cette séance photographique des Pink Floyd entouré d’une couverture rose ; filmés avec une voile de leur fumée de cigarette devant d’innombrables objets sonores montés en étagère en arrière-plan, cela peut rappeler la couverture de l’album Soft parade des Doors ; ou encore la captation de leur ombre noir sur lumière blanche peut rappeler le Velvet Underground. Mais de ce procédé, le réalisateur ira jusqu’à faire des surimpressions d’images sonores de concert d’anciens compagnons sur le concert se déroulant à l’écran. À côté de cela, seulement quelques plans d’un enregistrement studio et une seule discussion sur l’industrie du disque, abordant le piratage…

Transes est un chef d’œuvre du cinéma marocain à valeur d’archive et d’histoire, où à côté d’eux les Brian Jonestown Massacre filmés dans DIG ! sont justes des sales gosses mal élevés. C’est un psychédélisme d’Afrique avec un message universel de paix entre les hommes, surtout ceux qui n’ont rien : les africains.

 (NDLR: Transes est disponible en DVD simple, coffret et VOD chez Carlotta. Plus de précisions sur leur site ici)

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…