Aux origines de l’Horreur: La Glam Horror

 

Les films musicaux des années 70 tranchèrent radicalement avec la conception des précédentes décennies qui se concentrait davantage sur les numéros de danses et les parties chantées que sur la musique en elle même. Les 70’s amenèrent ainsi le biopic fictionné (The Rose, Vive Abba), le film de groupe en vogue (Sgt’s Pepper, Tommy) ou encore la comédie musicale revisitée (Grease, Hair, The Wiz).

Malgré leurs différences, deux films se retrouvent en marge de ce mouvement, créant au passage un sous-genre, de part leurs références communes. Le premier, sorti en 1974, est Phantom of the Paradise de Brian de Palma, version 70’s de Faust et du Fantôme de l’Opéra. Le second, Rocky Horror Picture Show de Richard O’Brien,version 70’s du mythe de Frankenstein, sorti en 1975. Et tous deux posèrent les bases de ce que l’on pourrait appeler la Glam Horror.



Rocky Horror Picture Show

 De tous les courants dérivés du rock, le Glam rock a été aussi marquant qu’il fut éphémère. Né en Angleterre sous l’impulsion de T-Rex, Bowie ou encore Roxy Music, le courant perdurera jusqu’au début des années 80, devenant la caricature de lui-même. Les Glam rocker se reconnaissent par leur androgynie et la revendication d’une ambigüité sexuelle, et leur référence avouée à la science fiction et à l’horreur.

En tant que citoyen britannique, Richard O’Brien, auteur de la pièce originelle, de la musique et du scenar du film Rocky Horror Picture Show, n’ignorait en rien ces préceptes. Il n’y a donc rien d’étonnant de retrouver ces références dans son spectacle ainsi que dans le film qui en découle. La bande originale de Rocky Horror Picture Show est donc très axée glam, les chansons multipliant les choeurs, les parties de synthé, les riffs de grattes et les cuivres. En tant que comédie musicale, la musique tient une part importante dans le film, ponctuant régulièrement le récit par des chansons s’intégrant à la narration.

Dans le cas de Phantom of the Paradise, la musique demeure le thème central du film. Balayant bien des styles propres à son époque, comme les scènes des Juicy Fruits, groupe phare de Swan passant du rockabillly au surf, ou encore la scène d’audition, reprenant le groupe de hippies à la Jefferson Airplane,le folk, la soul, pour aboutir à Beef, personnage glam haut en couleur. La cantate de Winslow, qui sonnait jusqu’alors très variété, devient alors Glam Rock.

Forts d’une époque post libération sexuelle, les personnages des deux films ne pouvaient que représenter cette extravagance et cette liberté de choix de partenaires. L’apparition de Beef fait basculé la seconde partie du film dans le Glam, le personnage parvenant à être viril, malgré un look très paillette et une ambigüité sexuelle avouée.

De la même manière, Frank’ N’Futer dans Rocky Horror, incarne à lui seul toutes les valeurs esthétiques du glam, son côté diva, son costume et son maquillage préfigurant sa bisexualité, tout en restant aussi une figure virile par moment.



Rocky Horror

Le Glam rock demeure très imprégné de SF, utilisant moult références à Mars, aux extraterrestres et autres personnages cosmiques (Ziggy Stardust a le même message à délivrer que Klaatu dans Le Jour où la Terre s’arrêta).

Hommage avoué aux films de série B des années 30 à 50, Rocky Horror utilise de la même façon la figure menaçante des extraterrestres, de part la nature même des protagonistes de la maison. Le film cite aisément l’âge d’or de la RKO, King Kong, et bon nombres de bandes SF de l’époque, le genre étant alors encore confondu avec l’Horreur, mais aussi Frankenstein avec Frank N’Futer et sa créature avec le personnage de Rocky, ou La Fiancée de Frankenstein, avec Magenta, figures emblématiques du genre. Mais au delà de la citation, c’est bel et bien dans des passages très horrifiques que Jim Sharman (le réalisateur) et Richard O’Brien se réfèrent au genre. Ainsi, la scène de mise à mort d’Eddie, bien que fort suggérée, apporte son lot d’hémoglobine, que renforce la scène de repas, où le pauvre Meat Loaf fait office de plat de résistance.


Phantom of the Paradise

Chez De Palma, les références ciné se confondent davantage avec leurs homologues littéraires, et ne s’arrêtent pas simplement à l’Horreur (en grand fan d’Hitchcock, le réal fait également de nombreux hommages à son maître). Le réalisateur n’hésite pas à faire des clins d’œil explicites aux pionniers de l’Horreur comme Murnau, dont il cite Faust, lors de la signature du contrat entre Swan et Winslow, ou encore Robert Wiene et son Cabinet du Dr Caligari, Beef se réveillant sur la scène dans un cerceuil et arborant le même maquillage que Cesare. Dans cette scène (la première au Paradise), De Palma utilise aussi la figure de Frankenstein, le groupe découpant des membres du public pour créer Beef, dans une mise en scène très grand-guignol. Enfin, Swan incarne un Dorian Gray moderne, vu qu’il conserve son éternel jeunesse à condition d’être filmé en permanence, la vidéo prenant la place du tableau. Mais c’est surtout dans sa scène finale que De Palma fait son tour de force horrifique, livrant les visages mutilés des deux protagonistes en spectacle dans une lente agonie, et accompagnée d’effusion d’hémoglobine rouge vif. Le film qui jusqu’alors compensait la lourdeur de son sujet par l’humour se termine dans un final gorissime.


Au delà de leur partie pris d’adapter à leur époque de grands mythes de la littérature fantastique (Faust, Le Fantôme de l’Opéra, Dorian Gray pour De Palma, Frankenstein pour Sharman) Phantom of the Paradise et Rocky Horror Picture Show puisent leurs références à la fois dans le cinéma de genre de leur enfance (SF des années 30 à 50, Universal Monsters, RKO) mais également dans la musique qui marque à cet instant précis, leur époque. Il s’agit bien évidemment du Glam, qui, s’opposant à la fois au psyché et au discours hippie, colle totalement avec l’univers baroque de leur film et le désespoir inhérent à leurs personnages. Ce sont les early 70’s et la désillusion est déjà en marche.


Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.