Critique Le Narcisse noir

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Black Narcissus

De Michael Powell et Emeric Pressburger

Avec Deborah Kerr, Flora Robson, Jenny Laird, Judith Furse, Kathleen Byron et Sabu

Royaume-Uni – 1947 – 1h40

Rating: ★★★★★

 

Fruit de la cinquième collaboration des deux compères Michael Powell et Emeric Pressburger, Le Narcisse noir fait peau neuve et ressort en DVD et Blu ray, pour vous décaper les mirettes.

Sous l’égide du général Toda Rai (Esmond Knight), la jeune mère supérieure, Sœur Clodagh (Deborah Kerr), accompagnée de quatre nonnes, établissent un couvent dans un ancien harem situé aux confins du Népal. Leur objectif est d’apporter l’éducation nécessaire à une population locale désœuvrée. Sorti en 1947, la même année que l’indépendance de l’Inde, Le Narcisse noir est avant tout un film politique. Difficile de ne pas voir dans cette volonté vaine et inappropriée de venir en aide au peuple indien, une métaphore de la désillusion annoncée du colonialisme britannique. L’échec de ces nonnes qui n’arrivent pas à s’adapter aux mœurs locales et nouer le dialogue avec les habitants, a des allures de mea culpa sous la caméra du duo Powell – Pressburger.

La première chose qui frappe en découvrant le film, c’est sa beauté irréelle, parfaitement rendu par le nouveau master restauré. Pas besoin de lunettes ridicules pour en bénéficier ; les décors, tous artificiels, évitent le kitch et nous submergent par la richesse de leurs couleurs. L’esthétisme du Narcisse noir n’est certainement pas gratuit, c’est même l’élément clé du scénario.  La beauté cet ancien harem, devenu havre de paix (de nonne), est justement ce qui va faire dévier nos religieuses de leur droit chemin. Leur amour semble peu à peu ne plus être exclusif à Dieu et une certaine tension sexuelle s’installe sous les robes blanches. Tension certes implicite, mais de plus en plus palpables dans les regards au fil de l’intrigue, faisant douter les sœurs de leur foi. Sœur Philippa abandonne son potager pour planter des fleurs, inutiles mais magnifiques. Sœur Ruth, plus perturbée, sombre dans la folie et se transforme en une sorte d’Amanda Lear assoiffée de mâles. Sœur Clodagh, contrainte à plus de réserve par son rang de mère supérieure, tente tant bien que mal, de conserver ses sentiments. Sentiments trahies par des flashbacks qui lui rappellent son amour passé, qui l’a quitté avant le mariage, pour raisons professionnelles. Une jolie mise en abime qui évoque la relation éphémère, vécue entre Deborah Kerr et Michael Powell quelques années auparavant, qui pris fin lorsque l’actrice fut contrainte de partir aux Etats Unis poursuivre sa carrière. Les émanations de cet ancien lieu de débauche conduisent les sœurs vers un échec inexorable dans leur entreprise, a priori bienfaisante.

La claque visuelle proposée par Carlotta, est agrémentée de bonus passionnants, comprenant un documentaire sur la production du film ainsi qu’une analyse sur l’esthétisme. Bref, ce Narcisse noir, petit papy distingué de 65 ans, propose une expérience visuelle et sensorielle toujours époustouflante, sans l’aide d’images de synthèse ni de Lambert Wilson.

 

Zelig

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About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.