Critique Le Fleuve

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

The River

 

de Jean Renoir

avec Patricia Walters, Thomas Breen, Radha Burnier, Arthur Shields, Esmond Knight

France/Inde/ – 1951 – 1h40

 

Rating: ★★★★☆

Harriet, une jeune anglaise, vit dans une grande maison à Calcutta, au bord du Gange, non loin de l’usine de tissage de  jute dont son père est propriétaire. Amie avec Valérie, une jeune anglaise un peu plus vieille qu’elle et avec Mélanie, métisse indienne, fille de leur voisin, les trois jeunes filles vont découvrir leurs premiers émois amoureux à l’arrivée de Capitaine John, le cousin de Mélanie venant d’Amérique.

Premier film couleur de Renoir, Le Fleuve fut un projet cher au réalisateur qui souhaitait à tout prix tourner en Inde. Se rêvant d’avoir des têtes d’affiche comme Brando pour conquérir le marché américain, le cinéaste dut se résoudre à choisir des acteurs peu connus ou amateurs, devant le refus des studios hollywoodiens d’apporter du crédit et des financements à ce projet. Adapté du roman de Rumer Godden (à qui l’on doit  également Le Narcisse Noir, porté au cinéma par Powell et Pressburger) qui a également travaillé avec Renoir sur le scenario, le script du film a subi certaines modifications (le personnage de Mélanie n’existait pas à l’origine), afin d’apporter plus d’Inde dans le récit.

Pourtant, la beauté du Fleuve se trouve ailleurs.  Contraint par la bruyante caméra technicolor à débuter le tournage par des scènes sans prises de son directes, le cinéaste a donc tourné des séquences purement documentaire sur ce fleuve, le Gange et la vie des hommes à l’abord de celui-ci. En découlent de sublimes scènes, où Renoir ne met pas en scène la culture et le folklore indien, mais les filme simplement, tels qu’ils sont, plongeant le spectateur occidental dans un décor qu’il n’avait encore jamais vu, l’immergeant et lui expliquant des coutumes inconnues, sans condescendance ni « exotisation » de son sujet. Utilisant comme métaphore de son récit, l’image de la déesse Kali, déesse de la création et de la destruction, Renoir immerge en permanence son spectateur dans cette culture, ce pays, ces gens et leur mode de vie en faisant transpirer de toute part l’Inde, bien que l’action se déroule presque exclusivement à la maison coloniale.

Tourné en anglais et destiné à conquérir le public américain, Le Fleuve permet surtout au réalisateur d’explorer ce nouveau procédé, la couleur, et de composer de superbes plans, aux contrastes saisissants et dont la structure n’est pas sans rappeler les tableaux impressionnistes, ceux de son père en tête. Quel autre pays, quelle autre culture  que l’Inde pouvait apporter au cinéaste cette richesse de couleurs? Prenant les festivités de Diwali, la fêtes des lumières célébrant l’hiver, et de Holî, la fête des couleurs, à l’équinoxe du printemps, Renoir filme des célébrations très graphiques, très cinématographiques, donnant lieu à des scènes sublimes, jouant sur le mouvements, la lumière, la couleur. Mais l’une des plus belles scènes du film reste celle de la danse de Radha Burnier, que Renoir engagea dès la première fois qu’il la vit danser.  Intégrée dans un récit fantasmé sur Krishna, cette scène est  la seule où le cinéaste se permet une incursion dans la fantasy. En caméra fixe (le poids de la caméra rendait difficile les mouvements), c’est Radha qui par ses mouvements détermine la largeur des plans, en s’éloignant ou s’approchant de l’appareil, la contrainte technique devenant ici un atout de mise en scène.

Malgré une narration très classique (en voix off), Le Fleuve n’en reste pas moins d’une beauté esthétique intemporelle, avec ce magnifique rendu de couleurs flamboyantes, cette conception picturale de la composition des plans chère à Renoir, ainsi qu’à cette volonté de poser un regard réaliste, documentariste sur la culture et le pays qu’il filme, en bon avant-gardiste de la Nouvelle Vague qu’il est. Notons que cette édition proposée par Carlotta comporte un documentaire d’Arnaud Mangagaran permettant d’en apprendre un peu plus sur ce projet, fou pour l’époque, son tournage chaotique et sur le Maitre. Un entretien avec Scorsese fait également parti des bonus, le réalisateur étant à l’origine de la restauration du film. Un must have pour tout cinéphile digne de ce nom.

Lullaby Firefly

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.