Interview de Ryan Meinerding, concept-designer de The Avengers

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Je m’étais toujours dit que les concept arts, ces dessins préparatifs que l’on voit dans tous les bouquins de making of, etc. sont passionnants. Je ne savais pas que ceux que j’ai préféré ces derniers temps étaient dessinés par un certain Ryan Meinerding jusqu’à ce que notre chère Lullaby me demande de l’interviewer. Ryan a travaillé sur des films comme les Iron Man, Captain America, Thor, Watchmen, John Carter et expose dans une petite galerie parisienne, la galerie Arludik où le jour du vernissage, il donne des interviews. J’entre, regarde ses œuvres et je le rejoins dans une pièce où on nous filme et nous enregistre. Je lui parle de Celluloidz lui disant quel genre de site on est puis on commence.

Je souhaiterais commencer l’interview par une question très simple en fait, puisque je vois que votre art est assez hybride, je souhaiterais savoir si vous êtes plutôt inspiré des Comic  Books ou de la peinture classique ou moderne, auquel cas, pourriez vous citer vos principales références ?

En tant que produit des années 90, j’ai grandi à l’époque où Todd McFarlane dessinait Spider-Man puis est allé créer sa maison d’édition indépendante, IMAGE Comics, avec Jim Lee, j’admirais ces artistes… Puis il y a eu Alex Ross. Je pense qu’Alex Ross a beaucoup fait pour le médium, il a fait des choses que peu d’artistes ont réussi à accomplir. En termes de Concept Art, j’ai toujours aimé le boulot de Ralph McQuarrie, celui de Brian Froud (Dark Crystal, Labyrinth) et d’Iain McCaig (Nouvelle trilogie Star Wars). Iain McCaig est probablement mon plus grand héros. Ce qu’il a fait sur la nouvelle trilogie Star Wars m’a vraiment inspiré et m’a poussé à continuer, à vraiment essayer d’être un concept artist. Il m’avait engagé et c’est maintenant un ami ! En termes d’art Old School, j’ai toujours aimé Norman Rockwell, Dean Cornwell,  beaucoup d’artistes des années 30, 40, 50 en fait. En termes d’artistes européens, ce sera Klimt qui m’inspire le plus.

Lorsque vous faites du concept art, et je pense notamment au travail que vous avez fait sur les costumes du film Watchmen, est ce que vous ressentez la pression des fans, du genre  « je dois faire ci, ça, comme ça, sinon ils vont me tomber dessus ! » ? Pendant que vous travaillez, avec vous en tête que ce n’est pas qu’à vous même que vous devez plaire ?

Je suis un geek de cœur aussi, j’ai grandi avec ces personnages. Le premier design que j’ai fait était le Mark 1 de Iron Man, et lorsqu’il apparaît à l’écran, je priais pour que les spectateurs aiment, c’était vraiment tendu ! Je veux que les gens aiment les designs, les films, je veux qu’ils soient excités par Captain America pendant la Seconde Guerre Mondiale puis remis au goût du jour à notre époque. Sur Watchmen, c’était légèrement différent en fait, puisque je bossais pour un Costume Designer, donc j’exécutais en gros ce qu’il disait. Avec les films Marvel, j’ai eu plus de marge de manœuvre, dans le sens où j’ai plus de contact direct avec les réalisateurs et les producteurs en fait, ce qui fait qu’on a plus l’occasion de demander « Que pensez vous de ça ? » ou entendre « Et si tu le faisais comme ça ? ».

Oui, j’ai ainsi vu que vous étiez très proches du réalisateur Jon Favreau. Cette relation a dû être intéressante puisque Iron Man était le premier film sur lequel il utilisait autant d’effets spéciaux et un univers si particulier, ça devait être génial de se conseiller l’un l’autre, créer l’univers. Il vous avait demandé à l’époque de faire des designs pour John Carter from Mars ?

Oui, Iain McCaig m’a appelle sur ce projet, j’ai fait plusieurs designs de décors, des personnages, en particulier John Carter et quelques moments clés. C’était un projet vraiment intéressant ! Mon premier film était un petit film de Vikings appelle Outlander et là c’était mon deuxème projet. C’était vraiment intéressant car on s’était tous réunis chez Jon Favreau avec Ryan Church, Iain McCaig , Phil Saunders et moi même, et on a commencé à se pointer chez lui chaque semaine pour lui montrer ce qu’on avait fait. C’était vraiment génial, car c’est comme ça que Jon m’a connu en tant qu’artiste et m’a ramené sur Iron Man.

Et le fait de faire du concept art sur un roman plutôt qu’une bande dessinée a du être différent, vu que vous avez du coup plus de marge de créativité j’imagine, non ?

Surtout avec celui ci, puisqu’il n y a aucune version filmée connue du roman de Burroughs. Les versions que l’on connaît le mieux sont au travers des illustrations de Frazetta ou d’autres illustrateurs. C’est vraiment un terrain de jeu différent. Pour Captain America, on a 4 ou 5 versions tirées du comic book et vous pouvez vous en éloigner à peine, alors que John Carter, on peut aller où on veut.

Exactement, puisque le genre du Space Opera a été montré au grand public avec des films comme Star Wars, mais le genre fait qu’il y a toujours de nouvelles manières d’appréhender ce genre en proposant à chaque fois des univers différents.

Oui, oui, c’est ce qui est génial avec ce genre de films, on peut y apporter tellement de références qu’on ne peut pas forcément apporter sur un film de super héros en fait.

Du coup, est ce que vous aimeriez en plus de vos projets adaptés de comic books, partir vers des projets personnels, ou des adaptations de romans tels que John Carter ?

Je pense qu’un jour oui, j’aurai mes projets. Je suis très satisfait de gagner ma vie en dessinant Captain America tous les jours, c’est vraiment cool, j’aime mon travail, mais ce serait bien d’avoir un projet sur lequel je suis celui qui prend toutes les décisions etc.
La dernière question donc. Qu’est ce qui vous a donné envie d’être un Concept Artist ? A quel moment dans votre vie vous êtes vous dit « Je ne serai pas dessinateur de comics, mais un concept artist ! » ?

C’est intéressant, j’ai toujours aimé dessiné des personnages, ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai commencé à faire des dessins narratifs. Le design de personnages existe depuis longtemps dans les Jeux Vidéos, les dessins animés, les films. J’ai un peu tourné autour de cette idée, comment représenter un personnage, comment le rendre génial. Ce n’est qu’après, pendant le projet de John Carter que j’ai fait ces fameux moments clés plus orientés narration que représentation simple de personnages. De plus, je suis assez lent, je ne suis pas rapide du tout à produire mes œuvres. Alors que quand on dessine des comics, on doit rendre tellement de planches en si peu de temps ! Je n’ai jamais trouvé le moyen de faire ça. Dans les films heureusement, il y a des deadlines, mais elles ne sont pas du tout aussi agressives que ça.
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Merci beaucoup !
Merci à toi !
Interview réalisée par Skreemer
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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.