Critique de 13 Assassins

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Jûsan-nin no shikaku

De Takashi Miike

Avec Koji Yakusho, Takayuki Yamada, Yusuke Iseya

Japon, Grande-Bretagne – 2010 – 2h06

Rating: ★★★★★

 

 

À la moitié du 19ème siècle, le Japon connaissait encore le système shogunal, c’est-à-dire un régime politique militaire et féodal, en parallèle avec le régime général du pays qui est dirigé par l’empereur, gardien des traditions, quand les shoguns sont gardiens de l’ordre, quitte à être despotique. Un de ces shoguns les plus connus d’époque, le clan Akashi a comme héritier Naritsugu, fils illégitime du seigneur au pouvoir et qui se révèle être un psychopathe avide de pouvoir et de sang, il tue et viole à son bon vouloir. Pour mettre terme au trouble, un conseiller d’Etat engage officieusement un samouraï d’âge mûr, Shimada, afin qu’il assassine le jeune seigneur…

Bien avant le remake dHara-Kiri : mort d’un samouraï sorti la fin de l’année dernière, Takashi Miike avait déjà délaissé son style punk-gore baroque (en clair tout et n’importe quoi) pour un retour aux sources du cinéma classique et académique japonais. Et c’était déjà un remake (promis, on fera notre travail comme il se doit sur le chanbara, le film de samouraï). Et c’était déjà une critique hautement sociale et dure sur son pays, notamment à travers le système shogunal. Nous sommes plongés dans un récit entre fatalisme et sadisme, les samouraïs acceptant leur destin de mourir pour leur maître, ces même maîtres qui n’ont de reconnaissance envers le peuple. Pour cela le réalisateur installe des motifs monstrueux pour signifier le monstre toujours de blanc vêtu, la séquence la plus glaçante est la rencontre du samouraï d’âge mûr avec une victime du jeune tyran, mutilée à la langue coupée lui donnant une calligraphie de sang. Ce personnage de Naritsugu, est tel un enfant-roi, au sens littéral du terme, qui va au-delà de tuer ou brûler des insectes, il le fait avec des hommes, tels des jouets, une balle par exemple. De plus il a toujours une allure impassible de gosse qui s’ennuie tout le temps alors qu’il a tout. Cela fait que dans la mise en scène tirant vers le cérémonial aux couleurs vert, bleu jaune et l’équilibre (les multi-lignes droites ou le multicadrage par le jeu des portes coulissantes, les estampes, les tenues shogunaux), le personnage de Naritsugu est constamment un motif qui perturbe, qui brise, qui déstabilise. D’autant qu’il a un statut de « batard », donc d’« impur » lui-même.

Face à lui, 13 hommes formant une communauté immédiate, temporaire et légendaire. Ce sont des hommes du peuple, avec comme unique richesse, leur parole, la promesse qu’ils font de donner leur vie pour cette mission d’assassinat. De séquences d’entraînement en montage classique ; des champs contre-champs pendant les combats, des plans d’ensemble lors d’essais d’explosifs ; il en ressort une certaine intimité, du fait que c’est secret mais aussi c’est nécessaire et humaniste. Nous les voyions tour à tour compagnons d’armes, dans la brume et dans la vase, cette nature sauvage mais chaleureuse, le plus jeune tue pour la première fois et comprend dorénavant le destin du sabreur. D’ailleurs les motifs de verdures sont importants dans le film, Shimada a de nombreux bonzaïs dont il s’occupe avec soin. Lors de la lutte tant attendue, le film en appelle à ces films américains d’assaut ou de fort, où le lieu du combat est aussi le cimetière, pourtant c’est juste un petit village. Mais auparavant ce sont des murs avec des pics en bois qui apparaissent et disparaissent pour diviser l’armée accompagnant le vil seigneur, on est dans un  labyrinthe, aussi bien en extérieur qu’en intérieur. Ce sont des vaches attelés d’explosifs qui traversent le village, on est dans une corrida. Et puis c’est la mêlée de sabre, 13 contre 200, des esthètes élégants ayant de l’aisance contre une masse asservie à maître régressif. Un masse qui essaie à l’occasion de s’enfuir de ce bourbier, mais ils sont constamment bloqués, on est dans un shogi, le jeu d’échecs japonais. Alors Takashi Miike n’en oublie pas de démontrer la folie des seigneurs de guerre et autres belligérants, en effet même les samouraïs de Naristsugu se mettent à s’entretuer car ils ne saisissent plus le pourquoi du comment. Et le metteur en scène se permet même de donner le point de vue d’un agonisant, la caméra bascule horizontalement alors qu’il faudrait verticalement, la folie guerrière…

Ce film est lui aussi une véritable fresque qui aurait mérité sa sortie en salle, néanmoins il est déjà arrivé ici. Takashi Miike semble vouloir se bonifier avec le temps comme du bon vin, pourtant, académique ou pas, classiciste ou pas, délirant ou pas, il est toujours excellent. On raconte que cette histoire a mis fin au shogunat, 23 ans plus tard.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…