Critique de Tatsumi

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Tatsumi

 

D’Eric Khoo

Avec les voix de Tetsuya Bessho, Yoshihiro Tatsumi, Motoko Gollent

Singapour – 2011 – 1h36

Rating: ★★★★★

 

Savez-vous ce qu’est le gekiga ? C’est un genre de manga qui est destiné à un public adulte, pas un manga du genre coquin, réservé aux adultes. Ce genre de manga se caractérise alors par un style sobre, voire sombre, et réaliste au possible. Ce terme fût inventé et diffusé par Yoshihiro Tatsumi, à la fin des années 60, et ce genre de manga anime que l’on regarde sur grand écran pour le film au nom de l’auteur.

En effet, Eric Khoo, cinéaste singapourien révélé en Occident en 2005 avec le film Be with me, met en scène un biopic d’un des dessinateurs japonais les plus prolifiques et influents. Du contexte du Japon d’après-guerre, Tatsumi est né en 1935, il est défilé sur pellicule une hagiographie de la société nippone qui se modernise. Entre contrôle partiel des Etats-Unis du pays (montage de dates en image) et déséquilibre familial (cette idée très répandue au Japon voire dans d’autres pays sino-asiatiques que la famille est la première source de problème et de trouble chez l’homme), nous assistons à l’éveil artistique, puis à l’accomplissement de la passion (le plaisir de la création) enfin aux difficultés du monde professionnel. Cela me rappelle beaucoup le dernier chef d’œuvre de Takeshi Kitano, Achille et la tortue. À la différence qu’Eric Khoo, met en scène des mangas écrits par Yoshihiro Tatsumi lui-même, qui entrecoupent la vie de l’artiste.

Et tel un jeune Bukowski (sans trop d’alcool donc) ou un jeune Kerouac, les histoires réfléchissent sur les aléas de la vie moderne et la solitude, la solitude urbaine pour être plus précis. C’est une description de la vie cru, sans fioritures ni emballage, mais sans vomi ou rage, la névrose suffit. La névrose, en fil conducteur des histoires, propose différents messages et discours. Ce sont 5 histoires au total, qui traitent tour à tour de l’illusion des images, de l’aliénation humaine provoqué par le travail industriel et ouvrier, de la peur de la mort et de la crainte de la vieillesse (être vieux c’est être impuissant, dédicace à feu Hemingway, Skreemer vous expliquera), de l’obsession devenant chose commune dans nos sociétés qui se dérèglent ou, désolé de la redite, du poids familial de chacun à gérer. Certes, le style de dessin est sobre, mais extrêmement organique avec beaucoup de fantaisies. Chaque histoire aurait pu être une simple nouvelle, mais que nenni, Tatsumi voulait les dessiner.

De ce long-métrage, nous comprenons que Tatsumi essaie à travers son art de parler de lui, mais surtout de ce qu’il veut atteindre : la sagesse celle qu’il faut acquérir avant d’être vraiment vieux, et la paix intérieure, celle qu’on se souhaite à tous en secret, ou non. Qu’Osamu Tezuka, Shingo Araki et Satoshi Kon reposent en paix, les salles françaises, du moins très peu, ont pris le risque de projeter de la calligraphie en 25 images par seconde. Arigatô

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…