Critique de Bullhead

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Rundskop

De Michael R. Roskam

Avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy, Barbara Sarafian et Sam Louwyck

Belgique – 2011 – 2h04

Rating: ★★★★☆

Après les expérimentations visuelles de Soudain le 22 mai, le cinéma de genre flamand continue de prouver son excellente vitalité avec Bullhead, premier long-métrage de Michael R. Roskam (Prix Nouveau Genre de l’Etrange Festival 2011) nominé à l’Oscar du meilleur film étranger.

A la tête de l’exploitation bovine familiale, Jacky dope ses bêtes aux hormones dans la plus totale illégalité. Lors d’un rendez-vous avec des trafiquants, Jacky retrouve Diederik, un ami d’enfance. Cette rencontre fait refluer les vieux souvenirs, remettant en lumière le drame qui bouleversa la vie de Jacky : la perte de ses testicules suite à l’agression du frère déséquilibré de Lucia, la fille dont il était amoureux. A 33 ans, l’agriculteur solitaire est désormais contraint de suivre un régime à base de testostérones qui l’a transformé en un imposant tas de muscles au comportement violent. Voulant régler ses comptes avec son passé, Jacky décide de retrouver Lucia. Mais les choses vont se compliquer car Diederick n’est qu’un indic dans une opération de filature visant à faire tomber un baron du trafic d’hormones soupçonné du meurtre d’un agent fédéral. Jacky se retrouve pris dans une affaire qui va totalement le dépasser.

L’Europe va mal et ça ne date pas d’hier. En prenant pour cadre le trafic d’hormones animales, Michael R. Roskam fait la description d’un monde agricole contraint de suivre une cadence ubuesque découlant d’une concurrence sans équité. Intimidation, vol, trafic, meurtre… Le monde appartient à ceux qui transgressent les règles, y compris celles imposées par Dame Nature. Ainsi, l’agriculteur devient caïd à travers le personnage de Jacky qui ne se différencie des mafieux qu’ils côtoient que par un instinct de survie l’obligeant à sortir du droit chemin. Car c’est marche ou crève.

Contraint de tricher également pour rester un homme, Jacky s’est mué en mâle dominant d’un monde où il n’y a aucune femelle pour justifier son statut. Tout comme son cheptel, Jacky n’a plus rien de naturel et son règne stérile durera aussi longtemps qu’il trouvera quelque chose à injecter dans son corps et celui de son bétail. C’est un peu le même constat que semble faire Roskam dans la description de la Belgique, pays à la schizophrénie identitaire, resté 18 mois sans gouvernement, où Flamands et Wallons se côtoient sans trop vraiment se comprendre ni s’apprécier, du moins dans les nombreuses scènes du film où la langue devient elle-même une frontière culturelle.

Violent, émouvant, parfois drôle mais toujours désespéré, Bullhead est une œuvre puissante et intelligente, brillamment rythmée et dont il serait dommage de passer à côté.

 

The Vug  

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».