Critique de Talk Radio

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Talk Radio

 

D’Oliver Stone

Avec Eric Bogosian, Alec Baldwin, Ellen Greene

Etats-Unis – 1988 – 1h40

Rating: ★★★★☆

 

Barry Champlain est animateur radio sur une antenne locale de Dallas. Il passe son temps à écouter la vie des habitants, avec un certain cynisme tout en leur rentrant dedans. Un magnat de grandes entreprises veut rendre l’émission radiophonique nationale, pour cela il vient assister à deux émissions d’affilée. Malheureusement de plus en plus de menace envers l’animateur se font entendre, d’une part parce qu’il est juif d’autre part parce que l’on n’aime pas son ton acide.

À travers une petite émission de radio locale de Dallas (le cinéma parlant encore de la radio dans les années 80 et 90), lieu de la vieille Amérique aux valeurs à géométrie variable tout en étant très moderne, Oliver Stone établit une critique des mass-médias, sans ses artifices connus de réalisateur pouvant aller au grotesque. Oui, Oliver Stone est sobre. C’est sûrement par le fait que son film est une adaptation d’une pièce de théâtre créé par l’acteur principal du film Eric Bogosian, elle-même inspirée du livre La vie et mort d’Alan Berg, histoire vraie d’un animateur radio de Denver tué par deux blancs rattachés à un groupuscule raciste. Pour cela, le personnage de Barry se montre acide et juge de façon rapide. Certes on remarque un ton désinvolte, mais il se développe un ton libertaire et critique, tel un journaliste (ou tel qu’on espère que travaille un journaliste). Et surtout c’est un ton que l’on n’a jamais vu à la télévision, celle dont on dit qu’elle a tué les stars de la radio. En effet, un des premiers arguments du film, est que les médias ont starifié leurs propres employés : les animateurs stars, dont on pense qu’ils seraient plus proches de nous que les stars. Cela se remarque encore, avec l’émission culte Difool est sur Skyrock ou sur l’attitude devenue pédante voire hautaine des critiques dans l’unique émission cinéma de ce genre Le Cercle. Toutefois, cette starification peut amener à être autant détesté qu’aimé, d’où l’unique sortie public qui tourne court au parquet de basket.

Cela permet d’évoquer maintenant la teneur thriller du film. D’une certaine théâtralité, des jeux d’ombres et une impression de forteresse de solitude (les nombreuses vitres de la radio sont telles des barrières) qui se dégage du studio de radio, on filme la vitalité, qui se transforme au fur et à mesure en frénésie, puis en folie, on en ressent une claustrophobie, un isolement d’un homme face à lui-même, face à autrui. En clair, c’est la solitude qui surplombe Barry. Ce qui l’amène à botter en touche, même face à son ex-femme qui lui dit qu’elle aime encore. Car cette théâtralité appuie aussi l’attirance répulsion qu’a Barry pour son public, son audience. Qu’est-ce que la masse ? Qu’est-ce que le peuple ? Oliver Stone en fait pour la plupart du temps une entité invisible, qui ne voit pas plus loin qu’elle, avec ses frustrations (la solitude ou le racisme), ses pathologies (l’obsession de la propreté, la lutte contre les drogues et le viol), dont Barry ne peut régler mais écouter. Cela nous suggère que l’homme des médias a remplacé le cowboy, mais n’est pour autant un quatrième pouvoir ou un contre-pouvoir car il est affilié au système. Cela prolonge la paranoïa à l’américaine, par un réalisateur qui en a toujours parlé, et montre la crainte des grandes compagnies (Time-Warner ou News Corporation de Rupert Murdoch) contrôlé les médias pour en faire des propagandes.

Je finirais par dire que Talk Radio est un constat pessimiste sur la postmodernité, à quoi sert ce genre d’émission et pourquoi l’animateur s’en retrouve menacé, avec le questionnement de la dualité où dans un camp nous avons la passion et l’engagement et dans l’autre le pouvoir et le prestige. Et ce constat s’amplifie quand on regarde comment Oliver stone voit la jeunesse, une population stupide qui elle aussi cherche la gloire en étant malhonnête et utilise les appareils photo comme des armes à feu (flash-gun…). Donc, mon conseil sera le suivant : ne perdez pas votre temps à gueuler, vomir et fustiger ce que vous détestez, vous n’aimez pas, que cela vous passe au-dessus de la tête, ou contentez-vous du minimum « j’aime pas ». Mais comprenez-moi bien, vous pouvez vous indigner, Stéphane Hessel a raison (oui, j’ai le livre à la maison), mais pour quelque chose qui en vaille la peine. Et ce conseil s’adresse aussi bien aux journalistes.

Talk Radio est édité en DVD et VOD chez Carlotta, retrouvez toutes les infos ici

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…