Critique: Maniac

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.5/5 (2 votes cast)

 Maniac

 de William Lustig

avec Joe Spinell, Caroline Munro, Tom Savini

Etats-Unis – 1980 – 1h27

Rating: ★★★★★


Il y a des films qui parviennent à rayonner durant des décennies et que l’on a pris l’habitude de désigner par le terme culte. C’est exactement ce qu’est Maniac encore aujourd’hui. Même si la pop culture aura davantage retenu Halloween de Carpenter ou Vendredi 13, les fans du genre connaissent et aiment affectueusement Maniac. D’une incroyable modernité aussi bien dans sa forme que dans le traitement de son sujet,  le film de William Lustig s’inscrit dans la lignée d’oeuvres telles que Le Voyeur de Powell, s’évertuant ainsi à faire pénétrer le spectateur dans l’intimité du tueur en série, dans son esprit. C’est ce ton novateur qui lui garantit son efficacité, même trente ans plus tard.

Frank Zito est un maniaque, il assassine des jeunes femmes et garde leur scalp en souvenir, qu’il conserve agrafé à des mannequins. Vivant seul, reclus, en proie à des obsessions perverses, il finit par être hanté par ses meurtres et ses victimes. Produit en 1980, Maniac garde l’héritage gore des années 70, la violence froide de Massacre à la tronçonneuse en tête, tout en s’avérant précurseur des films de serial killer qui s’imposeront au cours de la décennie et de la suivante. Très moderne dans son approche urbaine du slasher, il emprunte aussi bien ses ficelles au thriller qu’au film gore, dont l’icône Tom Savini assure ici la double casquette de concepteur des effets spéciaux et maquillages et celle de figurant.

Imprimant les mémoires comme la pellicule, Joe Spinell livre une interprétation phénoménale, aussi brillante que glaçante, habitant son personnage avec une grande justesse, illustrant aussi bien son désespoir que sa folie, faisant osciller son audience entre compassion et dégoût. Là est la force du film, Lustig mettant à profit son expérience dans l’industrie du divertissement pour adulte pour filmer le déchaînement de pulsions  de mort de son personnage central, transposant ainsi ce rapport charnel de Zito avec les meurtres, qu’il vit comme des actes sexuels. En plongeant son spectateur à la fois dans la folie meurtrière de son personnage mais aussi dans la terrible souffrance qu’il subit à cause de son trouble, Lustig annule les barrières habituellement mises en place dans les slashers, tout en gardant néanmoins les codes habituels pour la mise en scène des meurtres. Ainsi, la caméra prend son temps pour suivre la victime, la traquer comme une proie, le spectateur sachant d’avance le sort qui lui sera réservé, avant que ne fonde sur elle la menace, l’imposant Zito. Le travail de Savini, qui, rappelons le, a fait ses classes sur Martin et Zombie de Romero et vient alors de participer à ceux de Vendredi 13, apporte au film une violence graphique forte pour renforcer le contraste avec la fragilité que dégage le tueur une fois replongé dans sa vie sordide.

Plus encore que son ainé, Le Voyeur, Maniac s’évertue à abroger la distance entre son spectateur et son personnage. Là où Powell avait choisi le visage angélique de Carl Boehm, le prince charmant de Sissi, pour incarner son meurtrier, Lustig mise au contraire sur le physique repoussant de Joe Spinell, renforçant ainsi le contraste entre ses agissements barbares et sa nature de victime (de sa propre folie), faisant transparaître son humanité dans sa monstruosité, de la même manière que Fritz Lang avait utilisé le physique singulier de Peter Lorre dans M Le Maudit,  à la différence près que le plaidoyer implicite passe ici par l’introspection du personnage.

Lustig n’est pas Lang, ni Powell, mais il a réussi néanmoins à livrer un film définitivement culte, point d’ancrage dans l’Histoire de l’Horreur. Inventif dans sa forme, moderne dans son ton, atypique, Maniac continue d’avoir une résonance encore vivace aujourd’hui.

Lullaby Firefly

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.