Critique de 5150 rue des Ormes

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Rating: 2.0/5 (1 vote cast)

5150 rue des Ormes

 

De Éric Tessier

Avec Marc-André Grondin, Normand d’Amour, Sonia Vachon.

Québec – 2009 – 1h50

Rating: ★★★☆☆

Sorti en 2009, 5150 rue des Ormes est une adaptation du roman de Patrick Sénécal, notamment auteur des Sept jours du Talion. Primé au festival de Gérardmer en 2010 avec un prix du public, cette transposition du papier à l’écran se révèle être une bonne surprise venue du pays des caribous.

Pourtant, les premières minutes ne laissent pas présager du meilleur tant la manière dont le personnage de Yannick Bérubé se retrouve pris au piège et l’attitude qu’il emploie résonnent comme une caricature des mauvais films de genre. Pour faire bref, le jeune héros chute à vélo et ne trouve pas meilleure solution que d’aller demander de l’aide chez le psychopathe du quartier, et pour s’enfoncer un peu plus, il décide de se mêler d’affaires qui ne le regarde pas. Heureusement, dès lors que notre étudiant en cinéma se retrouve coincé chez son tortionnaire, le film prend une tournure bien différente et s’applique à instaurer une tension psychologique entre ces deux personnages. Évitant intelligemment de sombrer dans le torture-porn comme pouvait le laisser craindre un tel synopsis, 5150 rue des Ormes se veut bien plus malin en mélangeant habillement le film d’horreur classique au thriller psychologique.

Là où le film se démarque, c’est donc dans la traitement de ses personnages et le fait que chacun d’entre eux se révèle avoir une identité forte, les personnages secondaires étant loin de n’être que de vulgaires pantins tournoyant autour du lien destructeur qui va opposer les deux protagonistes principaux. Éric Tessier parvient à rendre à la fois touchante et malsaine l’interaction du personnage de Yannick sur chaque membre de cette famille, créant un véritable ouragan au sein de celle-ci, comme avec le personnage de la mère, empreinte d’une confiance aveugle envers son mari. Le personnage de Jacques Beaulieu est présenté comme un honnête citoyen, chauffeur de taxi et père de famille mais qui, derrière cette façade, cache un homme persuadé d’avoir pour mission de refroidir les « non-justes », qu‘il s‘agisse du petit dealer de quartier au pervers sexuel, de manière semblable au personnage du père de famille dans le film Emprise de Bill Paxton. Le métrage prend d’ailleurs une tournure bien plus intéressante dans sa deuxième partie, quand Beaulieu donne une chance de s’en sortir au jeune homme si celui-ci parvient à le battre à une partie d‘échecs. Cet élément change totalement la donne et dès lors la folie du père de famille ne cessera de monter en puissance tandis que sa victime semblera succomber peu à peu au syndrome de Stockholm. La perte de repère de ce dernier se traduisant à l’écran par une approche versant dans le fantastique qui, si elle se révèle assez laide esthétiquement, reste une idée assez intelligente pour appuyer le point de non-retour que semble avoir atteint le personnage. La crédibilité apportée aux personnages est justement de mise grâce à des prestations qui sonnent juste, celle de Normand d’Amour en tête.

Savamment dosé d’un humour noir qui désamorce bon nombre de situations tendues, le film lorgne du côté d’un certain Misery de Rob Reiner dans son cheminement et l’exploitation de ses personnages. S’il n’en atteint pas la maestria, Éric Tessier parvient à donner une réelle ampleur à son métrage, présentant la sempiternelle lutte du bien contre le mal, symbolisée ici par une partie d’échecs où la domination initiale du mal sera peu à peu mise en branle par le jeune Yannick, évocation du bien. La réalisation est maîtrisée et les idées de mise en scène, pourtant simplistes, renforcent l’impression de claustrophobie du personnage.

Au menu des défauts, on pourrait lui reprocher de s’étirer un peu trop en longueur, vingt minutes de moins aurait certainement permis d’offrir un rythme moins saccadé et ainsi d’éviter quelques longueurs. Hélas, on observe que lorsque le film s’éloigne quelque peu de la confrontation directe entre les deux protagoniste, il ne parvient à éviter certaines facilités. Ainsi, le personnage parvient à s’extirper à deux reprises de la maison mais chacune de ses tentatives se retrouve noyée de manière trop prévisible, et une mauvaise impression de répétition apparaît à de nombreuses reprises. Enfin, les dernières minutes semblent quelque peu en désaccord avec le reste du film, se contentant d’apporter une brève explication qui n’était pas nécessaire tant elle désamorce brutalement la tension du film.

Série B intelligente, le film de Éric Tessier se définit peut-être davantage comme un thriller psychologique que comme un pur film d’horreur. Malgré ses maladresses, on appréciera surtout la justesse avec laquelle sont caractérisés les personnages et la tournure que prend le récit dans sa deuxième partie. Si l’accent québécois ne vous rebute pas, laissez vous donc guider jusqu’au 5150 rue des Ormes.

Nico Darko

 

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).