Critique de Straw Dogs (2011)

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Straw Dogs


De Rod Lurie

Avec James Marsden, Kate Bosworth, Alexander Skarsgård.

Etats-Unis – 2011- 1h50

 Rating: ★☆☆☆☆

Maintenant que la plupart des pellicules les plus connues auprès du grand public ont été « remakées », les producteurs s’attaquent à des œuvres ayant davantage de renommé auprès des cinéphiles ou des fans du genre. Ainsi, apparaissent des remakes comme celui de La dernière maison sur la gauche de Wes Craven, I Spit On Your Grave de Meir Zarchi ou prochainement celui du Simetierre de Mary Lambert. Si les mises au goût du jour de films tels que Zombie de Romero ou Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper peuvent (à la limite) sembler justifiées, quand est-il d’une oeuvre tel que Chiens de paille de Sam Peckinpah datant de 1971 et qui, dans le fond, reste encore assez méconnue par le grand public?

Le constat est rapide puisque Straw Dogs version 2011 ne risque pas de marquer les esprits au même titre que l’original tant il n’en résulte qu’un film d’horreur sans âme. Le film de Peckinpah avait pour force d’instaurer une tension psychologique entretenue tout au long du récit. Dans le cas présent, c’est un peu l’inverse, les personnages se révélant caricaturaux et creux, aux comportements absurdes voir illogiques. Le film ne parvient aucunement à se démarquer et s’enfonce dans les clichés, présentant les bons citadins instruits et friqués d’un côté, les ploucs de l’autre, sans aucune subtilité. Pour ne rien arranger, se développe une intrigue secondaire sans intérêt via le personnage du frère handicapé, perçu comme une menace par les autres habitants. Le seul intérêt donné au personnage semble être de justifier la séquence finale, scène phare de l’original, quitte à laisser perplexe sur certains choix scénaristiques. Et c’est là que le film se plante, en tentant vainement de recopier des scènes aujourd’hui cultes. Autre élément de comparaison qui lui fait défaut: James Mardsen n’a pas le talent de Dustin Hoffman, et sa prestation n’aide pas à rendre crédible ce couple victime du harcèlement des ouvriers venus réparer leur grange.

 

Si le film de Peckinpah frappait fort à l’époque, secouant le spectateur avec une montée crescendo vers une violence sans limite, la version 2011 ne se démarque aucunement de tous les Survival pondus ces dix dernières années. De plus, Peckinpah se servait du film pour délivrer la vision d’une société en proie à la violence (tout comme Délivrance de John Boorman ou Orange Mécanique de Stanley Kubrick sortis à la même époque), ce qui est complètement occulté avec ce remake (à comparer avec le cas de Zack Snyder sur L’armée des morts où le message contestataire du film de Romero a complètement été délaissé). Et finalement, c’est peut-être l’un des soucis de cette vague de remakes, ces œuvres étant à la base des récits permettant à leurs auteurs de délivrer un point de vue personnel tandis que les productions récentes ne cherchent qu’à en extraire l’aspect « choc » sans se soucier du reste. Dommage quand on sait que le cinéma de genre reste peut-être celui qui est le plus apte à développer des interrogations sous-jacentes. Heureusement, certaines péloches remplissent tout de même leur but en offrant un spectacle de qualité, mais Straw Dogs n’y parvient pas tant il fait preuve d’un manque total d’audace, laissant deviner aisément la tournure qu’il va prendre dès lors que les personnages ont été présentés.

Si je m’attarde autant sur les remakes en général c’est parce que Chiens de paille de Rod Lurie est l’exemple typique du problème que pose ces productions qui affluent non-stop depuis 2003. On se retrouve devant un film qui ne possède aucun charme tant il ne se limite qu’à offrir un spectacle visuel sans fond, oubliant que l’œuvre originale était portée par un véritable talent de cinéaste, une vision propre.

Chiens de paille version 2011 ne risque pas de faire grand bruit tant sa banalité ne lui permet pas de s’afficher comme un remake de qualité et encore moins comme un bon film. Il prouve le peu d’intérêt de ces remakes qui ne se contentent que de copier pâlement une œuvre culte, en essayant au passage de ratisser le public le plus large.

 

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).