Spaghetti Horror

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De l’après-guerre jusqu’à la fin des années 70, le cinéma italien va s’imposer comme l’un des plus influents et des plus créatifs grâce aux films d’une flopée de génies : Rosselini, Visconti, Fellini, Antonioni, Pasolini, Comencini, Scola… Il en sera de même pour son cinéma bis dont la branche la plus influente sera le Western Spaghetti. N’oublions cependant pas son cinéma horrifique qui, d’une inspiration gothique à la Hammer au début des années 60, va progressivement générer plusieurs sous-genres propres à l’identité italienne et qui ne se limiterait pas uniquement au giallo, terme souvent employé à tort et à travers pour désigner le cinéma d’horreur italien dans son ensemble.

D’Amer à Masks, d’Hostel à Hobo With a Shotgun, l’influence du «Spaghetti Horror» n’a jamais été aussi forte que depuis ces dernières années. C’est pourquoi nous vous proposons ce petit inventaire, certes loin d’être exhaustif (nous avons préféré la représentativité à la qualité), dont on espère qu’il saura éclairer la lanterne des cinéphiles encore vierges en la matière.

Avanti !

 

LE MASQUE DU DEMON(1960)

De Mario Bava

A l’instar de Roger Corman aux Etats-Unis et Terence Fisher en Grande-Bretagne, le réalisateur italien Mario Bava va grandement contribuer à rénover le cinéma fantastique traditionnel au début des années 60. Son premier film du genre, Le Masque du démon, obtient un succès mondial et l’impose, tout comme son actrice anglaise Barbara Steele, parmi les grands noms de l’horreur. Tournée en noir en blanc, cette histoire de vampire-sorcière et de malédiction témoigne du réel souci esthétique de Bava (et de son obsession pour les sexualités déviantes) qui réalisera quelques uns des plus beaux classiques de l’horreur parmi lesquels on comptera le gothique Le Corps et le fouet (1963) et Six femmes pour l’assassin (1964), premier chef d’œuvre du giallo, avant que le maître italien ne suive la mouvance gore des années 70.

 

L’EFFROYABLE SECRET DU DOCTEUR HICHCOCK (1962)

De Riccardo Freda

Véritable tâcheron du cinéma italien, Riccardo Freda s’illustre dès les années 40 dans des genres aussi divers que le film historique, le péplum, le film d’espionnage et l’horreur. Rapidement doublé sur ce terrain par Mario Bava, Freda récupère Barbara Steele, désormais icône féminine du genre, pour cet Effroyable secret du Dr. Hichcock qui voit le docteur en question tuer son épouse par une surdose d’anesthésiants (le monsieur aime en effet assouvir ses pulsions nécrophiles en possédant des femmes inertes).  Barbara Steele poursuivra sa collaboration avec le réalisateur pour une fausse suite : Le Spectre du Dr. Hichcock (1963).

 

MONDO CANE (1962)

De Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi

Bon, Mondo Cane n’est pas à proprement parler un film d’horreur mais un documentaire qui compile plusieurs reportages (bidonnés ou pas) réalisés à travers le monde pour illustrer les disparités culturelles mais aussi exhiber des pratiques promptes à choquer le public de l’époque : automutilations, banquet d’insectes, rituel de mise à mort d’un taureau, tortures sadiques de requins, gavages des oies ou même de femmes tribales en cage mais aussi visites de cimetières luxueux pour animaux et de pavillons hospitaliers où agonisent des malades incurables. Présenté au Festival de Cannes, le film génère un nouveau genre, le mondo (également appelé shockumentary) où des apprentis reporters partiront aux quatre coins du globe pour ramener des images encore plus racoleuses, gorgées de violence, de sexe et d’exotisme. Tombé rapidement en désuétude, le mondo influencera les films de cannibales italiens de la fin des années 70.

 

TORSO (1973)

De Sergio Martino

Pour ceux qui l’ignorent encore, le giallo est un sous-genre de l’horreur proprement italienne qui met en scène un tueur ganté parti commettre une série de meurtres violents à l’arme blanche sur des filles souvent dévêtues, avant de se faire démasquer par le héros, souvent témoin du premier crime. Le genre contribuera à l’émergence du slasher aux Etats-Unis (Halloween, Vendredi 13). Moins connu que les gialli de Mario Bava et Dario Argento, Torso est devenu un film culte du genre où de pulpeuses étudiantes se font trucider une à une par un maniaque sexuel  qui opère à la scie. Tout un programme !

 

LA MAISON AUX FENÊTRES QUI RIENT (1976)

De Pupi Avati

Co-scénariste officieux de Salo ou les 120 journées de Sodome, Pupi Avati est l’une des personnalités les plus originales du cinéma d’horreur italien. Dans La Maison aux fenêtres qui rient, un peintre va s’attirer l’hostilité des habitants d’un petit village en voulant restaurer une fresque sur le martyre de Saint-Sébastien laissée inachevée par un artiste dément. Personnages étranges, demeures terrifiantes, sectes sataniques…  Sous la calme quiétude de la campagne italienne se cachent des secrets diaboliques. Reconnu depuis comme un réalisateur à part entière (il a failli avoir la Palme d’Or en 2003 avec Un Cœur ailleurs), Pupi Avati poursuivra ses efforts dans le genre horrifique avec la même originalité avec  Zeder en 1983.

 

SUSPIRIA (1977)

De Dario Argento

Si l’horreur spaghetti était un genre, Dario Argento en serait le Sergio Leone. Sous la haute influence de Mario Bava, Argento va donner toutes ses lettres de noblesse au giallo qu’il va définitivement façonner au début des années 70 jusqu’au chef-d’œuvre de 1975 Les Frissons de l’angoisse (Profondo Rosso). Se dirigeant vers un cinéma beaucoup plus fantastique, le cinéaste romain amorce avec Suspiria une trilogie centrée sur un cercle de sorcières qu’il terminera en 2007. Couleurs saturées, échelles de plans inhabituelles, importance radicale de la musique de Goblin auxquels s’ajoutent des meurtres violents défiant toutes logiques (dont le fameux cœur poignardé au travers d’une cage thoracique ouverte), Suspiria ne ressemble à rien de connu jusqu’alors et imprime durablement la rétine par sa beauté plastique. L’ambition des recherches esthétiques du film, à la lisière de l’expérimental, placent d’emblée Dario Argento (avec Brian De Palma) comme le cinéaste d’horreur le plus original des années 70.

 

L’AU-DELÀ (1981)

De Lucio Fulci

Démarrant dans les années 50 en réalisant principalement des comédies et des films historiques, Lucio Fulci aurait pu définitivement disparaitre dans l’oubli s’il n’avait trouvé tardivement sa sensibilité artistique dans l’horreur et plus particulièrement le gore. Se rendant populaire en donnant une suite plus ou moins officielle au Zombie de George A. Romero (sur lequel Dario Argento s’était fortement impliqué) également connu sous le nom de L’Enfer des zombies, Fulci développe un motif de mort-vivant putride, moite et poisseux le temps d’une quadrilogie qui culmine avec L’Au-delà. Délaissant l’idée de contamination pour une approche plus surnaturelle, le film est une succession de scènes gore où l’ambiance excessivement macabre l’emporte sur la cohérence du récit. Ecrit, tourné et monté en un temps de record de trois mois, L’Au-delà est truffé de défauts techniques sans que cela ne vienne altérer  la beauté morbide de l’univers de Fulci qui annonce celui de Clive Barker.

 

CANNIBAL HOLOCAUST (1980)

De Ruggero Deodato

Censuré dans soixante pays lors de sa sortie, Cannibal Holocaust est certainement le film de cannibales le plus célèbre du cinéma. Mix de l’exotisme mondo  et  des scènes de dévorations des films de zombies, le film est précurseur du documenteur horrifique qui se popularisera vingt ans plus tard avec des succès comme Le Projet Blair Witch, Cloverfield, [Rec] et Paranormal Activity.  En effet, toutes les scènes d’horreur proviennent du film abandonné en Amazonie par une équipe de tournage qui s’est faite massacrée par une tribu de cannibales. Au programme des festivités : des images qui font mal aux yeux (empalement, démembrement, éviscération), à la morale (viols, sadisme, perversion) ou aux deux à la fois (mises à mort réelles d’animaux). Le film est tellement réaliste que son auteur, Ruggero Deodato, rattrapé par l’effet snuff movie de son oeuvre, devra justifier devant les autorités et l’opinion publique qu’aucun acteur n’a été massacré durant le tournage.

 

ANTHROPOPHAGOUS (1980)

De Joe D’Amato

Quand il ne réalise pas des films de cul, Joe D’Amato tourne des films gore bien dégueux, à l’instar de cet Anthropophagous qui surfe sur la vague des films de cannibales et qui reste le film le plus connu de son réalisateur. Scénarisé par George Eastman (de son vrai nom Luigi Montefiori) qui interprète aussi le rôle du tueur anthropophage massacrant les malheureux touristes débarqués sur son île, le film s’est distingué par des scènes particulièrement craspecs qui firent leur petit effet, de l’arrachage de fœtus dans le ventre de la mère à l’auto-dévoration du psychopathe. Comme l’ensemble du cinéma italien, l’horreur spaghetti amorce son déclin dans les années 80, les Ruggero Deodato, Joe D’Amato et autres Bruno Mattei noyant définitivement le genre à coups de plagiats sans grande inventivité des succès du box-office (Mad Max 2, Conan le barbare).

 

DELLAMORTE DELLAMORE (1994)

De Michele Soavi

Sous le parrainage prestigieux de Dario Argento, Michele Soavi est la dernière personnalité singulière à être apparue dans le genre. Se faisant connaître avec Bloody Bird (1987), histoire de tueur à tête de hibou faisant habilement le trait d’union entre le giallo italien et le slasher US, Soavi atteint une forme de consécration internationale avec Dellamorte Dellamore. Renouvelant le motif du zombie, le film présente les amours contrariées du gardien d’un cimetière où les morts refusent de reposer en paix. Entre l’humour gore de Sam Raimi et la poésie macabre de Tim Burton, Dellamorte Dellamore est le dernier soubresaut d’un cinéma fantastique italien qui n’a, depuis, plus donné signe de vie.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».