Critique de Shame

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Rating: 4.5/5 (6 votes cast)

Shame

de Steve  McQueen

avec Michael Fassbender, Carey Mulligan et James Badge Dale

Grande Bretagne – 1h41 – 2011

Rating: ★★★★★

Trois ans après le choc Hunger, Steve McQueen (l’autre) revient avec un second long métrage : Shame. Cette fois, l’enfant prodige du cinéma britannique, nous embarque dans l’intimité de Brandon (Michael Fassbender), jeune cadre newyorkais, beau, riche, et serial fucker à ses heures perdues.

Une caméra timidement intrusive, placée à hauteur de bassin, dévoile les allées et venues d’un Michael Fassbender nu, arpentant son appartement tout décontracté de la stouquette. Pas besoin d’un long discours d’introduction, le sujet du film est placé : on va parler sexe !

Sex addict, Brandon n’a pour seule obsession que d’assouvir ses pulsions. Pour se faire, il dispose de toute une organisation  stupréfiante, constituée de rencontres furtives, de pornos à gogo, de prostitués et même au boulot, de quelques pauses manuelles entre deux réunions powerpoint.

Un simple trajet en métro se transforme aussitôt en partie de chasse, où Brandon dévisage, puis envisage une  « proie » fébrile, presque émoustillée devant tant d’attention (ndlr : scène à éviter de reproduire dans le réseau ferroviaire parisien…). Toute la subtilité de McQueen réside dans sa faculté à ne jamais stabiloter ses propos. Comme pour Hunger, les dialogues sont rares et de simples jeux de regards suffisent au récit.

Glacial comme le New York bleuté représenté par McQueen, Michael Fassbender est impressionnant dans ce rôle de machine sexuelle, qui ne laisse jamais (ou presque) transparaitre de sentiments. Une forme de pudeur qui contraste avec les pratiques du gaillard ; chez Brandon la véritable nudité est finalement intérieure.

A aucun moment la notion de plaisir n’est suggérée, Brandon  « consomme » ses conquêtes, comme n’importe quelle drogue, en augmentant les doses et rapprochant les prises. Une « date » avec une collègue laisse entrevoir la perspective d’une échappatoire à cette débauche routinière. Espoir qui s’effondre dès la présence de désir, décelé dans le regard de sa partenaire. Désir inhabituel pour un consommateur de sexe sous vide, qui provoque instantanément une panne mécanique chez notre  « Rocco » Fassbender, pourtant si performant jusqu’alors.

Autre option salvatrice : La honte. Sentiment qui émerge avec la présence de son envahissante sœur (Carey Mulligan), débarquant pour quelques jours dans le sacro-saint baisodrome new-yorkais de Brandon, rendant ses petites affaires un peu plus compliquées à effectuer. Peu à peu rongé par le manque, puis confronté au regard inquiet de sa sœur, Brandon semble commencer à se dégouter. Au comble du désespoir, Il va même jusqu’à jeter sa collection de Playboy ! C’est un peu comme si un alcoolique jetait son tire-bouchon, le sacrifice est immense. Puis finalement, il fuit une nouvelle fois, et la sœurette subit le même sort que la collègue : direction la sortie. La rechute est inévitable.

En filmant l’impudique avec subtilité, loin de toute tentation racoleuse, Steve McQueen dépoussière la question du sexe au cinéma. Thème qui n’est désormais plus réservé à quelques médiocres cinéastes libidineux. Shame est un bijou, maitrisé de bout en bout, où chaque plan est empli de sens et, est porté par un esthétisme saisissant. La biffle de l’année !

 Zelig

 

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About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.