New Wave du Fantastique britannique

 

 

Le cinéma de genre britannique a rarement été autant en effervescence qu’en ce moment. Régulièrement, de nouveaux noms, de nouvelles têtes apparaissent, traversant la Manche pour rejoindre, la plupart du temps, les rayons DVD et parfois avec un peu de bol, les devantures des cinés.

Mais d’où provient ce bouillonnement de créativité, où puisent-ils cette inventivité? Pourquoi en France ne parvenons-nous pas à produire des métrages de cette qualité?

La réponse est peut être socio-culturelle, la Grande Bretagne étant la patrie de la Hammer qui avait déjà dominé le Fantastique durant près de 30 ans, peut-être est-ce ce riche héritage gothique que lui laissa la littérature du XIVème, peut-être faut-il chercher dans les racines fantastiques du folklore celte très ancrées dans la culture britannique.  Quel que soit la ou les raisons qui expliqueraient ce phénomène, il n’en reste pas moins une exception au sein de l’Europe.

Voici donc un tour d’horizon de ces réalisateurs qui font bouger les genres outre Manche.

 

Danny Boyle, l’opportuniste

L’ainé de cette New Wave partait avec une belle avance sur ses camarades, vu que sa réputation à l’aube des années 2000 n’était plus à faire, le bougre ayant eu le vent en poupe la décennie précédente en signant des films devenus cultes comme Trainspotting, même si son entrée dans le nouveau millénaire ait été plutôt médiocre avec le très contesté et contestable La Plage. Plutôt hétéroclite dans les genres qu’il traite, Boyle n’hésite pas pour son film suivant à explorer non seulement l’Horreur pure qu’il n’avait alors que frôler du doigt dans ses précédents métrages, mais choisit de s’attaquer à l’un de ses motifs les plus établis, le film de zombie, avec 28 jours plus tard. Se démarquant en changeant les morts-vivants en simples infectés atteints d’une sorte de rage meurtrière, le réalisateur injecte du neuf dans un sous genre rarement renouvelé. Par la suite, il continuera son bonhomme de chemin tout genre avec plus ou moins de réussites (Millions, Sunshine, Slumdog Millionaire ou 127 Heures).

 

Neil Marshall, le gore gore boy

Même si on retient plus volontiers 28 jours plus tard, Boyle n’est pas le seul à avoir bousculé le genre en 2002. Plus confidentiellement opérait en douce un dénommé Neil Marshall, qui s’attela à renouveler un motif désuet depuis longtemps, quasiment laissé à l’abandon depuis la fin des 80’s. Ce monstre, c’est le  Loup Garou. Depuis Dante et Landis, personne, ou à peu près, ne s’était risqué à poursuivre dans le monstre poilu, surement à cause de son aspect coûteux en effets spéciaux et de ce ringardisme qui lui a toujours plus ou moins collé à la peau. Marshall est un homme de défi, donnant un petit lifting à grand coup d’effets gore avec Dog Soldiers (2002) . 3 ans plus tard, il récidive avec The Descent en s’attachant cette fois à moderniser le survival, par son contexte (la spéléo) et l’implication du fantastique (les machins dans la grotte).

 

Edgar Wright, le prodige

Le premier  newby à avoir attiré réellement les projecteurs  du monde entier sur ce nouveau cinéma reste Edgar Wright. Prenant le parti de mélanger les genres en respectant leurs codes, le cinéaste livre en deux ans deux films absolument cultes et trans-genres, Shaun of The Dead et Hot Fuzz, parodiant les genres sans les trahir ni les ridiculiser, restant inventif dans la forme comme dans le fond et livrant au final de vrais films de genre dépassant leur propre cadre. Bien qu’il fut happé par la tourmente hollywoodienne en co-scénarisant le Tintin de Spielberg et en réalisant outre Atlantique Scott Pilgrim, touchant là aussi au chef d’oeuvre, le réalisateur n’en reste pas moins une des pierres maîtresses de ce renouveau.

 

Christopher Smith, l’hétéroclite

Voilà l’exemple parfait d’un cinéaste de genres, un cinéaste d’Horreur au sens large du terme, Smith ayant pris l’habitude d’explorer la multitude d’univers, d’atmosphères dont regorge le genre, changeant d’approche à chaque film, sans en trahir les codes habituels. Après Creep en 2004, il s’attelle en 2006 à Severance, insufflant dans un survival somme toute assez tendu du slibard, une bonne dose de second degrés, sans pour autant dédramatiser son contexte horrifique ou désamorcer la tension inhérente au genre.  Puis trois ans plus tard, il réalise Triangle, s’appuyant sur un excellent scenario puzzle, qu’il a lui même écrit, à l’instar de tous ses autres films, hormis Black Death, son dernier en date. Et étrangement, c’est peut être la seule chose qui fait défaut à ce dernier film, le scenario manquant d’un poil d’épaisseur, que la somptueuse mise en scène de Smith et son choix de casting judicieux finissent par faire oublier. Véritable bijou de Medieval Fantastique sans aucun effet numérique, Black Death ne ressemble à aucun autre film du genre.

 

Ben Wheatley, l’outsider

Ben WheatleyDébrouillard et touche à tout, que ce soit la réalisation ou l’écriture, Ben Wheatley s’est forgé un nom en quatre films ( Down Terrasse, Kill List, Touristes, A Field In England), au point de se voir confier l’adaptation d’High-Rise de Ballard, tant convoité un temps par Vincenzo Natali. De film en film, il acquiert plus de budget, entouré d’une troupe d’acteurs qui ne cesse de grandir. Doté d’un humour noir flirtant avec le cynisme, Wheatley pose un regard lucide sur la nature humaine, tel un naturaliste, à travers un univers réaliste et violent, peuplé de personnages tristement humains, déterminés par leur environnement et leurs aspirations. Parti de l’autoproduction et déjà dragué par des studios au bout de quatre films, Ben Wheatley est l’outsider qui est déjà l’un des cinéastes les plus prometteurs de sa génération.

 

La relève

Mais la mouvance ne s’arrête pas là. Même s’ils n’ont livré pour l’instant qu’un ou deux métrages chacun, plusieurs autres réalisateurs participent à cet essor. C’est le cas de James Watkins. En 2008, le bonhomme étonne avec son Eden Lake, survival où la menace revêt l’apparence d’une bande d’ados thunés, violent et sans concession, qui offre au final une réflexion bien plus profonde qu’il n’y paraît. Le réalisateur s’est d’ailleurs vu confier un projet de grosse envergure, la nouvelle Hammer lui ayant confié la mise en boite de The Woman In Black, avec pour star Daniel Harry Potter Radcliffe. De même, Jake West réussissait à faire lui aussi du neuf avec le motif du zombie avec Doghouse (2009), où une bande de copains venus se ressourcer dans un bled paumé se retrouvent confrontés à une épidémie changeant les femmes en zombies. Le film fit une impression telle que West fut appeler pour tourner un segment de The ABC’s of Death.

La même année sortait outre Manche Heartless de Philip Ridley, scénariste de son état, dont c’est le premier long, film fantastique sombre et poétique, conte moderne mélancolique visuellement très soigné et inventif. Bref, un film qui ne ressemble à aucun autre, tout comme le Plague Town de David Gregory, bien que ce dernier ait été tourné aux U.S.

Partant du survival montagnard habituel, Julian Gilbey s’affranchit lui aussi de son matériau originel dans A Lonely Place to Die, Poursuite Mortelle en VF (nom sous lequel le film sortira en DVD chez Entertainment One le 1er février prochain), pour épouser les codes d’un autre genre et faire évoluer son film vers autre chose, préférant la digression d’un genre à l’autre à la répétition. Ainsi, cette inversion permet à Gilbey d’étoffer et de complexifier son scénario, qui, de prime abord classique, se révèle solide et réfléchi.

C’est dans ce même esprit que Joe Cornish, l’acolyte de script d’Ed Wright, réalise Attack the Block, film mêlant thématique  de SF (invasion d’extraterrestres), de film de mômes à la 80’s (grandir, survivre) avec un soupçon de critique sociale.

 

Toujours en perpétuelle évolution, le cinéma fantastique britannique a su s’imposer au cours de la précédente décennie, sans pour autant que ce renouveau soit éphémère. Toujours créative, ne se calquant pas sur une recette prédéfinie de réussite, cette nouvelle vague du fantastique anglo-saxon n’est pas prête de s’arrêter en si bon chemin et ce n’est pas pour nous déplaire.

Lullaby Firefly

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.