Critique de Hara-Kiri: mort d’un samouraï

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Ichimei

De Takashi Miike
Avec Ebizô Ichikawa, Eita, Koji Yakusho
Japon – 2011 – 2h05

Rating: ★★★★★

Un homme d’un certain âge, Hanshiro, anciennement samouraï d’un grand seigneur, demande à se faire hara-kiri, suicide rituel japonais consistant à s’ouvrir le ventre, dans le palais du clan Li. Ce palais contient une magnifique et splendide armure de samouraï rouge, entouré de deux bougies, image majestueuse du clan. Reçu par le conseiller principal, ce dernier tient à  lui raconter l’histoire d’un autre samouraï du même clan venu se faire seppuku il y a deux mois…

Film de samouraï réalisé par le plus dérangé et le plus dérangeant des réalisateurs nippons, voire de tous les réalisateurs au monde (on exclut bien sûr les faiseurs de craspec), on est d’abord étonné, puis émerveillé par la mise en scène. En effet, on y remarque un multicadrage important, surtout marqué par les portes coulissantes, qu’elles soient soignés ou vétustes. Le multicadrage permet des effets d’optiques et des jeux visuels, du Tetris de luxe, auquel s’ajoutent le cérémonial et le rituel. Déjà que le titre l’annonce, le hara-kiri est une ancienne tradition japonaise ancestral, qui peut même encore s’appliquer de nos jours d’une façon différente, les figures du cérémonial et du rituel assurent une rigueur plastique et pictural. Des kimonos aux motifs de rouge, de vert et de bleu, dont on peut voir des symboles en cercle, à la position des corps ; assis, agenouillés ou debout (même boiteux pour le conseiller); donnant des allures de formes géométriques, signifient la raideur des codes ainsi que la notion de soumission. Il en est plus chaleureux pour ce qui est de la disposition des plats et de la mise en place du thé, rappelant toujours la notion de jeu évoqué plus haut, mais aussi l’équilibre (la séquence du partage du gâteau de riz enroulé dans une feuille de bambou jaunâtre, de même que la nourriture tâchée de sang).

Mais de cette raideur de la tradition et des codes sociétales des pratiquants du bushido (art du sabre), Takashi Miike réussit un réalisme social et naturaliste. Un réalisme social qui est marqué par la narration de la déchéance de Hanshiro et de l’autre samouraï, Motome, habitant dans taudis, des bidonvilles. Mais aussi le boulot mal-payé de chacun, l’un fabricant d’ombrelles blanches très belles, l’autre professeur des écoles dans un endroit délabré, et obligé plus tard à vendre ses propres livres et à manger un œuf tombé par terre et cassé. Ils n’ont rien et semblent pourtant heureux. Le réalisme naturaliste est quant à lui marqué par l’importance que donnent les personnages d’Hanshiro, Motome et sa femme Miho aux sentiments (Kingo en union d’amour plutôt qu’union de mariage et le chat). Il y a aussi une communion avec la nature luxuriante, picturale et poétique, sacralisé par une partie de pêche, et la force de l’hiver par le motif de la neige, à la fois allégorie de la paix intérieure et de la peine, car le réalisateur réussit des tableaux mortuaires digne des plus grands peintres. Le héros, ou plutôt super-héros, Hanshiro, homme éveillé et attentionné synthétise toutes ces expressions afin de devenir corps d’une critique de la société japonaise d’hier à nos jours, il s’érige d’ailleurs en martyr. Pourquoi les japonais optent-ils pour la tradition et les codes rigoristes plutôt que l’humain, comme avoir le sentiment de pitié ? D’ailleurs le principal hara-kiri du film montre clairement l’acte comme une horreur et une stupidité.

Takashi Miike a sans doute réalisé son film le plus cohérent, le plus précis, le plus poétique, en clair, le plus sérieux. Et c’est sûrement son meilleur film, dire que cela faisait cinq ans que les salles françaises ne diffusaient plus ses films.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…